La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
— Là où vous voudrez bien m’envoyer. Comme vous me l’avez justement rappelé, j’ai juré de servir Vodalus. » (En réalité, j’avais peur du rebelle, et craignais que l’androgyne ne l’informât de toute manifestation de désobéissance.)
« Mais si je n’ai pas d’ordres vous concernant ? Vous êtes-vous déjà débarrassé de la Griffe ?
— Je n’ai pas pu. »
Il se fit un silence que l’être sans sexe ne rompit pas.
« J’irai à Thrax, finis-je par dire. J’ai une lettre pour l’archonte de cette ville ; il paraîtrait qu’il a du travail pour moi. Je voudrais fort m’y rendre, pour l’honneur de ma guilde.
— Voilà qui est bien. Jusqu’où va, en vérité, votre amour pour Vodalus ? »
Une fois de plus, je sentis le manche de la hache dans le creux de ma main. Pour vous autres, me dit-on, les souvenirs s’éclaircissent et meurent – mais c’est à peine si les miens pâlissent un peu. Les traînées de brume qui, cette nuit-là, envahissaient la nécropole, vinrent encore une fois caresser mon visage, et je ressentis à nouveau tout ce que j’avais éprouvé lorsque Vodalus m’avait glissé la pièce d’or, et que je l’avais regardé partir pour un lieu où je ne pouvais pas le suivre. « J’ai eu l’occasion de lui sauver la vie, une fois », dis-je.
L’androgyne hocha la tête. « Voici donc ce que vous allez faire : vous rendre à Thrax, comme vous en aviez l’intention, en disant à tout le monde… ainsi qu’à vous-même… que vous allez occuper le poste qui vous y attend. La Griffe est dangereuse ; vous en rendez-vous compte ?
— Oui. Vodalus m’a dit que si jamais on apprenait que nous la possédions, nous risquerions de perdre le soutien du peuple. »
L’androgyne resta à nouveau silencieux pendant un moment. Puis il dit : « Les pèlerines sont parties vers le nord ; si l’occasion se présente, ne manquez pas de leur rendre la Griffe.
— C’est ce que j’ai toujours voulu faire.
— Parfait. Il y a également autre chose que vous aurez à mener à bien. Pour l’instant, l’Autarque est ici. Mais il sera dans le Nord, lui aussi, avec l’armée, bien avant que vous n’y soyez vous-même. S’il passe près de Thrax, vous devrez aller à sa rencontre ; et le moment voulu, vous découvrirez comment il faudra lui ôter la vie. »
Son intonation le trahissait tout autant que les pensées de Thècle. Je voulus m’agenouiller, mais il frappa dans ses mains, et un petit homme tout voûté se glissa en silence dans la pièce.
Il portait un habit à capuche, à la manière des cénobites. L’Autarque lui adressa la parole, mais j’étais trop désorienté pour comprendre.
Il y a bien peu de choses au monde qui soient plus belles que le spectacle du soleil, vu à l’aube à travers les mille jets scintillants de la fontaine vatique. Je n’ai rien d’un esthète, mais toutefois, la première fois que j’ai pu admirer sa danse (dont j’avais tellement entendu parler), elle me fit un effet roboratif. Je l’évoque par pur plaisir, telle que je la vis lorsque le domestique encapuchonné m’ouvrit une porte sur l’extérieur – après avoir parcouru plusieurs lieues dans le labyrinthe de couloirs du Manoir Secret – ; devant le disque énorme du soleil, des ruisseaux d’argent traçaient d’obscurs idéogrammes.
« Toujours tout droit, murmura l’homme au capuchon. Suivez le chemin qui passe par le portail aux Arbres ; vous serez en sécurité parmi les comédiens. » Derrière moi, la porte se referma et se confondit avec la pente verdoyante d’une élévation.
J’avançai en trébuchant vers la fontaine, dont les embruns, portés par le vent, rafraîchirent mon visage. Le sol autour de moi était dallé de serpentine ; je restai un instant immobile, cherchant à deviner mon destin dans les formes changeantes, et finis par fouiller ma sabretache à la recherche d’une obole à donner. Mais les prétoriens m’avaient pris tout mon argent, et c’est en vain que je retournai mes maigres biens (qui se résumaient à un chiffon de flanelle, un morceau de pierre à aiguiser et une petite bouteille d’huile pour Terminus Est, et à un peigne et au livre brun pour moi), lorsque j’aperçus, du coin de l’œil, une petite pièce qui s’était glissée entre deux pierres vertes, à mes pieds. Je réussis à la dégager sans trop peiner. C’était un asimi, mais tellement usé que c’est à peine s’il restait quelque trace de la frappe. Tout en murmurant mon souhait, je le lançai exactement au milieu de la fontaine ; un jet s’en empara et le lança vers le ciel, dans lequel il brilla un instant avant de retomber. Je commençai alors à déchiffrer les symboles que l’eau dessinait pour moi devant le soleil.
Une épée ; voilà qui était suffisamment clair. Je resterais bourreau.
Puis une rose, avec une rivière coulant en dessous. J’allais donc remonter le cours du Gyoll, comme prévu, puisque c’était la route menant à Thrax.
Et maintenant des vagues coléreuses, se transformant bientôt en une houle longue et maussade. La mer, peut-être ; mais comment aurais-je pu atteindre la mer, pensai-je, en allant vers la source d’un fleuve ?
Un bâton, une chaise, une grande quantité de tours, et je me mis à penser que les pouvoirs prophétiques de la fontaine, devant lesquels j’étais toujours resté sceptique, n’étaient qu’une imposture. Je me détournai ; mais ce faisant j’aperçue une étoile à branches multiples, devenant de plus en plus grande.
Depuis mon retour au Manoir Absolu, j’ai visité deux fois la fontaine vatique. La première fois, j’ai emprunté la porte même d’où je l’avais vue ce jour-là. Mais je n’ai jamais osé lui poser à nouveau des questions.
Mes domestiques qui, tous tant qu’ils sont, reconnaissent avoir jeté un orichalque dans ses eaux, lorsque aucun invité ne se trouvait au jardin, m’ont avoué avec un bel ensemble n’avoir pas reçu de réelle prédiction pour leur argent. Je n’ai cependant aucune certitude, et me rappelle le montreur de temps qui faisait fuir les gens en prédisant leur avenir. N’est-il pas possible que mes domestiques, après tout, aient rejeté la vision d’une vie passée à porter des seaux, à pousser des balais et à se précipiter au son d’une cloche ? J’ai également posé la question à mes ministres, qui, n’en doutons pas, y ont jeté des chrisos par poignées ; mais ils m’ont fait des réponses embarrassées et ambiguës.
En fait, j’avais toutes les difficultés du monde à garder le dos tourné à la fontaine et à ses ravissants messages cryptiques, et à marcher en direction du vieux soleil. Sa tête énorme de géant, rouge sombre, se dégageait peu à peu de l’horizon qui tombait, et la silhouette des peupliers se détachait sur son disque flamboyant, me faisant penser à l’arrivée de la Nuit au sommet du Khan, sur la berge occidentale du Gyoll, tandis que s’enfonçait le soleil à la fin d’une sortie pour aller se baigner.
Ne me rendant pas compte que je me trouvais maintenant bien dans les profondeurs du Manoir Absolu, et donc fort loin des patrouilles qui circulaient sur son périmètre, je redoutais encore d’être arrêté à tout instant, et de me trouver jeté à nouveau dans l’Antichambre – dont l’issue secrète, j’en avais la certitude, avait été découverte et condamnée à l’heure qu’il était. Ces craintes étaient vaines. Si loin que portait mon regard, je ne vis personne se déplacer entre les haies sans fin ou sur le gazon soyeux, parmi les fleurs et les ruisseaux – si ce n’est moi-même. Surplombant le sentier, se dressaient des lys bien plus grands que moi, dont le calice en forme de cœur était encore tout saupoudré de gouttes de rosée qu’aucun souffle n’avait fait rouler. Et derrière moi, seule la trace de mes pas se dessinait sur l’herbe rase. Prisonniers de cages en or suspendues à des branches ou parfois en liberté, des rossignols continuaient à s’interpeller.