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La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]

Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:

Severian le bourreau, exclu de sa guilde pour avoir montré de la pitié à une prisonnière trop aimée, a pris le chemin de Thrax, la cité de l'exil. Armé de Terminus Est, son épée, et d'un bijou mystérieux dont il constate sans les comprendre les pouvoirs thaumaturgiques, Severian entre au service de Vodalus, le hors-la-loi, le nécrophage, dont les rites énigmatiques jettent un pont, peut-être illusoire, entre la vie et la mort.
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Une fois devant la porte du vestiaire, sous l’escalier, je collai l’oreille contre le panneau dans l’espoir d’entendre Beuzec aller et venir. Il n’y avait pas le moindre son. Je l’appelai à voix basse par son nom, n’espérant guère obtenir une réaction, puis essayai de pousser de l’épaule le battant. Il ne bougea pas d’une ligne, et je craignis de faire trop de bruit en me jetant carrément dessus. Je finis par glisser le morceau de métal donné par Vodalus entre la porte et le chambranle, et réussis à faire sauter la serrure.

Beuzec avait disparu. Après quelques instants de recherche, je découvris un trou dans la paroi du fond du vestiaire, donnant sur l’intérieur d’un mur de refend, creux en son centre. C’est de là qu’il avait dû déboucher dans le vestiaire à la recherche d’un endroit un peu plus spacieux où se dégourdir les membres, et c’est par là qu’il avait fui de nouveau. On raconte que ces recoins ténébreux du Manoir Absolu sont habités par une variété de loup blanc qui s’y est introduit il y a fort longtemps, abandonnant les forêts avoisinantes. Peut-être Beuzec a-t-il été la proie de ces créatures ; toujours est-il que je ne l’ai jamais revu.

Je renonçai à le poursuivre dans ce dédale, et remis en place la porte du vestiaire du mieux que je pus afin que les dégâts ne se voient pas trop. Ce n’est qu’à cet instant précis que je remarquai la disposition symétrique du corridor : l’entrée de l’Antichambre était exactement au milieu, les portes scellées figuraient en nombre identique de part et d’autre, et les deux escaliers des extrémités avaient le même dessin. Si le père Inire s’était réservé cette aile (comme l’avait prétendu son intendant et comme l’indiquait son nom), cela tenait peut-être – au moins en partie – à sa structure en miroir. Et dans ce cas, un second vestiaire devait certainement se trouver en dessous de l’autre escalier.

20. Tableaux

La question qui me tracassait était de savoir pourquoi Odilon, l’administrateur, ne m’y avait pas conduit ; toutefois je ne m’y arrêtai pas, et courus le long du corridor. La réponse m’attendait au bout de celui-ci, assez évidente. La porte du second vestiaire avait été démolie depuis fort longtemps, et on ne s’était pas contenté de forcer la serrure ; c’est tout le battant qui avait été détruit, comme en témoignaient encore deux fragments de bois décolorés qui pendaient des gonds – seule indication qu’il y ait jamais eu une porte ici. À l’intérieur, la lampe ne fonctionnait plus, laissant la pièce à l’obscurité et aux araignées.

J’étais déjà reparti et avais même fait deux ou trois pas en avant lorsque je m’arrêtai, saisi par cette impression de faire une erreur que nous éprouvons parfois avant d’avoir pris conscience de la nature de l’erreur en question. Nous avions été jetés dans l’Antichambre, Jonas et moi, tard dans l’après-midi ; la nuit suivante, les jeunes exultants étaient venus nous tourmenter avec leurs fouets. C’est le lendemain matin seulement que Héthor avait été capturé, et c’est donc vraisemblablement au même moment que Beuzec avait réussi à échapper aux prétoriens ; ce n’est qu’alors que ces derniers avaient reçu les clefs de l’administrateur pour poursuivre leurs recherches dans l’hypogée. Or il n’y avait que très peu de temps que j’avais rencontré ce même administrateur, et lorsque je lui avais parlé de Terminus Est, qui m’avait été retirée par les prétoriens, il avait cru que j’étais arrivé le jour même, après l’évasion de Beuzec.

Mais en réalité, ce n’était pas le cas ; autrement dit, le prétorien qui s’était saisi de Terminus Est ne pouvait pas l’avoir déposée dans le vestiaire fermé à clef, en dessous du second escalier.

Je retournai donc sur mes pas, vers le vestiaire à la porte arrachée. À la faible lumière qui arrivait du corridor, je pus constater que, comme son pendant, cette pièce avait autrefois comporté des étagères ; mais on les avait enlevées depuis pour en faire autre chose, et la pièce était nue, à l’exception des supports dépassant du mur à intervalles réguliers, et devenus inutiles. À part cela je ne voyais rien d’autre, mais je pus également constater que les gardes affectés à l’inspection des locaux n’avaient guère eu envie de s’avancer au milieu des toiles d’araignée et de la poussière. Sans même passer la tête à l’intérieur, je glissai ma main par-delà le chambranle de la porte en tâtonnant ; c’est avec un indescriptible sentiment de triomphe mêlé d’une impression familière que je la sentis se refermer sur la précieuse poignée.

J’avais retrouvé mon intégrité d’homme. Ou bien davantage, celle de compagnon de la guilde. À la lumière du corridor, je vérifiai que la lettre se trouvait toujours à sa place, dans la pochette du fourreau, puis je dégainai la lame étincelante, l’essuyai, la huilai et l’essuyai à nouveau, avant d’en vérifier le fil du pouce et de l’index. Enfin, je m’éloignai. Que celui qui me poursuivait dans les ténèbres apparaisse, maintenant.

Mon premier objectif était de rejoindre Dorcas, mais je n’avais pas la moindre idée de l’endroit où on avait installé la compagnie du Dr Talos ; je savais simplement que la troupe devait se produire au cours d’un thiase se tenant dans un jardin – un jardin parmi tant d’autres, sans aucun doute. Si en ce moment, je tentais de passer par l’extérieur, de nuit les prétoriens auraient très certainement tout autant de difficultés à me distinguer, avec ma cape de fuligine, que moi à les apercevoir. Mais je n’avais guère de chances de trouver de l’aide ; et lorsque l’horizon oriental basculerait en dessous du soleil, je serais certainement repris aussi vite que la première fois, avec Jonas, quand nous étions arrivés sur nos destriers. Si par contre je restais à l’intérieur du Manoir Absolu, l’expérience que je venais d’avoir avec l’administrateur montrait que je n’éveillerais pas forcément les soupçons, et que je pouvais même tomber sur quelqu’un prêt à me renseigner. Je pris finalement le parti d’expliquer à la première personne rencontrée que j’avais été convoqué pour les festivités (supposant qu’il était tout à fait possible qu’une séance de tortures ait été inscrite au programme de celles-ci), et que je m’étais perdu en quittant la chambre qui m’avait été affectée pour passer la nuit. J’avais une chance, de cette façon, de découvrir où se trouvaient Dorcas et les autres.

Tout en réfléchissant à ce plan, je montai l’escalier et, au second palier, je m’engageai dans un corridor que je n’avais pas remarqué auparavant. Il était beaucoup plus long, et incomparablement mieux meublé que celui sur lequel donnait l’Antichambre. Des tableaux sombres étaient accrochés aux murs dans des cadres dorés, avec entre eux des bustes, des urnes et des objets dont j’ignorais le nom placés sur des piédestaux. Les portes qui donnaient sur ce corridor étaient séparées par une centaine de pas au moins, ce qui supposait des pièces aux dimensions imposantes derrière ; toutes étaient fermées, et, en essayant les poignées, je constatai qu’elles étaient forgées dans un métal que je n’avais jamais vu, et surtout qu’elles étaient dessinées pour des mains qui n’étaient pas humaines.

Après avoir parcouru ce corridor pendant plus d’une demi-lieue, je finis par apercevoir quelqu’un d’assis (comme je le supposai tout d’abord) sur une chaise surélevée. Mais en me rapprochant, je compris que ce que j’avais pris pour une chaise était en fait un escabeau, et que le vieil homme qui se trouvait perché dessus était en train de nettoyer l’une des peintures.

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