La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
Il ouvrit la porte par laquelle il était entré, ce qui me permit de constater qu’elle n’était pas tout à fait rectangulaire. La pièce qui se trouvait de l’autre côté était à peine plus grande que celle en trompe-l’œil ; toutefois, les angles qu’elle faisait me parurent normaux, et son mobilier était somptueux.
« En tout cas, vous êtes parvenu jusqu’à la bonne partie du Manoir Secret, reprit l’androgyne. Sinon, nous aurions dû marcher pendant un bon bout de temps. Je vous prie de m’excuser, le temps de lire ce message. »
Il s’avança vers ce que j’avais tout d’abord pris pour une table à dessus de verre, et déposa le morceau d’acier en dessous, sur une sorte d’étagère. Une lumière s’alluma aussitôt, faisant briller la vitre, sans qu’elle ait de source au-dessus de la table. Le morceau d’acier parut grandir jusqu’à atteindre la dimension d’une épée, et je vis que les stries qui le recouvraient, au lieu d’être de simples irrégularités avec lesquelles tirer des étincelles d’un silex, étaient en réalité des lignes d’écriture.
« Reculez, m’ordonna l’androgyne. Si vous ne l’avez pas déjà lu, ce n’est pas maintenant que vous devez le faire. »
Je lui obéis, mais continuai à l’observer tandis qu’il se penchait sur le petit objet que j’avais porté depuis la clairière de Vodalus. « Il n’y a donc pas d’autre solution, finit-il par dire. Il faudra nous battre sur deux flancs. Mais cela ne vous regarde pas. Voyez-vous ce cabinet, avec une éclipse sculptée sur le battant de la porte ? Ouvrez-le, et retirez-en le livre qui s’y trouve. Vous pourrez le poser sur ce lutrin, ici. »
Bien que redoutant quelque piège, j’ouvris la porte du gros meuble, comme il me le demandait. Il ne contenait qu’un seul livre, mais de taille monstrueuse : il faisait presque ma hauteur, et avait bien deux coudées de large ; sa reliure tachetée de cuir bleu-vert me faisait face, comme si, après avoir enlevé le couvercle d’un cercueil placé verticalement, je m’étais trouvé devant un cadavre. Je remis mon épée au fourreau, saisis à deux mains le volume gigantesque et le plaçai sur le lutrin. L’androgyne voulut savoir si je l’avais déjà vu, et je lui répondis que non.
« On aurait dit que vous en aviez peur, et que… enfin, c’est l’impression que j’ai eue… vous cherchiez à vous en détourner en le transportant. » Tout en parlant, il rabattit la couverture, et je pus voir la première page ; elle comportait un texte écrit en rouge, dans des caractères qui m’étaient inconnus. « Ceci est un avertissement destiné à ceux qui cherchent la voie, me dit-il. Dois-je vous le lire ? »
Sans réfléchir, je lâchai : « Dans le cuir, j’ai cru discerner un mort… et ce mort, c’était moi. »
Il referma le couvercle, qu’il se mit à caresser de la main. « Ces teintures irisées queue-de-paon sont l’œuvre d’artisans disparus depuis longtemps… quant aux lignes et aux zigzags en dessous, ce ne sont que les cicatrices des souffrances endurées par les animaux, marques de fouet et morsures de tiques. Mais si vous avez peur, rien ne vous oblige à y aller.
— Ouvrez-le, répondis-je. Montrez-moi la carte.
— Il n’y a pas de carte. Vous avez affaire à la chose elle-même », dit-il en rabattant à la fois la couverture et la première page.
Je fus presque aussi aveuglé que lorsqu’on voit la foudre frapper de nuit. Les pages intérieures, comme faites de pur argent martelé et poli, s’emparaient du moindre point lumineux de la pièce et le renvoyaient, cent fois plus puissant. « Ce sont des miroirs », dis-je ; mais tout en prononçant ces mots, je me rendis compte que ce n’en était pas, et qu’il s’agissait de choses pour lesquelles il n’existe pas de mot plus approprié, et qui, il y avait moins d’une veille, avaient renvoyé Jonas dans les étoiles. « Mais d’où tirent-ils leur énergie, lorsqu’ils ne sont pas face à face ?
— Pensez à tout le temps où ils l’ont été, tandis que le livre était fermé. Le champ ainsi créé supportera un certain temps la tension que nous lui faisons subir. Allez, si vous l’osez. »
Je n’osai pas. Pendant qu’il parlait, quelque chose prit forme dans l’air luminescent, au-dessus des pages ouvertes. Il ne s’agissait ni d’une femme ni d’un papillon, mais d’un être qui participait des deux, et de même que nous savons, quand nous voyons au second plan d’un tableau une montagne apparemment petite, qu’elle est en fait vaste comme une île, de même je sus que la chose que je contemplais se trouvait infiniment loin, que ses ailes, en battant, s’appuyaient sur les protons qui parcourent l’espace, et que Teur tout entière n’était qu’un moucheron ballotté par le moindre de leurs battements. C’est alors que la créature me vit, comme je venais de la voir, un peu à la façon dont l’androgyne, un moment auparavant, avait distingué un texte écrit dans les stries du morceau de métal, placé sous la vitre. Elle arrêta alors son mouvement, se tourna vers moi et ouvrit ses ailes afin que je pusse mieux les voir ; elles étaient constellées d’yeux.
L’hermaphrodite referma bruyamment le livre, et ce fut comme si une porte se refermait. « Qu’avez-vous vu ? » me demanda-t-il.
Je n’arrivais à penser qu’à une seule chose : que je n’étais plus obligé de regarder les pages brillantes. « Merci, Sieur, répondis-je. Qui que vous soyez, je suis dorénavant votre serviteur. »
Il acquiesça. « Peut-être un jour vous rappellerai-je ces propos. Toutefois, je ne vous poserai pas à nouveau la question de savoir ce que vous avez vu. Tenez, essuyez-vous le front. Vous avez été marqué par la vision. »
Il me tendit un linge propre tout en parlant, et je me le passai sur le front, comme il me l’avait dit, car je sentais la sueur couler sur mon visage. Regardant machinalement le linge, je vis qu’il était rouge de sang.
Comme s’il venait de lire mes pensées, il ajouta : « Vous n’êtes pas blessé. En terme médical, ce qui vous arrive est un hématidrose, je crois. La tension créée par une émotion forte fait éclater les veines minuscules des parties de la peau qui sont touchées… et même de toute la peau, parfois… au moment où celle-ci transpire abondamment. Je crains bien que vous ne vous retrouviez avec une méchante meurtrissure pendant quelque temps.
— Pourquoi avez-vous fait cela ? Je croyais que vous deviez me montrer une carte. Tout ce que je veux, c’est trouver la Salle verte, comme l’a appelée le vieux Roudessind là-bas dehors, l’endroit où les comédiens ont été logés. Le message de Vodalus vous demandait-il de supprimer le messager ? » Je pris maladroitement la poignée de mon épée tout en parlant, mais je me sentis trop faible pour la retirer de son fourreau.
L’androgyne se mit à rire, d’un rire tout d’abord agréable, à mi-chemin entre celui d’un enfant et celui d’une femme, mais il se termina par un ricanement hoqueté comme en ont parfois les gens en état d’ivresse. Au fond de mon crâne, les souvenirs de Thècle s’agitèrent, et faillirent s’éveiller. « C’est donc tout ce que vous vouliez ? demanda-t-il lorsqu’il eut retrouvé son calme. Vous m’avez demandé du feu pour votre chandelle, et j’ai essayé de vous donner le soleil ; or maintenant vous vous êtes brûlé… Tout cela est de ma faute. Peut-être n’ai-je fait qu’essayer de repousser le moment pour moi… Cependant, je ne vous aurais pas laissé voyager aussi loin, si je n’avais pas lu dans le message que vous transportiez la Griffe. Maintenant je suis on ne peut plus désolé, sans pouvoir malgré tout m’empêcher de rire. Où voulez-vous aller, Sévérian, une fois que vous aurez trouvé la Salle verte ?