La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Il faut avouer que c’est à n’y rien comprendre: quand l’Esprit-Saint raconte les sacrifices offerts dans le désert, le peuple hébreu a tout son bétail emmené d’Egypte; mais, lorsque son récit passe à d’autres faits, voilà ce même peuple qui est représenté comme réduit à se nourrir de manne. Nous n’insinuerons pas que le divin pigeon se contredit; ce serait un blasphème: nous sommes donc obligés de conclure que les troupeaux innombrables avaient été boulottés par Jéhovah, sous forme d’holocaustes, et que l’Esprit-Saint a oublié de le dire expressément. Quoi qu’il en soit, puisque les Hébreux, à leur départ de la région du Sinaï, demandaient de la viande à cor et à cris, c’est qu’ils n’avaient plus un bœuf, plus une brebis, plus un mouton, plus un agneau. Moïse fit part à Jéhovah de ces réclamations.
«Alors, l’Éternel suscita un grand vent, qui, soufflant d’au-delà de la Mer Rouge, apporta des cailles et les répandit en si abondante quantité dans le camp et tout autour, qu’il y en avait presque la hauteur de deux coudées sur la terre.» (Nombres 11:31)
Papa Bon Dieu devait bien ça à son peuple, qui lui avait sacrifié ses innombrables troupeaux. On pense si les Hébreux furent joyeux et firent bombance!
«Mais, lorsque la chair des cailles était encore entre leurs dents, avant qu’ils l’eurent mâchée, la colère de l’Eternel s’embrasa contre le peuple et le frappa d’une horrible plaie. Et on nomma ce lieu-là Kibroth-Taava, c’est-à-dire sépulcre des gourmands; car on y ensevelit des milliers de ceux qui avaient voulu manger de la viande» (11:33-34)
Épatant de maboulisme, décidément, le seigneur Jéhovah!…
Or, Aaron et Marie n’avaient pas approuvé que leur frère Moïse se mariât avec une éthiopienne. Un jour qu’on se trouvait à Hazeroth, où le peuple hébreu s’était rendu en quittant Kibroth-Taava, ils échangèrent entre eux deux des observations désobligeantes sur le compte de leur belle-sœur Séphora; mais ils furent aussitôt vertement réprimandés par papa Bon Dieu, leur parlant dans sa colonne de nuée, sans se faire voir. En outre, Marie eut une punition sévère: quand l’Eternel eut terminé sa semonce, la sœur de Moïse se trouva toute couverte de lèpre; toutefois, sur les instances de Moïse, papa Bon Dieu consentit à ne faire durer cette maladie que sept jours (ch. 12).
Au départ d’Hazeroth, on prit la direction du nord. La région dans laquelle nos émigrants s’engagèrent est nommée dans la Bible «désert de Paran»; c’est la partie est de la péninsule du Sinaï, comprise entre l’extrémité de la chaîne de Djebel-et-Tyh et les montagnes d’El-Samghi et d’El-Chafa; là coule la rivière d’Aïn, qui se jette dans le golfe d’Akabah. L’auteur sacré place dans celte région un nouveau pays de Madian. Moïse ordonna une halte et envoya en reconnaissance douze espions, un de chaque tribu; ces éclaireurs allèrent jusqu’à Hébron, à l’ouest de la Mer Morte, en plein pays de Canaan, occupé alors par les Amorrhéens. Ils revinrent au bout de quarante jours et firent leur rapport: ils rapportaient avec eux, à l’appui de leurs dires, des fruits magnifiques, tels que des grenades, des figues, du raisin; une grappe de raisin était si grosse qu’il fallait plusieurs hommes pour la porter.
C’était la preuve incontestable de la fertilité du territoire dont nos émigrants méditaient de s’emparer. D’autre part, le rapport des espions fut comme une douche d’eau glacée qui refroidit instantanément leurs convoitises. Nulle part nous n’avons jamais vu d’aussi beaux fruits, dirent les espions; mais les habitants du pays sont des gaillards des plus robustes, et ils ont des villes fermées par de solides murailles. «Nous avons même vu là des descendants de Hanak, c’est-à-dire des géants, devant qui nous ne paraissons que comme des sauterelles.» La conclusion de dix espions sur les douze fut qu’il ne serait pas bon de se frotter à ces bonshommes-là, et le peuple abonda dans leur sens. Seuls, Josué et Caleb estimèrent que le pays qu’ils venaient de voir était trop beau pour ne pas essayer de le conquérir; en deux mots, ils dirent, carrément que le jeu en valait la chandelle et qu’il fallait tenter le coup. Mais, leur enthousiasme n’étant pas partagé par leurs compatriotes, papa Bon Dieu déclara au peuple hébreu que, puisqu’il en était ainsi, ils mourraient tous avant d’arriver au but de leur voyage, à l’exception de Josué et de Caleb. Quelques jours après, des Amaléciles et des Cananéens parurent et flanquèrent aux Juifs une raclée des mieux conditionnées. (ch. 13, 14)
Parmi les incidents rapportés par le livre des Nombres, se trouve la conspiration de Coré, Dathan et Abiron, qui, avec deux cent cinquante camarades, étaient d’avis que Moïse et Aaron avaient tort de se placer au-dessus de tous les autres lévites. Ces trois personnages furent engloutis tout-à-coup, la terre s’étant entr’ouverte sous leurs pas; ils disparurent, ainsi que leurs familles; et les deux cent cinquante juifs de leur parti furent instantanément dévorés par des flammes miraculeuses qui sortirent du sol sous leurs pas. Au surplus, l’Eternel, afin de mieux frapper les esprits du peuple, infligea une plaie à quatorze mille sept cents émigrants qui n’étaient pas entrés dans le complot; ces malheureux en moururent, et les lévites brûlèrent des parfums (ch. 16).
Après quoi, sur l’ordre de Jéhovah, Moïse invita les chefs des tribus à lui apporter une verge de bois sec, semblable à la verge qu’Aaron portait toujours avec lui; sur chaque verge on écrivit le nom d’une tribu; puis, on les déposa ensemble dans le tabernacle, et à ces douze verges on en mêla une treizième, offerte par la tribu de Lévi et sur laquelle le nom d’Aaron fut inscrit. Le lendemain, à la grande surprise de tous, tandis que les verges des douze autres tribus n’avaient pas changé d’aspect, celle de la tribu de Lévi avait fleuri; elle était pleine de fleurs, et même des amandes toutes mûres y avaient poussé. Ce miracle indiquait clairement que l’Eternel confirmait Aaron dans son sacerdoce; le peuple se déclara convaincu et promit de ne plus jalouser les lévites (ch. 17). Puisque ce miracle devait suffire, pourquoi Dieu avait-il fait mourir, d’une horrible plaie, quatorze mille sept cents hommes, innocents de tout complot?
On n’a pas oublié que les Hébreux n’avaient plus aucune viande; mais voici que Jéhovah désira un nouveau sacrifice. Il avait envie qu’on lui offrît en holocauste une jeune vache rousse, sans aucun défaut et n’ayant jamais porté le joug. Ce désir était à peine exprimé, que nos émigrants choisirent, parmi leurs troupeaux, — ils en avaient donc tout-à-coup? — la plus belle vache rousse, réunissant les conditions requises, et l’amenèrent au sacrificateur Eléazar (ch. 19).
Au chapitre 20, les voyageurs sont arrivés au pied du Djebel-Halal. On s’arrête à Kadès; Marie y meurt, et on l’enterre. L’eau manquait en cet endroit. Nouveaux murmures du peuple; nouveau rocher frappé d’un coup de verge par Moïse; nouveau miracle. «Alors, des eaux sortirent du rocher en abondance, et les Hébreux s’abreuvèrent, et leurs bêtes aussi» (v. 11). Pas d’erreur, n’est-ce pas? nos émigrants avaient maintenant leurs troupeaux. — Comme ils voulaient continuer leur route vers le nord, en passant par le pays des Iduméens, ils entrèrent en pourparlers avec le roi d’Edom; mais celui-ci refusa de leur laisser traverser son territoire, et ils durent faire un détour. Tandis qu’ayant pris à droite ils longeaient le versant oriental de la chaîne des monts Seïr, papa Bon Dieu dit à Moïse de grimper avec Aaron et son fils Eléazar sur le mont Hôr: une fois au sommet de la montagne, Moïse, se conformant aux prescriptions divines, dépouilla Aaron de ses vêtements, en habilla Eléazar, et aussitôt Aaron mourut. Il était âgé de cent vingt-trois ans. De nos jours, les musulmans montrent aux touristes le tombeau d’Aaron, au sommet de l’Hôr, à 1,329 mètres d’altitude; le monument est en réalité un sanctuaire mahométan; quant au tombeau lui-même, c’est un sarcophage absolument moderne.