Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
« Je reviens tout de suite », dit-il à ses collègues. Pour rejoindre le département de l’IT, il devait descendre deux étages. De nombreux bureaux y étaient également vides.
Le directeur se trouvait dans son bureau, derrière lui, un collaborateur, tous deux fixant les quatre écrans devant eux.
« Vous avez deux minutes ? » demanda Bollard.
Le directeur, un Belge avenant, travaillait depuis de nombreuses années pour Europol.
« Je préférerais vous en parler dans le couloir », dit Bollard désignant discrètement la personne derrière lui.
Le Belge lui jeta alors un regard peu amène, mais Bollard se tenait déjà à la porte, lui faisant comprendre qu’il ne bougerait pas avant qu’il ne le rejoigne. Le directeur se leva volontairement lentement pour rejoindre son collaborateur.
« Qu’y a-t-il de si important ? »
Bollard le tira encore un peu à l’écart et lui parla de Manzano en quelques mots, des mails et des dénégations de l’Italien.
« Ridicule ! conclut le Belge.
— Ces gens ont réduit à néant les réseaux électriques des deux plus grandes puissances économiques de la planète. Comment pouvez-vous exclure qu’il n’y a pas également des taupes chez nous ?
— Parce que nos systèmes sont ultra-sécurisés !
— Les autres l’étaient aussi. Écoutez, nous sommes entre nous. Nous savons tous les deux qu’il n’y a aucun système absolument sûr. Et je sais aussi qu’il y a déjà eu des tentatives réussies de s’introduire dans nos systèmes…
— Mais seulement dans des domaines périphériques !
— Voulez-vous êtes tenu pour responsable si un jour on apprend qu’il n’en était pas ainsi ? » Bollard fixa l’homme, lui laissant le temps de réfléchir, mais non de répondre. « Admettons seulement, poursuivit-il, que quelqu’un nous observe et nous manipule en passant par nos propres systèmes ; remarquerait-il que vous commenciez à faire des recherches plus précises ?
— Ça dépend de la manière de le faire, grommela le Belge. Mais je n’ai aucun personnel pour effectuer ça. La moitié de mes équipes a disparu. L’autre moitié est au bord de la crise.
— Comme nous tous. Et nous sommes dos au mur. »
Manzano fut tiré de son sommeil par une douleur fulgurante à la cuisse. Il ignorait combien de temps il avait dormi et, pendant quelques secondes, où il se trouvait. Mais la douleur lui fit se remémorer rapidement les événements.
« Comment allez-vous ? demanda Pohlen.
— Combien de temps j’ai dormi ?
— Plus de deux heures. Il est sept heures du soir.
— Le médecin n’est plus là ?
— Non. »
Manzano était de nouveau conscient de ce qui l’avait conduit ici. Il ne devait pas se laisser emmener par ces policiers !
« Je dois aller aux toilettes.
— Vous pouvez marcher ? »
Il tenta de sortir ses jambes du lit. Sa cuisse droite le lançait violemment. Il se leva, constata qu’il pouvait tenir debout. Il déclina l’aide de Pohlen.
Il y avait du brouhaha dans le corridor sombre. On poussait des lits en direction de la sortie, des gens criaient, on entendait des gémissements, des plaintes et des cris de douleur. Manzano n’aperçut presque personne en tenue d’hôpital.
« Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Évacuation », répondit Pohlen.
Lorsqu’enfin ils atteignirent les sanitaires, il réalisa qu’il n’avait plus si mal à la jambe. Il décida pourtant de continuer à boiter. Ça pourrait toujours lui être profitable de passer pour invalide.
Manzano fit ses affaires. « Retournons au bloc. »
Il partit en clopinant. Sous un lit abandonné il découvrit des béquilles jetées là négligemment.
« Ça peut toujours servir », fit-il au policier.
Pohlen se baissa et les lui tendit.
Manifestement, la nouvelle de l’évacuation s’était propagée. Il n’y avait presque plus personne dans la salle d’attente. Le bloc où il avait été soigné était vide.
« Vous semblez aller beaucoup mieux, observa Pohlen.
— Et maintenant, on fait quoi ?
— On attend la voiture que Hartlandt doit nous envoyer. Puis on vous conduira en détention provisoire. »
Manzano ne le voulait en aucun cas. « Je crois qu’il y a des antidouleurs par terre, dit-il en désignant le rayon le plus bas d’une étagère métallique. Vous pourriez me les donner ? C’est compliqué pour moi… »
Le policier se baissa. « Où ça ? »
Manzano accrocha deux montants de l’étagère grâce aux poignées des béquilles et tira énergiquement. Tout le contenu dégringola sur Pohlen et le recouvrit dans un fracas assourdissant. Manzano, qui avait dégagé les béquilles, entendit l’homme jurer et enrager. Il referma rapidement la porte derrière lui et, aussi naturellement que possible, il traversa la salle d’attente, les béquilles en mains. À chaque pas, il ressentait une vive douleur à la cuisse. Il lui fallait cependant penser à un endroit où se planquer. En arrivant dans le couloir encombré de gens gagnant la sortie, il eut une idée.
Depuis sa cachette dans le recoin d’une porte, Shannon vit l’Italien quitter la salle d’opération, regarder fébrilement alentour, et remonter le flot des évacués en boitillant, jusqu’à disparaître par une porte latérale. Shannon voulait partir à sa poursuite lorsqu’apparut Pohlen. Elle retint son souffle tandis que le fonctionnaire, après avoir hésité, se dirigea vers la sortie parmi les malades.
Elle sortit alors de sa cachette et suivit Manzano. Elle bouscula des gens, fut elle-même rudoyée, avant d’atteindre enfin l’endroit où l’Italien s’était engouffré.
Il avait disparu.
Dans la pièce, il faisait sombre. Manzano pouvait gagner la fenêtre sans danger, personne ne le verrait, même de dehors. Il regarda la place devant l’hôpital, en bas, peuplée de gens allant en tous sens, éclairés par la seule lumière clignotante des gyrophares, qui avaient l’air de jouets. Sans ascenseur, gagner le cinquième étage avait été pénible, mais sitôt qu’il eut compris comment se servir des béquilles, il ne lui fallut que quelques minutes. Manifestement, son plan fonctionnait. Malgré la hauteur et l’éclairage médiocre, il aperçut la silhouette du grand Pohlen le cherchant dans la foule. Puis il vit un second homme s’agiter dans la cohue, aux gestes bien différents des autres. Hartlandt.
Il ressentit de nouveau de violentes douleurs dans la cuisse, tira une chaise contre la fenêtre et s’assit. De la sorte, il pouvait observer l’extérieur, espérant également qu’il pourrait voir venir la menace malgré l’obscurité.
Bientôt, si le médecin avait dit vrai, les lumières du bâtiment s’éteindraient. Il serait alors tout seul.
Shannon regarda dans une pièce, puis dans une autre, mais, sans même en avoir fini avec le rez-de-chaussée, elle renonça. Le bâtiment était bien trop grand. Jamais elle ne trouverait Manzano. Peut-être avait-il quitté les lieux en profitant de la pagaille. Désespérée, elle regardait les gens prendre la fuite autour d’elle. Elle finit par se laisser emporter. Elle devait trouver où dormir. Elle quitta l’endroit, regarda une dernière fois derrière elle, hésita, puis gagna la Porsche garée sur une place interdite, dans une rue perpendiculaire.