Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
« Bon…, dit Hartlandt à son collègue. Trouve-lui un lit. J’en aurais bien besoin aussi. Mais je ne peux me le permettre. Je retourne chez Talaefer. Je reviens plus tard ou j’envoie une voiture. »
Sur ces mots, il partit dans le couloir.
Manzano le regarda jusqu’à ce qu’il disparaisse.
« C’est quoi votre nom ? demanda Manzano à son gardien. Puisque nous devons passer ensemble les prochaines heures…
— Helmut Pohlen, répondit-il.
— Bien, alors Helmut Pohlen, cherchons-moi un lit. »
Shannon attendit quelques minutes. Comme ni Manzano ni le policier n’apparaissaient à la porte, elle s’en approcha. Elle frappa doucement et ouvrit sans même attendre qu’on la prie d’entrer. La chambre était si petite que le lit sur lequel était allongé l’Italien la remplissait tout entière. Il semblait dormir. Pohlen fit un bond à l’entrée de la journaliste. Mais elle en avait vu suffisamment : dans la pièce, ni fenêtre ni autre porte.
« Sorry », murmura-t-elle avant de ressortir.
Elle parcourut quelques mètres dans le couloir, à la recherche d’un endroit d’où elle pourrait observer la porte de la chambre de l’Italien, sans être vue elle-même au premier coup d’œil.
Qu’avait-il donc commis pour qu’ils lui tirent dessus ?
Bon Dieu ! Quelle odeur ici !
Dienhof se tenait devant une grande feuille sur laquelle étaient représentés quelques diagrammes. Des pictogrammes de bâtiments reliés par des lignes. Il n’y avait avec lui que Wickley, les collègues de Hartlandt, un membre de la direction responsable des questions de sécurité, le directeur de la sécurité et la directrice des ressources humaines de l’entreprise.
« Nous sommes partis de l’hypothèse la plus pessimiste, commença Dienhof. À savoir que nos produits pourraient être responsables des problèmes dans les centrales. Ces produits sont conçus à partir de modules de base, que nous avons pour partie développés nous-mêmes, mais également à partir de modules standard, des protocoles, comme ceux fréquemment utilisés de nos jours pour Internet. » Dienhof, pendant son exposé, montrait des dessins sur la feuille. « Sur cette base, nous développons pour chacun de nos clients des produits sur mesure. Cela signifie que nous devons d’abord chercher une possible erreur, ou une manipulation, dans les modules de base communs à nombre de centrales.
— Mais ça pourrait être aussi ailleurs, interrompit un des hommes de Hartlandt.
— En théorie, oui, dans la pratique, non. Nous devons nous demander qui les développe, autrement dit qui, chez nous, a accès en lecture et écriture à ces modules de base.
— Accès en lecture et écriture, l’interrompit l’inspecteur. Cela signifie-t-il qu’eux seuls peuvent modifier les modules de base ?
— Tout à fait, acquiesça Dienhof. Bien sûr, les centrales, après avoir reçu notre système, continuent à entendre parler de nous. Ces produits sont prodigieusement complexes et sont constamment améliorés. Ça signifie que les entreprises reçoivent en permanence de nouvelles mises à jour de leurs logiciels ou de parties d’entre eux. Nous avons un groupe, particulièrement intéressant pour notre affaire, de collaborateurs qui ont un accès direct aux logiciels des producteurs d’énergie. Naturellement, ces collaborateurs, de même que les procédures de mises à jour, sont soumis à des règles strictes de sécurité : une règle de sécurité générale au sein de notre entreprise et la séparation rigoureuse des différentes unités comme le développement, le test et le conseil aux clients. Celui qui développe des softwares ne peut également les tester, ni faire partie de ceux qui les installent chez les clients. Pour qu’un bug apparaisse en bout de chaîne, il doit être si génialement programmé que ni ceux qui testent, ni leurs outils ne le décèlent. Ou alors nous avons une erreur au niveau des autorisations d’accès aux archives de nos codes sources.
— Qu’est-ce que ça signifie ? demanda Hartlandt.
— Que seules certaines personnes peuvent modifier les codes sources. Chacune de ces modifications doit être contrôlée et approuvée par d’autres.
— Alors s’il y avait une erreur dans ce système…
— … un développeur pourrait soustraire un code logiciel aux contrôleurs. Mais c’est exclu. »
Ça en fait, des conditionnels, songea Hartlandt. Ce bon Dienhof ne pouvait se faire à l’idée que leur entreprise soit en partie responsable de ce désastre.
« Bien, concéda-t-il tout de même. Mais à supposer qu’il y ait eu plusieurs personnes impliquées ?
— Non, je pense que nous recherchons une seule et même personne, quelqu’un en mesure de modifier des éléments pouvant être utilisées par tous les programmeurs. D’après nos recherches dans les données d’accès à l’archive des codes source, il ne peut s’agir que de trois personnes. La première, c’est Hermann Dragenau, notre responsable de l’architecture système. En plus de ses activités de design de programmes, il peut également accéder aux bibliothèques standard. »
Hartlandt se souvenait de ce nom. Lorsqu’il était sur la trace des collaborateurs manquants, il l’avait également recherché.
« Il est en vacances à Bali, fit-il remarquer.
— Nous le savons également. Le deuxième, c’est Bernd Wallis. Il est parti skier en Suisse, nous n’avons pas pu le joindre. Le troisième, c’est Alfred Tornau. Il figurait sur la liste des personnes qui ne pouvaient plus venir au travail. Nous n’avons pu le trouver chez lui, ni nulle part ailleurs, si j’ai bien compris.
— Lui et d’autres, nous les recherchons encore, répondit Hartlandt. Donc, si j’ai bien compris : nous avons trois personnes potentiellement impliquées, la première se fait dorer la pilule à Bali, l’autre respire le bon air en Suisse, et la troisième a disparu. Super nouvelles ! »
Bollard planta une punaise supplémentaire sur la carte de l’Europe. À la suite de l’appel des Allemands de ce matin, il avait transmis les informations à tous les officiers de liaison disponibles afin qu’ils se renseignent dans les pays où ils œuvraient. Avant midi étaient arrivées des nouvelles d’Espagne, de France, des Pays-Bas, d’Italie et de Pologne. En Espagne, on avait recensé un incendie dans un poste de couplage, et deux pylônes détruits à l’explosif, en France quatre pylônes étaient à terre, deux aux Pays-Bas, en Italie et en Pologne. Tous ces pays affirmaient par ailleurs que ces informations étaient très probablement incomplètes, dans la mesure où ils ne disposaient pas de suffisamment d’équipes pour tout contrôler. Pour chaque acte de sabotage, une nouvelle punaise sur la carte.
« De nouvelles données nous sont parvenues d’Allemagne, dit Bollard. Elles font passer pour erronée la “théorie des routes” de Berlin. Le caractère criminel de l’incendie de Lübeck a été infirmé, mais nous en avons un au sud de la Bavière. De même que les pylônes du nord seraient apparemment tombés à la suite de causes naturelles. Mais nous avons un pylône à terre à l’est de la Saxe-Anhalt.
— Ne devons-nous pas accepter que quelqu’un parcoure l’Europe et mette hors service des installations électriques ?
— Il faudrait qu’il s’agisse d’un groupe important », répondit Bollard.
La sonnerie de son radiotéléphone interrompit leurs réflexions.
« C’est pour vous », fit le collaborateur qui avait décroché en tendant le combiné à Bollard.
À l’autre bout du fil, Hartlandt. « J’essaye de vous joindre depuis une heure. »
D’abord, le fonctionnaire ne voulut pas croire un mot de ce que lui annonçait le policier ; la tentative d’évasion de l’Italien, sa blessure par balle, et son hospitalisation dans un hôpital de Düsseldorf. Hartlandt décrivit à quel point Manzano s’était défendu avec rage d’avoir écrit et envoyé les mails l’accablant, prétendant que l’auteur ne pouvait être que quelqu’un s’étant introduit dans son ordinateur. À peine avaient-ils fini la discussion qu’il bondit, nerveux.