Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
— Que Trouvé soit notre coupable ou un bouc émissaire, il nous le faut. Poursuivez commissaire, fit Saulieu en se tournant vers Ughetti.
Des bruissements, des frottements se firent entendre, puis la salle replongea dans un silence total. Ughetti reprit son élan.
— Dès que Zellerman aura interrogé le couple Trouvé, nous aurons le fils de Nadine Pascoli… et nous approcherons enfin du but…
Le juge Lagrange-Couturier, ce jour-là, eut la mauvaise idée de faire quelques révélations aux journalistes impatients, divulguant la signification du symbole du koun-miougou, évoquant le langage de la souris, lié à des rites qu’il qualifia d’exotiques… Il n’en fallait pas plus pour exciter l’imagination des foules.
37
Pendant que Damien Escoffier s’enfonçait dans des théories que tout le monde s’accordait à trouver fumeuses, Arrosteguy le premier, Zellerman et ses coéquipiers pénétraient dans le modeste pavillon de Micheline et Jean-Jacques Trouvé. Un tas de sable et une bétonneuse dans la rue indiquaient qu’on était en travaux. Une tôle ondulée abritait la terrasse et Blanche-Neige entourée de quelques nains souhaitait la bienvenue aux visiteurs dans le jardin. Un téléviseur crachait ses décibels à travers la fenêtre entrouverte de la cuisine.
Jean-Jacques Trouvé, chauffeur de bus à la retraite, aimait le bricolage, il avait en partie construit le pavillon de ses mains. Au-dessus du perron, une inscription en fer forgé : « Malgré tout », en disait long sur les difficultés et les joies que représentait l’accession à la propriété pour cette famille.
Micheline, qui avait arrangé son chignon en choucroute comme au bon vieux temps, retira son tablier en hâte à l’entrée des policiers et s’empressa autour de la table de la cuisine drapée d’une toile cirée. Jean-Jacques sortit sa « poire d’Olivet » et des verres, et ordonna à la maîtresse de maison d’apporter le café.
Quand Zellerman montra l’autorisation du juge, Micheline Trouvé s’effondra en larmes. Sans attendre la suite, elle devança les questions des policiers, se noyant dans un flot de paroles : ces messieurs devaient se tromper, Nicolas n’avait rien à voir avec les crimes de ces pauvres gens. Bien sûr que c’était bizarre, toutes ces coïncidences, mais ça ne prouvait rien du tout. Et puis cette pauvre Mme Pascoli morte, et la petite Laurette, tout près de chez eux, mais Nicolas ne pouvait pas avoir commis de telles atrocités. C’était sûrement une erreur.
Jean-Jacques consolait Micheline avec des gestes maladroits, gêné par l’épanchement soudain de sa femme. On n’était plus dans le registre des amis de Lavigne qui tronquaient la vérité, omettaient certains faits, niaient avec aplomb, bravaient les policiers ; le couple Trouvé n’avait élaboré aucun système de défense. Micheline reprit son monologue : ils se doutaient bien que les investigations guideraient les enquêteurs, un jour ou l’autre, jusqu’à leur foyer, mais ils n’avaient rien à se reprocher, Nicolas était innocent. Le pauvre petit ne dormait plus depuis qu’il avait appris aux informations que Mme Pascoli avait été assassinée.
Zellerman mit un terme à cette logorrhée en élevant la voix :
— Calmez-vous, madame, laissez-nous faire notre travail !
Micheline renifla, se moucha et se laissa tomber sur une chaise comme si la remontrance lui avait coupé les jambes.
— D’après ce que vous dites, Nicolas savait qui étaient ses vrais parents ?
Calmée, Micheline parlait plus doucement.
— Oui, depuis quatre ans, monsieur. Pauvre petit, si vous saviez combien c’était dur pour lui. D’abord, il y a eu ces histoires de paternité avec des stars du cinéma, la télé en parlait tout le temps, vous vous souvenez peut-être ? Ça lui a donné des idées, il se doutait de quelque chose depuis longtemps, ça trottait dans sa tête, il fallait bien que ça sorte un jour. Il nous avait entendu parler de certaines choses, mon mari et moi. Par hasard, il a découvert qu’aucun d’entre nous n’avait le même groupe sanguin dans la famille, il n’est pas idiot, il a exigé des explications. Quand il a compris, il est devenu fou, il pleurait, il voulait tout savoir. Nicolas est un garçon si sensible. J’ai fini par céder en lui racontant tout.
— Comment l’a-t-il pris ?
— Très mal. Il disait que son nom aurait dû être « Donné » et non « Trouvé » puisque sa mère nous en avait fait cadeau, pauvre petit, ça faisait mal au cœur de le voir souffrir comme ça.
Des photos de Nicolas à tous les âges, sur les murs de la maison, la télé ou le buffet de la salle à manger témoignaient d’un amour exclusif.
— C’était difficile d’admettre qu’il était complètement à moi, parce que le grand-père Pascoli, tous les mois, il se faisait un plaisir de me rappeler que je n’étais pas la mère mais seulement une mère de substitution. Pourtant, c’était comme si c’était le mien, je n’aurais pas aimé davantage un petit sorti de mon ventre, dit Micheline en passant un mouchoir sur ses yeux.
— Ce n’était pas un gamin facile pourtant, ajouta Jean-Jacques, il faisait souvent des crises de nerfs.
Dans les yeux du père adoptif, une émotion et une profonde tendresse filtraient. Les policiers se sentaient démunis devant cette bonté simple et sans arrière-pensées.
— Vous avez pourtant accepté sans broncher les émoluments versés, rubis sur l’ongle, par le vieux Pascoli, fit l’un d’eux.
Micheline se raidit.
— On n’est pas des gens intéressés, s’empressa-t-elle de dire, mais les temps étaient durs. On a accepté pour construire le pavillon et on a vite regretté. Le petit Nicolas faisait notre bonheur, mais c’était pénible de voir le père Pascoli débarquer avec son chèque tous les mois. On se sentait rabaissés, comment vous dire, on n’aimait pas l’image de nous qu’il nous renvoyait.
— Comment ça, il venait chaque mois ?
— C’est comme j’vous l’dis. Il fallait le voir avec ses grands airs, sa bouche en cul-de-poule et ses yeux bleus, de vrais glaçons. Que pouvait-on faire ? On ne pouvait quand même pas aller se plaindre à la police !
Jean-Jacques abonda dans le sens de sa femme :
— Il n’a pas de cœur, cet homme. Il pense qu’il peut tout arranger avec son argent, mais Nicolas n’aurait jamais manqué de rien, même sans son pognon…
— … Que vous avez néanmoins empoché, ne put s’empêcher d’ajouter Zellerman.
— C’est vrai, reconnut Micheline. Nous avions passé un accord au début, Nicolas était à nous, nous ne devions plus jamais nous revoir, les versements devaient se faire automatiquement. En fait, il venait tous les mois et ce cirque a duré jusqu’à la majorité du petit. Au bout de deux ans, on a voulu changer de système, on lui a dit que nous ne voulions plus de son argent, que l’on se débrouillerait, que c’était gênant parce que nous considérions vraiment Nicolas comme notre enfant. Si vous aviez vu sa tête, il n’était pas d’accord du tout.
Payer avait été une manière de maîtriser la situation pour le vieux Pascoli. Au cours de sa carrière dans la haute finance, il avait pris l’habitude de tout contrôler, ce mode de fonctionnement était devenu pour lui une déformation, une difformité.
— Chaque mois, nous redoutions son coup de fil nous avertissant qu’il allait passer avec le chèque, c’était tellement humiliant.
— M. Pascoli soutient pourtant qu’il n’avait pas de contact avec votre famille.
— Il ment, monsieur ! cria la femme. J’ai jamais vu un fouineur de cet acabit. Il venait quand Nicolas était à l’école pour que le gamin ne soit au courant de rien. Il posait plein de questions sur la façon dont on l’élevait, sur ce qu’il mangeait à la cantine, il demandait s’il faisait bien ses devoirs le soir à la maison, s’il pratiquait un sport en dehors de l’école. Un jour, je me suis énervée, je lui ai dit que c’était notre fils et qu’on l’élevait comme on voulait. Il n’a rien répondu mais j’ai bien vu dans ses yeux qu’il avait envie de me gifler.