Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Un ami trop occupé pour accepter la moindre invitation, par le tournage de Faites sauter la banque où Jean Girault se repose sur ses idées. Toujours acheteur des dernières inventions de De Funès, Girault le laisse faire et demande à ses partenaires d’être particulièrement attentifs et de ne pas s’inquiéter si Louis demande à refaire une prise, comme en témoigne Michel Tureau. « De Funès demandait toujours plus à tout le monde. Il demandait aussi une grande attention. On n’avait pas le temps de se disperser avec lui. Pendant les répétitions, il demandait beaucoup de choses et surtout d’être disponible, d’avoir un regard permanent pour réagir au bon moment si jamais il changeait quelque chose. Pour ce qui me concerne, il m’aidait, il me donnait des conseils, sans jamais être directif. Il était toujours d’une grande correction, jamais paternaliste. C’est vrai qu’il était très exigeant, mais il disait les choses avec une grande gentillesse. Il lui arrivait d’improviser, or comme les textes avaient été très travaillés en amont, il n’y avait pas tellement de corrections. Parfois, de Funès brodait autour du texte en laissant aller son humeur, mais nous n’avions aucune peine à le suivre. J’ai surtout en mémoire qu’à la fin d’une prise, il était souvent le seul à ne pas rire. Il était très inquiet que ce ne soit pas comme il le souhaitait. Son rôle était complexe parce qu’il devait être méchant et rester en même temps sympathique. J’étais très jeune, j’avais 25 ans, et je n’ai jamais retrouvé un comédien capable comme de Funès de jouer un personnage odieux sans qu’on ait envie de le détester. Il était exceptionnel dans ce registre et certainement le seul à pouvoir réaliser cette performance[244]. »
Quelques jours après le début de ce tournage et après le succès de Pouic-Pouic, Louis a pour la première fois les honneurs de la télévision qui lui consacre un court sujet diffusé dans le journal du soir. Des millions de téléspectateurs le découvrent casqué et engoncé dans son ciré, dans le décor de Faites sauter la banque. Louis a le visage grave et fatigué comme s’il était gêné de répondre aux questions du journaliste qui aimerait, sans doute, le voir esquisser un sourire. À la question : « Avez-vous envie de nous faire rire ? », il répond sèchement : « Oh non ! » Le reporter note le contraste entre son attitude sur scène ou à l’écran et son sérieux dans la vie, obtenant pour brève explication ces quelques mots : « Je suis toujours sérieux. Sur scène, je suis peut-être plus exubérant, mais c’est toujours du comique à base de drame. » Une attitude qui tranche avec l’image d’amuseur grimaçant qu’on voudrait lui coller à la peau. Non, Louis est un homme réfléchi mais aussi inquiet en ce mois de novembre 1963. Il vient de connaître son premier succès populaire et, déjà, il semble s’interroger : « Pourvu que ce ne soit pas le dernier. »
10.
Au nom de la loi
Libéré de son uniforme de gardien de la paix, Georges Wilson discute longuement avec Louis de Funès qu’on démaquille dans sa loge. Le directeur du Théâtre de Chaillot tient à lui faire part d’une idée qui lui trotte dans la tête depuis quelque temps. Formé à l’école de Jean Vilar, Georges Wilson souhaite d’une part faire découvrir des auteurs peu connus comme l’Espagnol Ramón María del Valle-Inclán qu’il vient de mettre à l’affiche avec Lumières de bohème et, d’autre part, dépoussiérer les classiques. Il profite de l’occasion de ces quelques jours de tournage dans Faites sauter la banque pour demander à de Funès s’il serait prêt à jouer L’Avare sous sa direction. Wilson prépare sa prochaine saison, ayant déjà retenu Les Enfants du soleil de Maxime Gorki et Maître Puntila et son valet Matti de Bertolt Brecht, et il verrait d’un bon œil que la pièce de Molière soit donnée entre ces deux-là. N’ignorant pas que de Funès rêve depuis des années d’endosser le costume d’Harpagon, il se montre plutôt convaincant, si bien que Louis donne un accord de principe à condition que ce projet ne voie pas le jour avant l’automne 1964. Louis ignore encore combien de temps il devra continuer à défendre La Grosse Valse et il se sait pris par trois nouveaux films en février, juillet et août, sans compter son légitime désir de souffler un peu. Toujours est-il qu’il en accepte l’augure, autorisant même Georges Wilson à s’en faire l’écho dans la presse sans pour autant signer le moindre engagement. Trois nouveaux films sont, en effet, à son programme. Le premier est signé Jacques Poitrenaud, le deuxième André Hunebelle et le troisième Gérard Oury. L’année 1964 se présente donc sous les meilleurs auspices — et il ignore que Jean Girault bataille en coulisses pour l’imposer dans un film basé sur un synopsis de Richard Balducci, l’attaché de presse de Pouic-Pouic et de Faites sauter la banque dont le tournage touche à sa fin. Si Louis de Funès n’est pas encore tenu au courant de ce projet bien avancé en termes de scénario grâce à la plume de Jacques Vilfrid, c’est qu’aucun producteur ne croit une seconde qu’une histoire de gendarmes peu futés à Saint-Tropez puisse rapporter le moindre centime. Plus grave, Girault souhaite tourner cette pochade en couleur ! Pire encore, il veut que de Funès en soit la vedette. Sur ce point comme sur le premier, aucun producteur ne veut s’engager. Donc, dans l’espoir d’arriver un jour à ses fins, Jean Girault préfère garder le silence.
Avant que l’équipe de Faites sauter la banque plie bagage, Louis a le privilège d’entendre les premières notes de la musique composée à la hâte par Raymond Lefèvre[245], dont c’est la seconde expérience en ce domaine. L’année précédente, ce flûtiste et pianiste de formation a signé les mélodies des Vierges de Jean-Pierre Mocky en collaboration avec son ami Paul Mauriat. Si la rapidité est de mise, c’est que le distributeur Raymond Danon veut profiter du triomphe de Pouic-Pouic pour programmer ce film aussi vite que possible. Lefèvre travaille sur les rushes sans se soucier du montage définitif et sans avoir le temps d’aller faire un tour dans les studios où Jean Girault peut enfin parler à la mi-décembre de son histoire de maréchaussée à de Funès. Il est arrivé, non sans peine, à convaincre le producteur Gérard Beytout de financer son projet à hauteur de 1 million de francs. Il ne lui cache pas que deux autres comédiens ont été contactés pour tenir le rôle principal. Francis Blanche s’est montré intéressé mais, pris par d’autres engagements[246], il a décliné l’offre ; quant à Darry Cowl, pourtant peu regardant sur la qualité de ce qu’il tourne, il a refusé au motif qu’il ne voulait pas associer son nom à « cette connerie ». En désespoir de cause, Girault avance le nom de De Funès, arguant qu’il n’est pas encore très cher et qu’il acceptera un cachet raisonnable. Un argument qui semble avoir fait mouche, d’autant que Beytout demande à Girault d’engager dans ce film des acteurs de second plan, voire peu connus, et de travailler le plus possible en décors naturels. Avant de donner son accord et de rencontrer Beytout, Louis demande à étudier le scénario. Ce qu’il fait les jours suivants en compagnie de Jeanne, qui a son mot à dire et veille de près à ce que son mari ne s’implique pas dans des films où il n’aurait pas la vedette et surtout qui pourraient le desservir. Les succès de La Grosse Valse et de Pouic-Pouic la confortent chaque jour davantage dans l’idée que Louis mérite mieux que des « grands » seconds rôles. Jeanne, tout comme son mari, sait que le moindre faux pas peut le renvoyer aux enfers de l’anonymat, du cacheton, de la panouille. Ils savent trop combien il est difficile d’atteindre le haut de l’affiche, et combien il est encore plus difficile de s’y maintenir, pour ne pas se montrer vigilants. Aussi les aventures du gendarme sont-elles étudiées à la loupe.
244
Témoignage de Michel Tureau à l’auteur.
245
Non crédité au générique, Raymond Lefèvre est bien le compositeur de la musique de Faites sauter la banque. Si c’est la signature de Paul Mauriat qui apparaît, la raison tient au fait que les deux compositeurs travaillaient régulièrement ensemble pour le compte des Éditions Robert Salvet. En accord avec Paul Mauriat, occupé à une autre tâche, Raymond Lefèvre se mit au clavier sans demander à être crédité, et partageant les droits à cinquante pour cent avec son complice. Information confirmée par Raymond Lefèvre à l’auteur.
246
En 1964, Francis Blanche tournera dans une douzaine de longs métrages !