Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Il vit dans l’embarcation amarrée à la traîne un petit homme maigre et nu comme un ver, qui était en train de dénouer un paquet où étaient ses habits.
Tout son corps ruisselait, mais les cheveux jaunes et crépus qui se hérissaient sur son crâne étaient parfaitement secs.
– Un vilain oiseau tout de même, pensa le matelot.
– Qu’est-ce que tu veux au capitaine, moucheron? ajouta-t-il tout haut.
Le petit homme maigre passait lestement son pantalon.
– Moucheron, répondit-il, n’est pas un terme qu’on s’entre-colle dans la conversation des gens comme il faut. Ce que j’ai à dire au capitaine, c’est des secrets d’importance de l’autorité.
Le matelot se mit à rire. Le petit homme chaussa ses souliers éculés à l’aide de son doigt en guise de corne, puis il revêtit sa blouse.
Sa toilette était achevée.
Les chaussettes, la chemise et le chapeau avaient peut-être existé autrefois.
– Là! fit-il. Me voilà en grande tenue et prêt à parler au capitaine.
– Qui est-ce qui bavarde dans l’embarcation? demanda justement celui-ci.
Le matelot toucha une mèche de ses cheveux et répondit:
– C’est un petit ouistiti de pâlot d’enfant de troupe ou pas grand-chose qui veut vous causer de la part des commissaires, à ce qu’il dit.
M. Legoff se pencha sur la balustrade à son tour. L’apparence du petit bonhomme ne lui inspira aucune confiance.
– Comment es-tu venu dans mon embarcation, failli merle? demanda-t-il brusquement.
– Par mer, mon commandant, répliqua l’autre, avec mes effets sur ma tête, n’ayant pas les moyens de payer un bateau à volonté.
– Et que fais-tu là?
– J’attends qu’on me dise: Montez un peu voir, qu’on cause!
– Est-ce que tu saurais monter?
– J’ai idée que oui, mon capitaine.
– Essaye voir!
Ces mots furent prononcés d’un ton de défi moqueur.
L’arrière du trois-mâts était carré et dépourvu de toute saillie qui pût faciliter l’ascension. Le petit homme se prit au gouvernail et grimpa le long de sa tige. Dès qu’il put mettre la main sur la base du couronnement, ses bras se raccourcirent, ses reins donnèrent, et par un temps de gymnastique qu’un clown du cirque n’aurait point désavoué, il se trouva assis en équilibre sur la balustrade.
M. Legoff ôta sa pipe de sa bouche.
– Je n’ai vu faire ça qu’au Parisien de M. Surcouf, dit-il avec admiration.
– Commandant, repartit le petit homme avec fierté, j’ai pareillement l’honneur d’en être indigène de cette même capitale de l’Europe et de l’univers!
– Comment t’appelles-tu?
– Clampin, dit Pistolet.
– Et tu viens de Paris?
– En malle-poste.
M. Legoff fronça ses gros sourcils.
– C’est-à-dire, répliqua le gamin sans rien perdre de son aisance, derrière la malle-poste, que j’ai eu beaucoup de peine à m’y maintenir pendant cinquante-trois lieues et un kilomètre, malgré l’entêtement du conducteur et de son fouet.
– Que faisais-tu à Paris?
– Je chassais.
– À Paris, tu chassais?
– Des matous pour les restaurants qu’ont la renommée des gibelottes, oui, commandant, c’est un état numéroté.
Ici, M. Legoff montra tout le chapelet de ses bonnes dents jaunies par la pipe, en un vaste éclat de rire.
– Et que veux-tu faire? demanda-t-il.
– Me ranger et faire la fin de ma jeunesse, perdue dans les plaisirs de l’amour.
Encore une fois le front de M. Legoff se rembrunit.
– À bord, on ne plaisante pas, méchant singe, dit-il.
– Commandant, répondit Pistolet, je lève la main comme quoi je ne plaisanterai plus jamais.
– Accoste à bâbord! cria une voix dans la lune de misaine.
– Capitaine, dit un maître le chapeau à la main, c’est un bourgeois d’âge et bien mis qui vous demande.
– Mets-moi ce capelan-là à fauberder ici ou là, ordonna Legoff en montrant Pistolet. C’est mon mousse.
Pendant que le capitaine s’éloignait, le maître regarda Pistolet à son tour.
– Pour avoir une touche de vermine, déclara-t-il, ça y est.
Le gamin se mit debout et le salua respectueusement.
– C’est la première fois, dit-il, que je viens dans un port de mer. Quand on revient au rivage, a-t-on la faculté de communiquer une tripotée aux supérieurs qui ont manqué à la politesse envers moi?
– Quand on n’a pas eu les reins cassés en chemin, mon bonhomme, repartit le maître. Tu es peut-être un bon petit tout de même, malgré ta physionomie. Va droit, travaille proprement, et on te parlera comme à un chrétien qu’est pas cause de son physique désavantageux.
M. Legoff venait de rejoindre au pied du grand mât un visiteur d’aspect distingué et vraiment respectable qui l’aborda en lui disant:
– Permettez que nous causions dans votre cabine.
Legoff lui en montra aussitôt le chemin.
Pistolet passait, le long de l’autre bord, suivant le maître qui allait l’installer dans ses fonctions.
Les yeux gris de Pistolet ne perdaient jamais rien. Il aperçut l’étranger et ses maigres joues s’enflèrent, tandis qu’il murmurait:
– Ah! bah! Je ne me trompe pas! Qui donc ont-ils tué, alors, chez Gautron à la craie jaune?
L’étranger et le capitaine avaient déjà disparu.
Ils restèrent ensemble environ dix minutes.
M. Legoff ressortit seul. Sur le pas de la cabine, il dit à demi-voix:
– Ces affaires-là sont dangereuses, je me mets en contravention, mais vous m’allez, quoi! Ne vous montrez pas avant d’avoir doublé la Hève.
«Encore! s’écria-t-il en répondant à un matelot qui lui annonçait la visite d’un étranger. C’est donc une procession, aujourd’hui, à la fin!
– C’est le frère de M. Labre, dit le matelot.
Pour le coup, la bonne figure de Legoff se dérida en grand.
– Cara! s’écria-t-il, le frère de M. Jean Labre! La perle des messagers! Ce doit être un joyeux camarade ou que le diable m’emporte!
Paul venait à lui lentement; il était si pâle et si défait qu’on eût dit un malade sortant de son lit.
– Beau gars! grommela Legoff en le regardant s’approcher, mais pour joyeux, fichtre non!
Il tendit la main à Paul qui resta un instant muet devant lui. Sans savoir pourquoi encore, Legoff partagea bientôt cette émotion, et ce fut d’un ton tout troublé qu’il demanda:
– Eh bien! monsieur Labre! le frère a dû être bien heureux de vous embrasser. Avons-nous assez parlé et reparlé de vous, depuis le Rio de la Plata! J’espère que monsieur Jean a fait un bon voyage de Paris?
Pour répondre, Paul fit un grand effort. Il ne put prononcer que ces mots:
– Il est donc bien vraiment parti pour Paris!
Si Legoff ne l’avait point soutenu, il serait tombé à la renverse. Il ajouta, pendant qu’on l’asseyait sur un banc: