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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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LXXIV

Car je les ai vus p�trir leur glaise. Leur femme vient, les touche � l'�paule, c'est l'heure du repas. Mais ils la renvoient aux �cuelles, attach�s qu'ils sont � leur �uvre. Puis vient la nuit et, dans la p�leur des lampes � huile, tu les retrouves qui cherchent dans la p�te une forme qu'ils ne sauraient dire. Et peu s'�loignent s'ils sont fervents car elle tient � eux comme un fruit � l'arbre. Ils sont tronc de s�ve pour la nourrir. Ils ne l�cheront point leur �uvre qu'elle ne se d�tache d'elle-m�me comme un fruit qui est devenu. O� as-tu vu, � l'instant qu'ils s'�puisent, que compte pour eux l'argent gagn� ou les honneurs ou le destin final de leur objet? Ils ne travaillent jamais dans l'instant du travail, ni pour les marchands ni pour eux-m�mes, mais pour l'urne de terre et la courbure de son anse. C'est pour une figure qu'ils veillent, laquelle lentement satisfait leur c�ur, de m�me que vient � la femme l'amour maternel dans la mesure o� l'enfant p�tri lui remue au ventre.

Mais si je vous rassemble pour tous ensemble vous soumettre � la grande urne que je b�tis au c�ur des cit�s pour qu'elles soient, au grenier de silence du temple, alors il est bon que dans son ascension il tire de vous quelque chose et que vous le puissiez aimer. Il est bon que je vous contraigne de b�tir, d'un voilier qui ira sur la mer, la coque, les ponts et la m�ture, puis que dans un beau jour, comme un jour de mariage, je vous le fasse habiller de voiles et offrir � la mer.

Alors le bruit de vos marteaux sera cantique, votre sueur et vos ahans! seront ferveur. Et votre lanc�e du navire sera geste miraculeux car vous aurez fleuri les eaux.

LXXV

C'est pourquoi l'unit� de l'amour je la d�veloppe en colonnes diverses et en coupoles et en sculptures path�tiques. Car l'unit�, si je l'exprime, � l'infini je la diversifie. Et tu n'as point le droit de te scandaliser.

Seul compte l'absolu qui provient de la foi, de la ferveur ou du d�sir. Car une est la marche en avant du navire, mais il se trouve qu'il collabore, celui-l� qui aff�te un ciseau, lave � eau de mousse les planches du pont, grimpe dans le m�t ou huile l'�clisse.

Or, ce d�sordre vous tourmente car il vous semble que si les hommes se soumettaient aux m�mes gestes et tiraient dans le m�me sens ils y gagneraient en puissance. Mais je r�ponds: la clef de vo�te, s'il est question de l'homme, ne r�side point dans les traces visibles. Il faut s'�lever pour la d�couvrir. Et de m�me qu'� mon sculpteur tu ne reproches point d'avoir, pour atteindre et saisir l'essence, simplifi� jusqu'� l'extr�me, mais us� de signes divers tels que des l�vres, des yeux, des rides et de la chevelure, car il lui fallait structure d'un filet pour saisir sa proie � filet gr�ce � quoi, si tu ne demeures pas myope et le nez contre, rentrera en toi telle m�lancolie qui est une et te fera autrement devenir � de m�me ne me reproche point de ne point m'inqui�ter de tel d�sordre dans mon empire. Car cette communaut� des hommes, ce n�ud du tronc qui pousse des branches diverses, cette unit� que je d�sire d'abord atteindre et qui est sens de mon empire, il faut, quand tu te perds dans l'observation des �quipes qui tirent autrement leurs cordages, t'�loi-gner un peu pour la d�couvrir. Et tu ne verras plus que navire en marche sur la mer.

Et par contre, si je communique � mes hommes l'amour de la marche sur la mer, et que chacun d'eux soit ainsi en pente � cause d'un poids dans le c�ur, alors tu les verras bient�t se diversifier selon leurs mille qualit�s particuli�res. Celui-l� tissera des toiles, l'autre dans la for�t par l'�clair de sa hache couchera l'arbre. L'autre, encore, forgera des clous, et il en sera quelque part qui observeront les �toiles afin d'apprendre � gouverner. Et tous cependant ne seront qu'un. Cr�er le navire ce n'est point tisser les toiles, forger les clous, lire les astres, mais bien donner le go�t de la mer qui est un, et � la lumi�re duquel il n'est plus rien qui soit contradictoire mais communaut� dans l'amour.

C'est pourquoi toujours je collabore, ouvrant les bras � mes ennemis pour qu'ils m'augmentent, sachant qu'il est une altitude d'o� le combat me ressemblerait � l'amour.

Cr�er le navire, ce n'est point le pr�voir en d�tail. Car si je b�tis les plans du navire, � moi tout seul, dans sa diversit�, je ne saisirai rien qui vaille la peine. Tout se modifiera en venant au jour et d'autres que moi peuvent s'employer � ces inventions. Je n'ai point � conna�tre chaque clou du navire. Mais je dois apporter aux hommes la pente vers la mer.

Et plus je grandis � la fa�on de l'arbre, plus je me noue en profondeur. Et ma cath�drale, qui est une, est issue de ce que celui-l� qui est plein de scrupules sculpte un visage de remords, de ce que cet autre qui sait se r�jouir se r�jouit et sculpte un sourire. De ce que celui-l� qui est r�sistant me r�siste, de ce que celui-l� qui est fid�le demeure fid�le. Et n'allez point me reprocher d'avoir accept� le d�sordre et l'indiscipline, car la seule discipline que je reconnaisse est celle du c�ur qui domine, et quand vous entrerez dans mon temple vous serez saisi par son unit� et la majest� de son silence, et quand vous y verrez c�te � c�te se prosterner le fid�le et le r�fractaire, le sculpteur et le polisseur de colonnes, le savant et le simple, le joyeux et le triste, n'allez point me dire qu'ils sont exemples d'incoh�rence car ils sont un par la racine, et le temple, � travers eux, est devenu, ayant trouv� � travers eux toutes les voies qui lui furent n�cessaires.

Mais celui-l� se trompe qui cr�e un ordre de surface, ne sachant dominer d'assez haut pour d�couvrir le temple, le navire ou l'amour et, en place d'un ordre v�ritable, fonde une discipline de gendarmes o� chacun tire dans le m�me sens et allonge le m�me pas. Car si chacun de tes sujets ressemble � l'autre tu n'as point atteint l'unit�, car mille colonnes identiques ne cr�ent qu'un stupide effet de miroirs et non un temple. Et la perfection de ta d�marche serait, de ces mille sujets, de les massacrer tous sauf un seul.

L'ordre v�ritable c'est le temple. Mouvement du c�ur de l'architecte qui noue comme une racine la diversit� des mat�riaux et qui exige pour �tre un, durable et puissant, cette diversit� m�me.

Il ne s'agit point de t'offusquer de ce que l'un diff�re de l'autre, de ce que les aspirations de l'un s'opposent aux aspirations de l'autre, de ce que le langage de l'un ne soit point le langage de l'autre, il s'agit de t'en r�jouir, car si te voil� cr�ateur tu b�tiras un temple de port�e plus haute qui sera leur commune mesure.

Mais je dis aveugle celui-l� qui s'imagine cr�er s'il d�monte la cath�drale et aligne dans l'ordre par rang de taille les pierres l'une apr�s l'autre.

LXXVI

Ne t'inqui�te donc point des cris que soul�vera ta parole car une v�rit� nouvelle est une structure nouvelle offerte d'embl�e (et non une proposition �vidente dont l'on puisse progresser de cons�quence en cons�quence) et chaque fois que tu signifieras un �l�ment de ton visage on t'objectera que dans l'autre visage cet �l�ment jouait un r�le diff�rent et d'abord l'on ne comprendra point que tu paraisses et te contredire et contredire.

Mais tu diras: �Voulez-vous accepter de mourir � vous-m�mes, d'oublier et d'assister sans r�sister � ma cr�ation nouvelle? Ainsi seulement pourrez-vous muer, vous �tant ferm�s en chrysalides. Et vous me direz, exp�rience faite, si vous n'�tes point plus clairs, plus paisibles et plus vastes.�

Car il n'est point de proche en proche, plus que de la statue que je taille, de v�rit� qui se d�montre. Mais elle est une, et ne se voit qu'une fois faite. Et m�me ne se remarque point car on s'y trouve. Et la v�rit� de ma v�rit� c'est l'homme qui en sort.

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