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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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— C’est ça », fit Alvin. Pas la peine d’expliquer pour l’école, alors. Si Arthur ne savait toujours pas ce que certains Blancs pensaient des Noirs, il le découvrirait bien assez tôt sans qu’on le lui explique dès maintenant.

« On est tous faits de la même viande », dit Arthur Stuart. Il parlait avec une voix bizarre qu’Alvin ne lui avait encore jamais entendue.

« C’était la voix de qui, celle-là ?

— De Dieu, tiens, dit Arthur Stuart.

— Bonne imitation », fit Alvin. Il voulait être drôle.

« Pour sûr », dit Arthur Stuart. Lui ne l’était pas.

* * *

Il se trouva que personne ne vint à la resserre durant deux ou trois jours, sinon plus. Ce fut le lundi suivant qu’Horace entra dans la forge d’un pas tranquille. Il passa tôt le matin, à une heure où Conciliant avait le plus de chances de se trouver là, où il « enseignait » avec ostentation à Alvin un travail que celui-ci connaissait déjà.

« Moi, mon chef-d’œuvre, c’était une ancre de bateau, disait Conciliant, ’videmment, c’était quand je m’trouvais à Newport, avant que je m’décide à venir dans l’Ouest. Leurs bateaux, des baleiniers, c’étaient pas des petites bicoques ou des chariots. Leur fallait d’la vraie ferronnerie. Un gars comme toi, tu t’en sors par icitte où les genses, ils y connaissent rien, mais t’aurais aucune chance là-bas, où qu’un forgeron, faut qu’y soye un homme. »

Alvin avait l’habitude de ce genre de discours. Il laissait glisser. Mais il fut tout de même reconnaissant à Horace de sa visite, qui mettait fin aux fanfaronnades de Conciliant.

Après tous les « bonjour » et « comment ça va ? » d’usage, Horace entra dans le vif du sujet. « J’suis jusse passé voir quand c’est qu’vous comptez vous occuper d’la r’serre. »

Conciliant leva un sourcil et regarda son apprenti. Alors seulement, Alvin se rappela qu’il n’avait jamais parlé de ce travail au forgeron.

« C’est déjà fait, m’sieur », lui dit-il comme si la question muette de Conciliant avait été : « As-tu fini l’ouvrage ? » et non : « C’est quoi, cette histoire de resserre ? »

« Déjà fait ? » s’étonna Horace.

Alvin se tourna vers lui. « J’croyais qu’vous aviez remarqué. J’croyais qu’vous étiez pressé, alors je m’y suis mis tout d’suite durant mon temps libre.

— Eh ben, allons voir ça, dit Horace. J’ai même pas pensé à regarder en v’nant.

— Oui, j’meurs d’envie d’voir ça, moi aussi, fit le forgeron.

— Moi, j’vais rester travailler icitte, dit Alvin.

— Non, fit Conciliant. Tu t’en viens avec nous autres, tu vas nous montrer l’ouvrage que t’as fait durant ton temps libre. » Alvin remarqua à peine l’insistance de Conciliant sur les deux derniers mots, tant il était nerveux à l’idée de montrer son travail dans la resserre. C’est tout juste s’il pensa à mettre les clés qu’il avait façonnées dans sa poche.

Ils gravirent la colline jusqu’à la maisonnette. Horace était le genre d’homme qui savait reconnaître le travail bien fait et qui n’hésitait pas à le dire. Il passa le doigt sur les superbes gonds neufs et admira la serrure avant d’y introduire la clé. À la grande fierté d’Alvin, elle tourna facilement et en douceur.

La porte s’ouvrit en faisant aussi peu de bruit qu’une feuille d’automne. Si Horace repéra les charmes, il n’en dit rien. En revanche, il remarqua bien d’autres choses.

« Hé, t’as nettoyé les murailles, dit-il.

— C’est Arthur Stuart qu’a nettoyé, rectifia Alvin. L’a gratté bien propre tout comme il faut.

— Et ce fourneau… J’te préviens, Conciliant, j’avais pas dans l’idée d’faire les frais d’un fourneau pour c’te resserre.

— C’est pas un neuf, dit Alvin. J’veux dire, je m’excuse, mais c’était un fourneau abîmé qu’on gardait pour la ferraille, seulement quand je l’ai regardé tout partout, j’ai vu qu’on pouvait l’réparer, alors pourquoi pas l’installer icitte ? »

Conciliant posa sur Alvin un regard froid puis se retourna vers Horace. « Ça veut pas dire que c’est gratuit, ’videmment.

— ’videmment qu’non, dit Horace. Tout d’même, si tu l’as acheté pour d’la ferraille…

— Oh, l’prix sera pas très cher. »

Horace admira le raccord du fourneau au toit. « De l’excellente ouvrage », dit-il. Il fit demi-tour. Il parut un peu triste à Alvin, ou peut-être simplement résigné. « Faudra finir l’plancher, bien sûr.

— C’est pas de l’ouvrage pour nous autres, ça, dit Conciliant Smith.

— J’me parlais tout seul, vous occupez pas d’moi. » Horace s’approcha de la fenêtre qui donnait à l’est, y appuya les doigts, puis la souleva. Il trouva les goujons sur l’appui et les enfonça dans le troisième trou de chaque côté, puis laissa retomber la fenêtre jusqu’à ce qu’elle vienne reposer dessus. Il regarda les chevilles, puis le paysage au dehors, puis à nouveau les chevilles, un long moment. Alvin redoutait d’avoir à expliquer comment, sans avoir appris la menuiserie, il avait réussi à monter une fenêtre aussi parfaite. Pire encore : et si Horace s’apercevait qu’il s’agissait de l’ancienne fenêtre et non d’une nouvelle ? Ça ne s’expliquerait que par un talent chez Alvin ; aucun menuisier n’arriverait à pénétrer dans le bois pour y tailler une fenêtre coulissante comme ça.

Mais tout ce que dit Horace, ce fut : « T’as fait de l’ouvrage en plusse.

— Je m’suis dit que ç’en avait besoin », répondit Alvin. Si Horace ne lui demandait pas comment il s’y était pris, Alvin n’était que trop heureux de ne pas donner d’explications.

« Je m’attendais pas à c’que ce soye aussi vite fini, dit Horace. Ni qu’y ait tout ça d’fait. La serrure m’a l’air de valoir cher, et l’fourneau… j’espère que j’suis pas forcé de tout payer d’un coup. »

Alvin faillit dire : « Vous avez rien à payer pour ça », mais bien sûr ce n’était pas une chose à faire. C’était à Conciliant de prendre ce genre de décision.

Mais lorsque Horace se retourna en quête d’une réponse, il ne regarda pas Conciliant Smith, il s’adressa carrément à Alvin.

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