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La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]

Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:

Severian le bourreau, exclu de sa guilde pour avoir montré de la pitié à une prisonnière trop aimée, a pris le chemin de Thrax, la cité de l'exil. Armé de Terminus Est, son épée, et d'un bijou mystérieux dont il constate sans les comprendre les pouvoirs thaumaturgiques, Severian entre au service de Vodalus, le hors-la-loi, le nécrophage, dont les rites énigmatiques jettent un pont, peut-être illusoire, entre la vie et la mort.
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Tout ce que je trouvai à répondre fut : « Oui. Mais je dois tout d’abord vous demander la restitution de mon épée. »

J’avais un instant espéré qu’il avait vu Terminus Est, et me la rendrait, mais son regard resta neutre.

« On m’a escorté jusqu’ici il y a quelque temps. On m’a demandé à ce moment-là de bien vouloir remettre mon épée, en me précisant qu’elle me serait rendue avant que le père Inire ne me mande pour en faire usage. »

Le petit homme secoua négativement la tête. « Je vous assure que du fait de ma situation, je n’aurais pas manqué d’être informé si un domestique quelconque…

— Ce sont les prétoriens qui se sont occupés de moi.

— Ah ! j’aurais dû m’en douter. Ils sont en train de courir partout, sans répondre à la moindre question. Un prisonnier s’est évadé, Votre Honneur, comme vous l’avez certainement entendu dire.

— Non.

— Un certain Beuzec. Ils disent qu’il n’est pas dangereux, mais il a été trouvé en compagnie d’un autre homme, caché dans un arbre. Ce Beuzec a réussi à s’enfuir avant d’être mis sous les verrous ; ils prétendent qu’ils ne tarderont pas à mettre la main sur lui. Moi, je ne sais pas. Vous comprenez, j’ai passé toute ma vie dans le Manoir Absolu, et il s’y trouve bien des recoins inattendus – extrêmement inattendus, même.

— C’est peut-être dans l’un d’eux que se trouve mon épée… Pouvez-vous vérifier ? »

Il esquissa un pas en arrière, comme si j’avais levé la main sur lui. « Oh ! certainement, Votre Honneur, certainement. Je ne cherchais qu’à soutenir la conversation. Elle est probablement par ici ; si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre…»

Nous nous dirigeâmes vers le second escalier, et je m’aperçus que, lors de mon inspection hâtive, je n’avais pas remarqué une porte étroite, placée tout en bas de la cage d’escalier. Peinte en blanc cassé, elle avait presque la même nuance que la pierre.

L’administrateur exhiba un lourd anneau chargé de clefs et ouvrit cette porte. Derrière elle, la pièce triangulaire était beaucoup plus vaste que je ne l’aurais cru, et s’étendait profondément sous l’escalier ; elle comportait en outre une sorte de loggia, vers le fond, à laquelle on accédait par une échelle branlante. Elle était éclairée par une lampe du même genre que celle du corridor, mais moins puissante.

« La voyez-vous ? me demanda le petit homme. Attendez, il doit rester un bout de chandelle quelque part. Il faut dire que cette lampe ne sert pas à grand-chose, avec toute l’ombre projetée par ces étagères. »

J’étais précisément en train d’examiner les étagères en question. On pouvait y voir des piles de vêtements, avec çà et là une paire de chaussures, un service de table de poche, un plumier ou un sachet d’herbes parfumées.

« Quand je n’étais moi-même qu’un tout jeune homme, les marmitons avaient pris l’habitude de crocheter la serrure et de venir farfouiller au milieu de toutes ces affaires. J’y ai mis le holà avec une bonne serrure, mais j’ai bien peur que les plus belles choses ne se soient envolées depuis longtemps.

— Mais à quoi sert cet endroit, exactement ?

— C’était à l’origine une garde-robe pour les porteurs de requêtes ; on y déposait bottes, manteaux et chapeaux, bref ce genre d’objet. Mais ceux dont les requêtes étaient agréées repartaient souvent en oubliant leurs affaires… Elles se sont accumulées. Et puis, cette aile est aussi celle du père Inire, et certains qui sont venus le voir ne sont jamais repartis, j’en ai bien l’impression, tout comme il y en a qui sont sortis sans être jamais entrés. » Il s’arrêta un instant et jeta un coup d’œil autour de lui. « J’ai préféré prêter un double de mes clefs aux soldats, plutôt que de continuer à les voir ouvrir les portes à grands coups de pied, à la recherche de ce Beuzec ; c’est pourquoi j’ai pensé qu’ils avaient peut-être déposé votre épée ici. Sinon, elle doit se trouver dans la salle des gardes. Ce ne serait pas par hasard celle-ci ? » ajouta-t-il, en tirant d’un coin un vieux braquemart.

« Pas vraiment.

— On dirait pourtant que c’est la seule épée ici, j’en ai bien peur. Je peux vous expliquer comment vous rendre jusqu’à la salle des gardes ; ou bien je peux réveiller l’un des pages et l’envoyer pour demander si elle s’y trouve, si vous préférez. »

L’échelle qui menait à la loggia n’inspirait guère confiance, mais j’y montai quand même après avoir emprunté sa chandelle à l’administrateur. Il paraissait bien improbable que le prétorien ait déposé Terminus Est dans un endroit pareil, mais j’avais besoin de quelques instants de tranquillité pour envisager mon avenir immédiat.

Tout en montant, j’entendis un léger bruit venant d’en haut, que j’attribuai à quelque rongeur qui décampait à mon approche ; mais lorsque ma tête dépassa le niveau du plancher, j’éclairai le recoin et c’est le petit homme qui accompagnait Héthor sur la route que je vis, celui-là même qui s’était incliné avec une expression d’intense supplication. Beuzec, autrement dit ; son nom m’était sorti de la tête jusqu’à ce que je le voie.

« Rien non plus là-haut, Votre Honneur ?

— Des chiffons et des rats.

— C’est bien ce que je craignais », dit mon guide, tandis que je redescendais précautionneusement l’échelle. « Je devrais aller inspecter cette loggia moi-même, reprit-il, mais à mon âge, on redoute toujours de grimper sur quelque chose d’aussi peu solide. Préférez-vous aller en personne jusqu’à la salle des gardes, ou bien dois-je réveiller l’un des jeunes garçons ?

— J’irai moi-même. »

Il acquiesça d’un air entendu. « Cela vaut mieux, je crois. Ils ne la confieraient sans doute pas à un page, et risqueraient même de nier l’avoir en leur possession. En ce moment, vous vous trouvez dans l’hypogée apotropaïque, comme vous le savez, je suppose. Si vous voulez éviter d’être continuellement arrêté par les patrouilles, il vaut mieux circuler à l’intérieur. Dans ce cas, le meilleur itinéraire consiste à monter les prochaines volées de marches de l’escalier sous lequel nous nous trouvons en ce moment, puis il faudra prendre à gauche. Ensuite, suivez la galerie sur une distance d’environ un millier de pas, et vous arriverez à l’hypéthrale. Mais faites attention, il fait nuit et vous pourriez la manquer ; observez bien les plantes. Tournez à droite à cet endroit, et parcourez encore à peu près deux cents pas. Il y a toujours une sentinelle devant la porte. »

Je le remerciai et m’arrangeai pour le devancer, profitant de ce qu’il était en train de chercher sa clef et de verrouiller la porte. Je me glissai dans le premier corridor que je trouvai, et attendis qu’il soit passé. Quand il eut pris suffisamment de champ, je redescendis jusqu’au corridor de l’Antichambre.

Il me parut très improbable que je puisse jamais récupérer Terminus Est autrement que par la ruse ou la force, si elle avait été déposée dans une salle de gardes, et je tenais à vérifier qu’elle n’avait pas été laissée dans un endroit plus accessible avant d’envisager une solution extrême. Par ailleurs, Beuzec l’avait peut-être vue tandis qu’il se faufilait dans les coins pour se cacher, et je voulais l’interroger.

Mais il y avait autre chose : je me sentais très inquiet à cause des prisonniers de l’Antichambre. Depuis le temps (c’est du moins ce que je me disais) ils avaient certainement dû trouver l’issue que nous avions laissée ouverte à leur intention, Jonas et moi, et commencé à se répandre un peu partout dans cette aile du Manoir Absolu. L’un d’entre eux n’allait pas tarder à être repris, et on se mettrait aussitôt à la recherche des autres.

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