À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Mauvais départ, pour les migrations humaines. Ce qui frappe, dans ces mots, c’est qu’ils expriment les mêmes réalités, qui diffèrent selon les époques, et cela de deux points de vue opposés. Celui des migrants qui sont contraints de quitter leur pays s’exprime par émigration (avec un é-qui provient du ex-latin). On dit immigration, « migration dans » (du latin in) du point de vue des pays dits « d’accueil », sans préciser la qualité de cet accueil.
D’autre part, les situations historiques s’opposent : aucun rapport entre les aristocrates émigrés qui quittaient la France pendant la période révolutionnaire et, au XXe siècle, les travailleurs des pays du tiers-monde ou d’Europe orientale contraints de chercher des emplois dans les pays dits « riches » et où tout le monde ne l’est pas…
Quant aux deux points de vue, l’Europe veut traquer l’immigration clandestine et choisir ses immigrés en fonction de ses besoins ; les pays d’émigration, ne pouvant fournir travail et salaire, ne parlent guère d’émigration clandestine. Pour masquer ce contraste dramatique, il est commode d’enlever les préfixes et de parler de flux migratoires. On remarquera que le mot neutre, migration, s’applique bien aux animaux migrateurs, objets de la sollicitude explosive des chasseurs : on ne parle pas d’oiseaux immigrés, ni émigrés, et, même au Front national, on ne milite pas pour la préférence nationale des volatiles.
Les mots sont révélateurs, et donc cruels ; une politique migratoire devrait rendre compatibles les intérêts affrontés de l’immigration et de l’émigration, puisqu’il s’agit des mêmes êtres humains.