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À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité

Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:

Pendant des années, Alain Rey a enchanté les matins de France Inter avec son mot du jour. Aujourd'hui il nous offre une sélection de ses chroniques écrites entre 2000 et 2005, quatre cents mots qui vont de « Racaille et Voyou » à « Victime », de « Torride » à « Mammouth », de « Tempête » à « Abracadabrantesque »…
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
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C’est une des grandes difficultés de l’action, en particulier de la politique. Les grands symboles, les principes, et donc la République ne doivent pas rester abstraits : donc, proximité ; mais ils doivent garder de la hauteur. Trop de proximité limite la vision… et tue la proximité.

4 juillet 2002

Amnistie

On en parle depuis quelques jours, de l’amnistie, et nous sommes nombreux à penser que c’est un sujet médiocre, un peu scandaleux même… Qui a prononcé cette phrase : la France « est fatiguée, exaspérée d’entendre constamment se reproduire ces débats sur l’amnistie » ? Ce n’est pas un râleur ou une râleuse d’aujourd’hui, mais bien Gambetta, en juin 1880, lors d’un discours à l’Assemblée.

L’amnistie portant sur les infractions routières est choquante, dans un pays où le comportement collectif des automobilistes, l’un des pires en Europe, conduit à ce que l’on prétend combattre, le désordre, l’incivisme et l’insécurité. Une amnistie ne doit pas être confondue avec un armistice, qui est un arrêt de l’usage des armes. Amnistie est pris au grec amnestia, qui signifie « oubli », de l’adjectif amnestos, « oublié ». On a d’abord dit amnestie, ce qui est d’ailleurs plus correct, et cette forme est passée du français à l’anglais, pour nous revenir sous la forme Amnesty, l’association qui lutte contre les violations des droits de l’homme et réclame la fin des persécutions et des injustices. Si le pardon, s’agissant de violences exercées par les pouvoirs et les polices, est une pratique déjà discutable, c’est vrai aussi pour les infractions, même mineures, justement sanctionnées. Amnistie est cousin d’amnésie, qui désigne un oubli pathologique. Ces mots vont à l’encontre d’une fonction vitale de l’esprit, la mémoire. En matière de justice, l’amnistie nécessite une loi et se distingue de la grâce, qui vient du chef de l’État. On peut s’étonner que les députés fraîchement élus soient conviés à voter l’oubli, et trouver que cette amnistie républicaine évoque un peu trop, depuis une quarantaine d’années, le fameux don de joyeux avènement des souverains… Elle évoque aussi, sur le plan moral, les scandaleux non-lieux et les étranges jugements d’indulgence de la justice.

Il est désagréable de s’opposer au pardon, à l’oubli des actes délictueux et à l’envol des papillons de contravention, plutôt sympathique en soi. Mais à certains moments, et quand des problèmes tragiques pèsent sur le monde, un long débat sur l’oubli des incivilités que nous commettons avec nos voitures paraît dérisoire.

Enfin, symboliquement, une politique de l’oubli, et d’un oubli réduit et circonscrit, qui souligne l’iniquité du principe, ce n’est pas un superbe début.

8 juillet 2002

Santé

Rien de plus difficile que de définir la santé, sinon qu’elle s’oppose à la maladie, où l’on perçoit le mal. Dans l’être vivant, des principes contraires coexistent : la mort est un aspect de la vie, la maladie fait partie des situations normales et la santé est un état heureux, qu’on cherche à préserver ou à retrouver. C’est même la raison d’être d’une activité indispensable à l’équilibre des sociétés et des individus, j’ai nommé la médecine.

Si le mot santé, venu du latin sanitas, est très ancien, son emploi pour désigner la situation collective des êtres humains, quant à la physiologie, apparaît au milieu du XVIIe siècle, c’est-à-dire à une époque où on commence à lutter effectivement, et non par des mesures symboliques, contre les épidémies. On commence, sous le règne de Louis XIV, à parler de lieux de santé et, au début du XVIIIe siècle, de maisons de santé, qui sont en fait des maisons de soins. Le nom étonnant de la prison de la Santé, à Paris, vient de ce qu’elle remplaça un hôpital de cette époque.

Le mot santé continue à désigner à la fois l’idéal de notre état physique et cet état, qu’il soit bon ou mauvais. Ainsi, on dit : « il a des problèmes de santé », et cela signifie « de maladie ». Santé a fini par désigner toutes les activités qui contribuent à soigner, à remettre sur pied les habitants d’un pays, d’une région. La santé résume non seulement les situations personnelles, mais une immense organisation médicale, chirurgicale, pharmaceutique, hospitalière. Notons pour souligner le peu de cohérence de notre langue — on dira la fantaisie, pour être positif — que l’adjectif de santé ne devrait plus être sanitaire, qui est bien insuffisant, mais médical.

« La santé n’a pas de prix », a déclaré notre ministre de la Santé, précisément. C’est en effet l’opinion de chacun et chacune d’entre nous : « pourvu qu’on ait la santé, etc. ». Au sens collectif et actif de « médecine », la santé, la santé publique est coûteuse : Sécurité sociale, hôpitaux, activités médico-chirurgicales. Il en va de même pour d’autres domaines d’action collective, consacrées au maintien de valeurs : la santé, la sécurité, la paix, et finalement ce fameux bonheur qui, disait Saint-Just en son temps, « est une idée neuve en Europe ».

La santé, elle, n’est pas une idée neuve : on en parle, on en rêve sous ce nom, en français, depuis le XIIe siècle. Il serait triste que, servie par une technique et des savoirs en immense progrès, par des professionnels de plus en plus compétents, elle soit freinée et menacée par les contraintes budgétaires. Une des questions les plus révélatrices de l’état d’un pays est bien : « Alors, comment ça va, la santé ? »

12 juillet 2002

2003

28 janvier :Élections en Israël.

5 février :Catastrophe de la navette Columbia.

30 janvier, 12, 17, 18, 19, 25, 27 février, 2, 3, 5, 11, 17, 18, 19, 21, 25, 27 mars, 1er, 4, 7, 8, 10 avril :La question irakienne ; la « coalition » États-Unis — Grande-Bretagne ; la guerre.

15, 17, 21, 22 avril, 9 mai :L’Irak vaincu, occupé, chaotique.

24 avril, 2 juin :Rapports entre les États-Unis et la France, après la guerre d’Irak.

11 avril :Fin des vols du Concorde.

26 août, 9 septembre :La canicule meurtrière de l’été 2003.

28 août, 29 octobre (et voir 2 mai 2005) :Proposition de suppression d’un jour férié, en France.

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