Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Elemak vit une terreur abjecte au fond des yeux de Mebbekew, et aussi de la douleur ; sa tête avait durement heurté la pierre. Eh bien, tant mieux, se dit Elemak. Pense un peu à la douleur. Penses-y bien avant de remettre mon autorité en question.
« C’est moi qui commande ici », murmura-t-il.
Mebbekew acquiesça.
« Et je dis qu’on va attendre la nuit.
— Mais je plaisantais, geignit Meb. Pourquoi tu es toujours aussi sérieux ? »
Elemak faillit le frapper à nouveau. Sérieux ? Ne comprenait-il donc pas que là-bas, à Basilica, l’homme le plus dangereux de la cité était presque certainement convaincu qu’ils l’avaient trahi en conseillant à Père de s’enfuir ? Pour Mebbekew, Basilica était un lieu de plaisir et de sensations fortes ; eh bien, en ce moment, on trouvait peut-être des sensations fortes dans ses murs, mais du plaisir, sûrement pas !
Elemak ne frappa pas Meb ; c’eût été excessif, et ça aurait provoqué le ressentiment chez les autres, au lieu de leur respect. Elemak savait mener les hommes et contrôler ses sentiments sans les laisser empiéter sur son jugement. Il lâcha donc Mebbekew et lui tourna le dos, pour bien montrer la confiance absolue qu’il avait dans sa position de chef et le mépris que Meb lui inspirait. Celui-ci n’oserait pas l’attaquer, même de dos.
« Voici ce qui va se passer à la nuit ; c’est très simple : j’entrerai dans la cité, je parlerai à Gaballufix, et je rapporterai l’Index.
— Non, fit Issib. Père a dit qu’on devait tous y aller. »
Encore un cas d’insubordination ; mais rien de sérieux, et puis il s’agissait d’Issib, l’infirme : une démonstration de force était hors de question.
« Et nous sommes tous venus, comme tu le vois, répondit Elemak. Mais moi, je connais Gaballufix. C’est mon demi-frère, c’est-à-dire autant mon frère que n’importe lequel d’entre vous. C’est moi qui ai le plus de chances de le persuader de nous donner l’Index.
— Tu veux dire que tu nous as fait faire tout ce chemin, reprit Issib, pour m’obliger à rester ici, dans ce cercueil en ferraille, sans pouvoir m’approcher davantage de la cité ?
— Mieux vaut ton fauteuil qu’un vrai cercueil, rétorqua Elemak. Crois-moi, si tu t’imagines qu’aller en ville sera une partie de plaisir, c’est que tu es complètement idiot ! Gaballufix est dangereux !
— C’est vrai, intervint Nafai. Elemak a raison. Si on y va tous et que ça tourne mal, on risque de se faire tous tuer ou jeter en prison, ou je ne sais quoi encore. Mais si un seul y va et qu’il échoue, les autres auront encore une chance.
— Si j’échoue, retournez auprès de Père, dit Elemak.
— C’est ça ! s’écria Meb, ironique. On se souvient tous du chemin, tu t’en doutes !
— Non, tu ne peux pas y aller, Elya, dit Issib. De nous tous, tu es le seul qui soit indispensable pour nous ramener.
— Eh bien, j’irai, moi », déclara Nafai.
Elemak éclata de rire. « Bonne idée ! Je te signale que c’est toi qui ressembles le plus à Dame Rasa ! J’ai l’impression que tu ne comprends pas très bien, Nyef ; si tu te présentes à lui, tu lui rappelleras tout de suite la seule humiliation dont il n’a jamais pu se venger : Dame Rasa qui n’a pas renouvelé son contrat après avoir eu deux filles de lui et qui, moins d’une semaine après, a pris contrat avec Père, un contrat qu’elle n’a pas encore rompu aujourd’hui. Entre seul chez Gaballufix, sans que personne soit au courant de ta présence en ville, Nyef, et tu es mort.
— Eh bien, moi, alors, dit Mebbekew.
— Toi, tu n’arriverais qu’à te soûler ou à te dénicher une femme, répliqua Elemak, et ensuite tu reviendrais en prétendant que tu as parlé à Gaballufix et qu’il a refusé. »
Mebbekew parut jouer avec l’idée de se mettre en colère, puis se ravisa. « Peut-être bien, dit-il. Mais je ne vois pas de meilleure solution.
— Moi, si, intervint Issib : j’y vais et je demande l’Index à Gaballufix. Qu’est-ce qu’il pourrait faire à un infirme ? »
Mais Elemak secoua la tête. « Il pourrait bien te casser en deux si l’envie lui en prenait, voilà ce qu’il pourrait faire !
— Et tu étais l’ami d’un type comme ça ? demanda Mebbekew.
— Frère, pas ami. Je suis son frère. On ne choisit pas sa famille, tu sais, dit Elemak. On fait avec ce qu’on a, c’est tout.
— Il ne ferait pas de mal à un infirme, insista Issib. Ce serait s’humilier devant ses hommes. »
Issib avait raison, Elemak le savait. L’infirme serait peut-être le seul capable de se sortir vivant d’une entrevue avec Gaballufix. Le problème, c’est qu’Elemak ne pouvait permettre qu’Issib ou Nafai lui parle ; Gaballufix risquait de laisser échapper quelque chose de compromettant pour Elemak. Non, il fallait qu’il lui parle lui-même, seul à seul, et peut-être arriverait-il à calmer le jeu et à le convaincre que ce n’était pas lui qui avait averti Père du complot destiné à tuer Roptat et à discréditer Wetchik. Si jamais ils l’apprenaient, Meb, Issya et Nyef ne comprendraient pas qu’à long terme, c’était pour le bien de Père : si on ne le neutralisait pas tout de suite, ce pourrait bien être à son tour de disparaître dans des conditions mystérieuses.
« Écoutez, voilà ce que je propose, dit Elemak : puisque nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord, laissons Surâme décider, à l’aide d’une tradition séculaire : on va tirer au sort. »
Il se baissa et ramassa par terre une poignée de cailloux. « Trois blancs, un noir. » Mais tout en parlant. Elemak coinça un quatrième caillou blanc entre ses doigts à l’insu de ses frères. « Le noir va à Basilica.
— D’accord, dit Meb, et les autres opinèrent du bonnet.
— C’est moi qui tiendrai les pierres, déclara Nafai.
— Personne ne tiendra les pierres, mon cher petit, répondit Elemak. Ça laisse trop de risques de tricherie, d’accord ? » Il leva le bras et déposa les cailloux sur une petite corniche rocheuse au-dessus de sa tête, puis fit semblant de les mélanger. « Mais quand j’aurai fini, tu pourras les mélanger à ton tour, Nafai, dit-il. Comme ça, personne ne pourra savoir quelle pierre est blanche ou noire. »
Nafai s’avança sans tarder, tendit le bras et mélangea les cailloux. Il y en avait quatre, comme prévu ; Elemak savait qu’au contact des quatre pierres, Nafai serait convaincu de l’absence de tricherie. Ce que Nafai ignorait, évidemment, c’est que la noire se trouvait à présent entre les doigts d’Elemak et que les quatre pierres posées sur la corniche étaient toutes blanches.
« Pendant que tu as la main en l’air, Nyef, tu n’as qu’à choisir un caillou ; vas-y. »