Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
— Je suis peut-être mieux réglé que lui sur Surâme, je ne sais pas. Mais je n’y peux rien. Et puis quelle importance, à qui parle Surâme ? D’après Père, Gaballufix aurait dû le croire, alors que Père est d’un rang inférieur dans le clan Palwashantu, non ? »
Issib le reprit.
« D’une fonction inférieure, peut-être, mais pas d’un rang inférieur. Si Père avait voulu être chef du clan, c’est lui qu’on aurait choisi ; il est Wetchik par droit de naissance, après tout. C’est pour ça que Gaballufix l’a toujours détesté : il sait que si Père n’avait pas méprisé la politique, il aurait pu balayer son pouvoir et son influence comme on chasse une mouche. »
Mais Nafai n’avait pas envie de discuter de la politique basilicaine. Il se tut et s’adressa encore une fois à Surâme.
Il faut que tu obliges Père à me croire, dit-il. Il faut lui montrer la réalité. Tu ne peux pas m’envoyer une vision pour ensuite me laisser me débrouiller seul avec lui !
« Moi, je te crois, Nyef, chuchota Issib. Et j’ai foi en ce que Surâme veut faire. C’est peut-être tout ce qu’il demande, tu avais réfléchi à ça ? Il n’a peut-être pas besoin que Père te croie tout de suite. Accepte la situation, simplement. Aie confiance en Surâme. »
Nafai se tourna vers Issib, mais dans le noir, il ne put voir si son frère avait les yeux ouverts. Était-ce vraiment Issib qui avait parlé, ou bien dormait-il et Nafai avait-il entendu les paroles de Surâme avec la voix d’Issib ?
Un jour, Nafai, on en arrivera peut-être à ce qu’a dit Elemak. Alors, tu devras commander à tes frères, et même à ton père. Crois-tu que Surâme te laissera seul, à ce moment ?
Non, impossible que ce soit Issib ! C’était Surâme qui parlait avec la voix de son frère, et qui disait des choses qu’Issib n’aurait jamais dites. Et maintenant qu’il avait sa réponse, il s’aperçut que le sommeil ne le fuyait plus. Mais avant qu’il ne s’endorme, des questions surgirent dans son esprit :
Et si Surâme m’en révélait plus qu’à Père, non parce que cela participe d’un plan, mais simplement parce je suis le seul à pouvoir l’entendre et le comprendre ?
Et si Surâme comptait sur moi pour trouver un moyen de convaincre les autres, parce que lui-même n’en est plus capable ?
Et si j’étais vraiment seul, en dehors de cet unique frère qui me croit – ce frère qui est infirme et ne peut donc agir ?
La foi n’est pas rien, dit la voix chuchotante dans la tête de Nafai. Seule la foi d’Issib en toi t’empêche de douter de ta propre foi.
Parle à Père, implora Nafai en sombrant dans le sommeil Parle-lui pour qu’il me croie.
Surâme parla à Père cette nuit-là, mais pas comme Nafai l’avait espéré.
« Je vous ai vus cette nuit rentrer à Basilica tous les quatre, annonça Père.
— Ce n’est pas trop tôt ! s’exclama Mebbekew.
— Vous rentriez, mais dans un but bien précis, continua Père : pour récupérer l’Index et me le rapporter.
— L’Index ? dit Elemak.
— Les Palwashantu en ont la garde depuis l’origine du clan. C’est peut-être grâce à cela que le clan a si longtemps préservé son identité. Autrefois, on nous appelait “Gardiens de l’Index”, et mon père m’a appris que c’était le privilège des Wetchik de s’en servir.
— De s’en servir pour quoi faire ? demanda Mebbekew.
— Je ne sais pas exactement, répondit Père. Je ne l’ai vu que rarement. Mon grand-père l’a confié au conseil clanique quand il s’est mis à voyager, et mon père n’a jamais cherché sérieusement à le récupérer après la mort de Grand-Père. Aujourd’hui, il est chez Gaballufix. Mais d’après son nom, je suppose qu’il s’agit d’un catalogue de bibliothèque.
— Ça au moins, c’est utile ! dit Elemak. Et c’est pour ça que vous nous renvoyez à Basilica ? Pour y prendre un objet dont vous ne savez même pas l’usage ?
— Pour le prendre et me le rapporter, oui. À n’importe quel prix.
— Vous êtes sérieux ? demanda Elemak, abasourdi. À n’importe quel prix ?
— C’est la volonté de Surâme. Je l’ai senti… même si je… même si ce n’est pas ce que je pense. Moi, je veux que vous reveniez tous sains et saufs.
— D’accord, dit Mebbekew. C’est comme si c’était fait ; pas de problème !
— Faudra-t-il rapporter des vivres de la propriété ? demanda Nafai.
— Il n’y aura plus d’approvisionnement, répondit Père. J’ai ordonné à Rashgallivak de vendre tout le matériel des caravanes. »
Nafai vit Elemak virer cramoisi sous son hâle.
« Mais quand notre exil aura pris fin, Père, comment comptez-vous remettre notre exploitation sur pied ? »
C’était un moment décisif, Nafai s’en rendit compte : Elemak mettait soudain en cause l’irrévocabilité des décisions paternelles. Si Elya devait se révolter, ce serait sur ce point précis, où il ne pouvait voir que la dilapidation de son héritage. Aussi Père lui fit-il une réponse sans ambiguïté.
« Je ne compte rien remettre sur pied, dit-il. Fais ce que je dis, Elemak, ou bien l’état de la fortune du Wetchik ne t’importera plus. »
Et voilà. On ne pouvait être plus clair. Si Elemak voulait un jour devenir Wetchik, qu’il obéisse aux ordres du présent Wetchik.
Mebbekew eut un petit rire sec. « De toute façon, je n’ai jamais aimé ces bestioles puantes, dit-il. Elles ne me manqueront pas. » Son message était tout aussi clair : Je prendrai volontiers ta place comme Wetchik, Elemak ; alors, vas-y, continue, mets Père en rogne pour de bon !
« Je vous rapporterai votre Index, Père, dit Elemak. Mais pourquoi envoyer les autres ? Laissez-moi y aller seul. Ou bien laissez-moi emmener Mebbekew, et gardez les deux petits avec vous. Ils ne me serviront à rien ni l’un ni l’autre.
— Surâme vous a montrés partant tous les quatre, répondit Père. Donc, vous irez tous les quatre à Basilica, et vous en reviendrez tous les quatre. Tu m’as bien compris ?
— Parfaitement, acquiesça Elemak.
— Hier soir, tu te moquais de Nafai parce qu’il disait avoir des visions, poursuivit Père. Mais je t’affirme que tu aurais beaucoup à apprendre de Nafai et d’Issib. Eux, au moins, ils s’efforcent de faire quelque chose. De mes aînés, je n’entends que des plaintes. »
Mebbekew lança un regard appuyé à Nafai, mais celui-ci s’inquiétait davantage d’Elemak, qui, paupières mi-closes, gardait les yeux fixés sur son père. Hier soir, songea Nafai, vous n’avez pas voulu me croire, Père. Et aujourd’hui, vous attisez la haine de mes frères envers moi.
« Vous en savez beaucoup, Elemak et Mebbekew, continua Père, mais malgré tout votre savoir, vous ne semblez pas maîtriser le concept de loyauté et d’obéissance. Prenez exemple sur vos jeunes frères, et vous serez dignes alors de la fortune et des honneurs auxquels vous aspirez. »
Ça y est ! se dit Nafai. Ce coup-ci, je suis mort ! Pendant tout le voyage, ils vont me traiter comme un asticot sur leur fromage. Dans ces conditions, je préférerais rester ici que partir avec eux ; merci beaucoup, Père !
« Père, je ferai ce que vous demandez », déclara Elemak. Mais sa voix était basse et froide, et Nafai en eut l’estomac noué.
Maussade, Elemak se mit donc à préparer le voyage. Comme Nafai l’avait prévu, il feignit de ne pas l’entendre quand il demanda ce qu’il pouvait faire, et Mebbekew lui décocha un tel regard qu’un frisson d’effroi le traversa. Il voudrait me voir mort, se dit-il. Meb voudrait me voir mourir !