Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
En sortant de la rivière, glacé par l’eau que la brise nocturne faisait évaporer sur sa peau, il comprit qu’il venait tout de même de faire une espèce de prière.
Je suis de ton côté, dit-il à Surâme. Je ferai tout ce que tu me demanderas, parce que je tiens à ce que tu accomplisses ta fonction sur cette planète. Je ferai tout ce que je pourrai pour nous préparer à retourner sur Terre.
Il était gelé jusqu’aux os en arrivant à la tente ; tout humide encore, il resta longtemps à trembler sur sa natte, avant de s’endormir enfin, réchauffé peu à peu par la chaleur d’Issib contre lui.
Au matin, le travail ne manqua pas ; malgré sa fatigue, Nafai ne put faire la grasse matinée, mais il accomplit ses tâches d’une main si lente et si maladroite qu’Elemak et Père lui-même durent le réprimander sèchement à plusieurs reprises. « Fais donc attention ! Mais sers-toi de ta tête ! » Ce n’est que dans la chaleur de l’après-midi, quand la troupe fit la sieste – les habitants du désert savent qu’elle leur est aussi nécessaire que l’eau – que Nafai eut enfin l’occasion de se remettre de son insomnie et de sa vision. Mais il ne put se résoudre à dormir ; allongé sur sa natte, il fit à Issib le récit de ce qu’il avait vu et appris grâce à Surâme. Quand il eut fini, des larmes ruisselaient sur les joues d’Issib, qui tendit à grand-peine sa main pour saisir celle de Nafai. « Je savais bien qu’il y avait un plan derrière tout ça, souffla-t-il. Tout s’éclaire maintenant. Tout s’ajuste parfaitement. Quelle chance tu as eue, d’entendre la voix de Surâme ! Et encore plus clairement que Père, je crois ! Aussi nettement que Luet, on dirait : oui, tu es comme Luet ! »
L’espace d’un instant, Nafai se sentit mal à l’aise. Il en avait voulu à Luet, il s’était moqué d’elle intérieurement et parfois même en paroles. Le terme méprisant de « sorcière » lui était venu si aisément ! Et pourtant… C’était donc cela qu’elle ressentait, quand Surâme lui envoyait une vision ? Comment avait-il pu se payer ainsi sa tête ?
Il finit par s’endormir. Au matin, ils achevèrent les travaux : un enclos en dur pour les chameaux, fait de pierres empilées, liées par un champ gravifique alimenté par des capteurs solaires ; des magasins réfrigérés destinés à conserver toute une année des aliments déshydratés, si la famille en exil ne pouvait rentrer plus tôt à Basilica ; l’installation de gardiens et de guetteurs électroniques sur tout le périmètre de la vallée, afin que personne ne s’approche à portée de vue sans être repéré du même coup. Pas question de faire du feu, naturellement ; dans le désert, le bois était trop précieux pour qu’on le brûle. Mais ils feraient plus encore : ils renonceraient à toute cuisine, parce qu’une source inexplicable de chaleur serait trop aisément détectable. Celle de leurs corps constituait le seul rayonnement infra-rouge qu’ils osaient émettre ; et quant au bruit électromagnétique de leurs gardiens, du champ gravifique, du système de réfrigération, des capteurs solaires et du fauteuil d’Issib, il était trop faible pour être perçu en dehors de leur périmètre, sauf à l’aide d’instruments beaucoup plus sensibles que tout ce dont les maraudeurs ou les caravanes de passage pouvaient disposer. Leur sécurité était assurée.
Au dîner, Nafai ne put s’empêcher de faire une remarque sur l’inutilité de leur dispositif. « C’est Surâme qui nous a envoyés en mission, dit-il. Pendant des années, il a éloigné les gens d’ici afin de garder cette vallée pour nous ; et il aurait sûrement continué, c’est logique ! »
Elemak éclata de rire, et Mebbekew s’esclaffa trop brusquement. « Alors, Nafai le Théologien, dit Meb, si Surâme est à ce point capable de nous protéger, pourquoi est-ce qu’il nous a conduits ici, en plein milieu de l’enfer, au lieu de nous laisser chez nous, bien en sécurité ?
— Et puis comment se fait-il que tu en saches autant sur Surâme, Nafai ? renchérit Elemak. Ta chère mère t’a visiblement fait passer trop de temps dans la compagnie des sorcières ! »
Pour une fois, Nafai réprima une réponse cinglante. À quoi bon discuter avec eux ? Pourtant, il s’était souvent fait la même réflexion par le passé, sans pour autant réussir à tenir sa langue. La différence aujourd’hui, c’est qu’il n’était plus seulement Nafai, le benjamin des enfants de Wetchik ; aujourd’hui, il était l’ami et l’allié de Surâme. Il avait mieux à faire que de discutailler avec Elya et Meb.
« Nafai, dit Père, ton raisonnement ne se tient pas ; pourquoi Surâme perdrait-il son temps à nous surveiller, alors que nous sommes parfaitement capables de veiller sur nous-mêmes ?
— Vous avez raison, Père », répondit Nafai. Sa remarque avait été stupide ; il serait malvenu d’accroître le fardeau de Surâme, quand il avait plutôt besoin qu’on l’allège. « Pardonnez-moi », ajouta-t-il.
Elemak eut un mince sourire, et Mebbekew écarquilla les yeux avant de s’esclaffer à nouveau. « Écoute-moi ça ! s’exclama-t-il. Des gens sensés, du moins on le suppose, qui discutent pour savoir si Surâme doit ou non s’occuper de nos chameaux !
— C’est Surâme qui nous a emmenés ici, dit Wetchik d’un ton froid.
— Mais non ! C’est vous qui nous avez obligés à partir, se récria Mebbekew, et c’est Elemak qui nous a guidés !
— C’est Surâme qui m’a conseillé de partir, insista son père, et qui nous a menés jusqu’à cette belle vallée.
— Ah, mais oui, c’est vrai ! s’écria Meb. Ce que j’avais pris hier pour un vautour qui tournait en rond dans le ciel, c’était Surâme qui nous montrait le chemin !
— Seul un imbécile plaisante sur ce qu’il ne comprend pas, dit Père.
— Seul un illuminé peut traiter les gens sensés d’imbéciles ! répliqua Mebbekew. C’est vous qui voyez des complots et des machinations partout, Père !
— La ferme ! dit Elemak.
— La ferme toi-même !
— J’ai dit : la ferme ! » répéta Elemak. Il pivota lentement pour croiser le regard furieux de Mebbekew. Nafai vit que sous ses paupières qu’il tenait à demi fermées, comme s’il était mal réveillé, Elemak toisait Meb avec des yeux embrasés.
« Parfait ! dit Mebbekew en se retournant vers son assiette et en étalant de la pâte de haricots froide sur une biscotte. J’ai l’impression que je suis le seul ici à ne pas trouver le camping franchement marrant !
— Nous ne sommes pas en camping, coupa Wetchik, mais en exil !
— Ce que je ne comprends pas, susurra Mebbekew, c’est ce que j’ai bien pu faire, moi, pour mériter l’exil !
— Tu es mon fils. Aucun d’entre nous n’était en sécurité à la propriété.
— Vous parlez ! On ne risquait absolument rien !
— Laisse tomber », dit Elemak. Et encore une fois, il soutint le regard noir de son frère.
Nafai commençait à comprendre : si Elemak détestait que Mebbekew mît en doute l’existence d’un complot contre Père et la nécessité de cette fuite dans le désert, c’est qu’il trouvait le sujet sensible ; Nafai sentit que ses deux frères en savaient bien plus long qu’ils ne voulaient le dire. S’ils dissimulaient quelque noir secret, ils réagiraient différemment : Elemak empêcherait sûrement la conversation de s’en approcher si peu que ce soit, tandis que Mebbekew essayerait plutôt de se cacher derrière un nuage de dénégations effrontées et de mensonges moqueurs.
« Vous savez tous les deux que la vie de Père était en danger à Basilica » dit Nafai.