Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
À leur façon de le regarder, Nafai comprit qu’il avait vu juste. Innocents, ils auraient seulement dû comprendre qu’il leur demandait de croire en la vision de leur père. Mais ils réagirent avec violence.
« Ce qu’on pense ou non, qu’en sais-tu donc, toi ? cracha Elemak.
— Et si tu es si sûr que la vie de Père était en danger, renchérit Meb d’un ton mauvais, c’est peut-être que tu faisais partie du complot ! »
Là encore, leur attitude était typique : Elemak se défendait en disant en substance à son frère : « Tu ne peux rien prouver », tandis que Mebbekew retournait l’attaque contre Nafai.
Et maintenant, se dit ce dernier, qu’ils se rendent compte de ce qu’ils viennent d’avouer ! Puis, tout haut : « Quel complot ? De quoi est-ce que vous parlez ? »
Mebbekew comprit tout de suite qu’il en avait trop dit.
« J’ai seulement cru que tu prétendais qu’on savait des choses que personne ne savait, ou je ne sais quoi…
— Si tu avais été au courant d’un complot contre la vie de Père, dit Nafai, tu l’aurais prévenu, si tu es un homme qui se respecte. Et tu ne resterais pas là à gémir qu’on n’avait pas besoin de quitter la cité.
— Je ne suis pas le seul à gémir, morveux ! » répliqua Mebbekew. Sa colère lui avait fait perdre toute subtilité. Il ignorait comment interpréter les paroles de son demi-frère et cela l’inquiétait, ce qui était exactement le but de Nafai : est-ce que Nafai sait quelque chose ou non ? se demandait-il.
« Ferme-la, Meb, intervint Elemak. Et toi aussi, Nafai. Vous ne croyez pas qu’il est déjà bien assez dur de nous retrouver en exil ici sans qu’en plus vous vous bouffiez le nez ? »
Elya le grand pacificateur ! Nafai eut envie d’éclater de rire. Mais… après tout, c’était peut-être vrai. Peut-être qu’Elemak n’était pas au courant ; Gaballufix ne l’avait peut-être jamais mis dans la confidence. Il ne l’avait même sûrement pas fait, Nafai le comprit soudain ; certes, Elya était le demi-frère de Gaballufix, mais c’était surtout le fils et l’héritier de Wetchik, et Gaballufix ne saurait jamais avec certitude dans quel camp il était vraiment. Il pouvait se servir d’Elya comme intermédiaire, pour porter des messages à Père, par exemple, mais jamais il ne lui aurait confié des renseignements essentiels.
Cela expliquerait également les efforts d’Elemak pour empêcher Meb de parler ; il voulait cacher son engagement aux côtés de Gaballufix, évidemment, mais il n’avait aucun complot d’assassinat à dissimuler. Comment Nafai avait-il pu seulement l’imaginer ? D’ailleurs, s’ils s’étaient enfuis dans le désert pour répondre au plan de Surâme, cela ne signifiait-il pas qu’Elemak et Mebbekew faisaient partie de ce plan ? Et me voilà, plein de suspicion envers mes frères, nourrissant moi aussi la malveillance même qui va détruire Basilica ! Comment prétendre se ranger du côté de Surâme si je ne fais même pas confiance à mes propres frères ?
« Excusez-moi, dit-il. Je n’aurais pas dû vous accuser comme ça. »
Tous le regardèrent avec ébahissement, et Nafai mit un bon moment à comprendre pourquoi : c’était la première fois de sa vie qu’il s’excusait auprès de ses frères sans y avoir été contraint à coups de poing.
« Ce n’est pas grave », dit enfin Mebbekew d’un ton étonné ; mais ses yeux rayonnaient d’un mépris triomphant.
Tu me crois faible parce que je m’excuse ? pensa Nafai. Tu te trompes. Ça veut plutôt dire que je deviens fort.
Puis Nafai voulut raconter à son père, à Elemak et Mebbekew les visions que Surâme lui avait envoyées pendant la nuit. Mais il ne put aller bien loin. Elemak lui coupa la parole.
« J’en ai assez, dit-il. Je n’ai pas de temps à perdre ! »
Nafai le regarda, confondu. Il n’avait pas le temps d’écouter le plan de Surâme ? L’humanité rencontrait un espoir de retourner sur Terre, et Elemak n’avait pas le temps de s’y intéresser ?
Quant à Mebbekew, il bâilla ouvertement.
« Alors, vous vous en fichez, c’est ça ? » demanda Issib.
Elemak sourit à son frère infirme. « Tu es trop confiant, Issya, dit-il. Tu ne comprends donc pas ? Nafai ne supporte pas de ne pas être au centre de l’attention générale. Comme il ne peut pas s’affirmer en se rendant utile, même un tant soit peu, il se met à avoir des visions. Si ça continue, Nyef va nous transmettre les ordres de Surâme et nous faire bosser sous son commandement.
— Mais c’est faux ! cria Nafai. Je les ai eues, ces visions !
— D’accord, dit Mebbekew. Et moi aussi, j’ai eu des visions, cette nuit. J’ai vu des filles, ah ! Nafai, tu n’as même pas les gonades qu’il faut pour en rêver ! Je croirai à tes visions de Surâme quand tu accepteras d’épouser une des filles de mes rêves ; je te donnerai même une des plus jolies, tiens ! »
Elemak riait à gorge déployée et Père lui-même affichait un petit sourire. Mais les sarcasmes de Mebbekew ne firent que mettre Nafai en fureur.
« Je dis la vérité ! cria-t-il. Je vous explique ce que Surâme essaye de faire !
— J’aime mieux penser à ce que les filles de mes rêves essayaient de faire ! répliqua Meb.
— Allons, assez de vulgarité », intervint Père. Mais il riait sous cape. Ce fut le coup le plus cruel : Père pensait manifestement, comme Elemak, que Nafai avait inventé ses visions.
Puis Elemak et Mebbekew allèrent s’occuper des animaux, et Nafai resta seul avec son père et Issib.
« Pourquoi n’y vas-tu pas, toi aussi ? demanda Père. Issib ne peut pas aider à ce genre de tâche sans ses flotteurs, mais toi, si.
— Père, dit Nafai, j’aurais cru que vous au moins, vous me croiriez !
— Je te crois, répondit son père. Je crois honnêtement que tu veux participer au travail de Surâme ; je t’en respecte, et peut-être certains de tes rêves venaient-ils vraiment de Surâme. Mais n’essaye pas de dire de telles choses à tes frères aînés. Ils ne l’accepteront pas de ta part. » Il eut un petit rire amer. « Ils le supportent déjà difficilement de la mienne.
— Moi, je crois Nafai, dit Issib. Ce n’étaient pas des rêves, il était bien réveillé, près de la rivière. Je l’ai vu revenir à la tente, encore trempé et glacé. »
Un immense soulagement envahit Nafai : Issib le soutenait ! Pourtant, son frère n’y était pas du tout obligé. Nafai s’était même à moitié attendu qu’Issib cesse de le croire si Père ne le prenait pas au sérieux.
« Mais moi aussi, je le crois, répondit Père. Cependant, ce que tu as raconté, Nafai, c’était beaucoup plus précis que ce que Surâme décrit généralement dans ses visions. J’en conclus donc que s’il y a un noyau de vérité dans tes affirmations, la plus grande partie a dû naître de ton imagination, et personnellement, je n’ai pas envie de faire le tri, en tout cas pas ce soir.
— Mais je vous ai bien cru, moi ! s’écria Nafai.
— Pas au début, rétorqua son père. Et la conviction ne s’échange pas comme des faveurs. Nous accordons croyance et confiance là où elles sont méritées. N’attends pas que je sois plus prompt à te croire que tu ne l’as été à me croire, moi. »
Désemparé, Nafai se leva du tapis. La tente de Père était si vaste qu’il n’eut pas à courber la tête en se redressant. « J’étais aveugle quand vous m’avez dit ce que vous aviez vu. Mais maintenant je me rends compte que vous êtes sourd, et que vous ne pouvez pas entendre ce que j’ai entendu.
— Aide ton frère à remonter dans son fauteuil, répondit Père. Et surveille ta façon de t’adresser à ton père. »
Cette nuit-là, sous la tente, Issib s’efforça de consoler Nafai. « Père est un père, Nafai. Ça ne doit pas être agréable de se rendre compte que son dernier fils reçoit plus de révélations de Surâme que lui.