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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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Comme on refusait son aide et qu’il était manifestement plus sage qu’il se fit le plus discret possible au cours des heures à venir, Nafai retourna à sa tente pour aider Issib à faire ses bagages, c’est-à-dire surtout à envelopper ses flotteurs et à les mettre dans un sac. Aux regards avides qu’Issib leur lançait, Nafai comprit que son frère ne s’inquiétait pas de ce qu’Elemak ou Mebbekew pensaient de lui : ce qu’il voulait, c’était revenir là où son corps était utilisable, là où il était libre et où l’on n’avait pas à l’habiller ni à le sortir pour faire ses besoins, comme un bébé ou un animal. Quelle prison, ce corps où il est coincé ! songea Nafai.

Enfin le travail fut terminé et Issib installé dans son fauteuil, flottant au-dessus du sol comme un monarque hargneux sur son trône. Il était impatient de partir, impatient de retrouver Basilica.

Comme les autres, se dit Nafai ; mais aucun n’y va pour la bonne raison. Aucun n’y va par désir d’aider Surâme à réaliser son plan.

Il se rendit au bord de l’eau, où il trouva une branche de dix centimètres de diamètre ; il la saisit et entreprit de la plier en forme de fer à cheval. Résistante, elle cédait néanmoins peu à peu à sa poigne.

« Ne la casse pas », dit Père.

Nafai se retourna, surpris. Il lâcha la branche qui se redressa brusquement ; des feuilles lui cinglèrent le visage.

« Il lui a fallu tellement de temps pour pousser, continua Père.

— Je n’avais pas l’intention de la casser.

— Tu n’en étais pas loin. Je connais les plantes ; toi non. Elle n’allait pas tarder à se rompre.

— Allons ! je ne suis pas assez fort !

— Tu es plus fort que tu ne le crois. » Père le mesura de l’œil. « Quatorze ans ! » Il eut un petit rire. « Ce sont les gènes de ta mère, pas les miens, j’en ai peur. Quand je te regarde, je vois…

— Mère ?

— Je vois ce qu’Issib aurait pu être, de corps comme d’esprit. Le pauvre enfant ! »

Le pauvre enfant ! songea Nafai. Pourquoi est-ce que vous ne me regardez pas quelquefois, Père, pour me voir, moi, au lieu d’un enfant imaginaire ? Au lieu d’un petit garçon qui s’invente des visions, pourquoi ne me voyez-vous pas tel que je suis : un homme qui a entendu la voix de Surâme encore plus clairement que vous ?

« J’ai peur, Nafai », dit Père.

Nafai regarda son père dans les yeux. Disait-il cela pour le mettre à l’épreuve ?

« Je vous ai confié une mission plus dangereuse que tes frères ne s’en rendent compte, j’ai l’impression. Mais toi, tu as compris, n’est-ce pas, Nafai ?

— Je crois.

— Oui, après tout ce que tu as vu, tu dois comprendre. » C’était autant une question qu’une réponse. Mais que demandait-il ? Si Nafai savait la vérité sur Elya et Meb ? Non, c’était impossible, parce que Père ignorait tout sur eux. Non, Père demandait si Nafai avait vraiment des visions.

Sa première réaction fut la colère, l’humiliation et la rancune. Puis il comprit qu’il avait tort ; Père avait le droit de lui poser cette question et de prendre son temps pour croire en ses visions, comme Issib l’avait dit. Il essayait tant bien que mal de s’habituer à l’idée que Nafai pouvait être un serviteur de Surâme.

« Oui, déclara enfin Nafai. J’ai vraiment vu. Mais rien à propos de l’Index.

— Gaballufix n’acceptera pas de le lâcher, dit Père. Dans la vision, il le donnait, mais Surâme ne peut tout voir. L’Index n’est pas un simple objet qu’on emprunte. Il est très puissant.

— Comment ça ? Que peut-il faire ?

— Par lui-même, je n’en sais rien. Mais je sais qu’il symbolise le pouvoir. Chez les Palwashantu, celui qui a la garde de l’Index a la confiance du clan ; il a reçu le plus grand honneur possible. Gabya n’y renoncera pas, et il sera prêt à tuer pour le conserver. Et c’est là que j’envoie mes fils ! »

Le visage de Père était plein de colère, et Nafai comprit que c’était contre Surâme.

Enfin son père maîtrisa sa rage, et son visage s’apaisa. « J’espère, dit-il à voix basse, j’espère que Surâme a bien réfléchi.

— Père, intervint Nafai, j’irai, moi, et je ferai ce que Surâme nous a commandé, parce que je sais qu’il ne nous demanderait rien sans avoir prévu le moyen d’y parvenir. »

Père dévisagea son fils pendant une éternité. Puis il sourit ; Nafai n’avait jamais vu un tel sourire sur les traits de son père. Il y lut du soulagement et de la confiance. « Non, ce n’est pas de l’esbroufe, dit enfin le Wetchik. Tu ne dis pas cela parce que j’ai envie de l’entendre.

— Est-ce l’habitude de vos fils de dire ce que vous avez envie d’entendre ? » demanda Nafai.

Cette fois, son père rejeta la tête en arrière et poussa un rugissement de rire : « Oh que non ! » s’écria-t-il. Et puis, aussi brusquement qu’il avait commencé, son rire s’interrompit. Il prit la tête de Nafai entre ses mains, ses grandes mains calleuses, sèches et rudes à force de manipuler pendant des années de l’écorce, des harnais de cuir et de la pierre brute, et, ses deux larges paumes appuyées sur chaque joue, il se pencha et lui déposa un baiser sur la bouche. « Mon fils, dit-il dans un souffle. Mon fils. »

Un instant, ils restèrent là, près de l’arbre, près de l’eau, jusqu’à ce qu’un bruit de pas les fit se retourner. C’était Elemak, toujours furieux et renfrogné. « C’est l’heure de partir, grommela-t-il, si on veut faire un peu de route aujourd’hui, en tout cas.

— C’est cela, allez-y, dit Père. Je ne veux pas vous retarder. »

Et quelques minutes plus tard, montés sur leurs chameaux, ils reprenaient le chemin de la cité.

11. Les frères

Basilica n’était pas encore en vue, mais Elemak connaissait la route. Il la connaissait aussi bien que la peau de son visage dans le miroir, aussi bien que chaque grain de beauté, chaque creux et chaque bosse que son rasoir faisait saigner. Il connaissait les ombres de chaque heure du jour, les endroits où l’eau pouvait attendre après la pluie, ceux où des voleurs risquaient de se dissimuler.

C’est vers un de ces endroits qu’Elemak emmenait présentement ses frères. Ils avaient quitté la route depuis quelque temps, mais sans jamais la perdre de vue. Maintenant, ils s’en écartaient pour de bon, et le terrain ne tarda pas à devenir si cahoteux qu’ils durent mettre pied à terre.

« Pourquoi est-ce qu’on s’arrête ici ? demanda Mebbekew.

— Hé ! mes flotteurs marchent ! s’exclama Issib. On est assez près pour que je puisse bouger sans ce fichu fauteuil ! »

Elemak jeta un regard mauvais à son frère : « Ils ne fonctionnent pas encore de façon fiable, dit-il. On va descendre ton fauteuil du chameau et tu vas t’en servir. »

Mais Issib, d’habitude si accommodant, refusa tout net : « Sers-t’en toi-même, si tu trouves ça si pratique !

— Regarde-toi donc, dit Elemak. Tes flotteurs fonctionnent un coup sur deux, dans le meilleur des cas. Tu vas tout le temps te casser la figure, et ce n’est vraiment pas le moment. Donc, tu prends ton fauteuil.

— Mais ça ira mieux à mesure qu’on s’approchera de la cité !

— Oui, mais on ne s’en approchera pas, répondit Elemak.

— Qu’est-ce qu’on fait, alors ? demanda Mebbekew.

— On descend dans cette ravine, où ne pénètrent sûrement pas les magnétiques de Basilica, et là, on attend la nuit.

— Et ensuite ? insista Mebbekew. Puisque tu as l’air de penser que c’est toi qui commandes ! »

Elemak avait souvent été confronté à ce genre d’attitude de la part d’autres voyageurs, et même parfois d’hommes qu’il avait engagés. Il savait comment y répliquer : par une répression brutale, instantanée et publique, afin que personne n’ignorât qui donnait les ordres. Aussi, au lieu de répondre à Mebbekew, il lui saisit les bras – des bras minces, féminins, des bras de comédien, par Surâme, de comédien ! – et le poussa violemment contre le rocher. Ce brusque mouvement effraya un des chameaux, qui se mit à taper du sabot et à cracher en protestant. L’espace d’un instant, Elemak craignit d’avoir à calmer l’animal ; mais non, Nafai s’était approché et l’apaisait. Allons, ce môme pouvait finalement être utile à autre chose qu’à lécher le cul de Père ! Ce n’était pas comme Mebbekew : avec celui-là, on ne pouvait être sûr de rien – sauf de son irresponsabilité. Elemak n’avait jamais compris pourquoi Gaballufix s’était fié à lui ; il devait pourtant bien savoir que Mebbekew serait incapable de tenir sa langue. Même s’il n’avait pas avoué le complot directement à Père, il en avait sûrement parlé à quelqu’un, sinon comment Père aurait-il été au courant ?

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