Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Nafai, le pauvre niais, sortit une pierre blanche et la regarda en fronçant les sourcils. Que croyait-il donc ? Il jouait à un jeu d’adultes, voyons ! Aucun de ces gamins n’avait l’air de comprendre qu’un homme comme Elemak, avec de telles responsabilités, ne ferait pas de vieux os sur la route s’il ignorait comment s’assurer que les tirages au sort tournent toujours à son avantage !
« À moi, maintenant, dit Issib.
— Non, coupa Elemak. À mon tour. » C’était là une autre des règles du jeu : il fallait qu’il pioche rapidement, sinon quelqu’un risquait d’avoir des soupçons et de découvrir en vérifiant les cailloux qu’il n’y en avait aucun de noir. Il leva la main, farfouilla avec ostentation parmi les pierres, puis ramena la noire, naturellement – mais avec la blanche en surnombre coincée entre les doigts. Quand ses frères vérifieraient, ils ne trouveraient que deux pierres sur la corniche.
« Tu l’as reconnue au toucher ! dit Mebbekew d’un ton accusateur.
— Ne sois pas mauvais joueur, répondit Elemak. Bon, si tout va bien, on pourra peut-être tous entrer dans la cité. Tout dépendra de la réaction de Gaballufix, vous êtes bien d’accord ? C’est mon frère ; si quelqu’un peut le convaincre, c’est bien moi.
— Moi, j’y entrerai quoi qu’il arrive, dit Issib. J’attendrai ton retour, mais je ne partirai pas d’ici sans faire un tour à Basilica.
— Issya, déclara Elemak, je ne peux pas te promettre que je te laisserai aller en ville. Par contre, avant que tu t’en retournes, tu t’en approcheras assez pour pouvoir utiliser tes flotteurs. Ça te va ? »
Issib acquiesça d’un air lugubre.
« Mais donnez-moi votre parole que personne ne bougera d’ici avant mon retour, poursuivit Elemak.
— Qu’est-ce qu’on fait si Gaballufix te tue ? demanda Meb.
— Il ne me tuera pas.
— Mais qu’est-ce qu’on fait, insista Meb, si tu ne reviens pas ?
— Si à l’aube je ne suis pas revenu, dit Elemak, c’est que je serai mort ou incapable de bouger. À partir de là, mes chers franginets, je ne suis plus responsable de rien et je me fous de ce que vous ferez. Rentrez à la maison, allez retrouver Père, ou bien rendez-vous en ville pour prendre une cuite, vous faire tuer ou vous faire voir, pour moi, ce sera du pareil au même. Mais ne vous faites pas de souci, je reviendrai. »
Ces paroles laissèrent ses frères songeurs ; puis il les emmena vers la ravine, dans un endroit dégagé où personne ne les découvrirait. « Tenez, regardez, dit Elemak. On voit les murs de la cité d’ici. Là, c’est la Haute Porte.
— C’est celle-là que tu vas emprunter ? demanda Nafai.
— À l’aller, oui, répondit Elemak. Au retour, je prendrai celle que je pourrai. »
Là-dessus, il se mit en route d’un pas décidé, en regrettant que la bravoure qu’il ressentait ne fût pas à la hauteur de celle qu’il affichait.
Entrer par la Haute Porte fut beaucoup plus facile que par la porte du Marché ; là au moins, il n’y avait pas d’or à garder. Elemak dut néanmoins se faire examiner le pouce pour prouver sa citoyenneté, et l’ordinateur municipal fut ainsi averti de son entrée. Il ne doutait pas que même si Gabya n’avait pas un ordinateur directement branché sur ceux de la cité – ce qui, bien sûr, aurait été illégal – il disposait certainement d’informateurs au gouvernement municipal ; si l’arrivée d’Elemak à Basilica l’intéressait, il en serait avisé en peu de temps.
Elemak se sentit soulagé de ne pas être retenu par les gardes ; cela prouvait que Gaballufix ne l’avait pas inscrit sur la liste des gens à arrêter sur-le-champ. Ou bien qu’il n’avait pas encore autant de pouvoir qu’il s’en vantait devant ses amis et ses partisans.
Suis-je son ennemi ? se demanda Elemak. Son frère, oui. Son ami, non. Un allié commode pour un moment, oui. Nous avons tous les deux vu le profit à tirer d’une relation plus étroite. Mais maintenant, me considérera-t-il comme un ancien associé désormais sans intérêt, comme un ami qui peut encore être utile, ou bien comme un traître qu’il faut punir ?
Elemak avait eu l’intention de se rendre tout droit chez Gaballufix, mais une fois dans la cité, il ne put s’y résoudre. D’un pas hésitant, il quitta la rue de la Haute-Porte, remonta celle de la Bibliothèque, puis prit la rue du Temple jusqu’à celle de l’Aile. L’une comme l’autre de ces deux voies l’auraient amené près de chez Gabya, mais Elemak se sentait de plus en plus inquiet devant les soldats qu’il croisait.
Ils étaient plus nombreux qu’avant la fuite dans le désert, et bien qu’il évitât soigneusement de les regarder dans les yeux, il ressentait un malaise croissant à leur vue. Pour finir, quand une dizaine d’entre eux débouchèrent dans la rue de l’Aile, il s’enfonça sous un porche et de là, il s’autorisa à les dévisager.
Il comprit immédiatement ce qui n’allait pas. Ils étaient tous identiques, visages, costumes, armes, tout. « Impossible ! » murmura-t-il. Il ne pouvait exister autant d’individus aussi semblables dans le monde au même moment. D’anciennes légendes remontèrent à sa mémoire, où des sorcières et des magiciens voulaient se rendre maîtres du monde en créant des copies d’eux-mêmes génétiquement identiques, lesquelles inévitablement (dans les contes, en tout cas) se retournaient contre leurs créateurs et les tuaient. Mais on était dans le monde réel, et il s’agissait des soldats de Gaballufix ; celui-ci ne savait pas plus comment pratiquer le clonage que voler ; et puis, s’il avait vraiment les moyens de créer des clones, il aurait certainement pu choisir un meilleur modèle que ce gros balourd navrant qui arpentait les rues d’un air abruti en compagnie de ses congénères.
« C’est un trucage », dit une voix de femme.
Elemak était seul sous le porche. Ce n’est qu’en s’en écartant qu’il vit celle qui avait parlé, une Sauvage sans âge, crasseuse, nue sous les couches de poussière et de saleté qui la recouvraient. Elemak n’étaient pas de ceux qui voyaient dans les Sauvages des objets de désir, même si certains de ses amis s’en servaient sans y attacher plus d’importance que s’il s’agissait d’urinoirs publics. Il n’y aurait pas prêté attention si elle n’avait paru répondre à son commentaire chuchoté ; et puis à qui parler avec plus de sécurité qu’à une sainte femme anonyme sortie de son désert ?
« Comment font-ils ça ? demanda-t-il. Pour se rendre tous semblables, je veux dire.
— Il paraît qu’ils utiliseraient un ancien appareil de théâtre, très en vogue il y a un millier d’années. »
Elle ne parlait pas comme une femme du désert.
« Comment ça marche ?
— Il s’agit d’un filet très fin qu’on porte comme un manteau. Un boîtier de commande à la taille permet de le mettre en route et de le couper. Le système s’adapte automatiquement à la lumière ambiante : il devient très visible au soleil, et beaucoup plus subtil au clair de la lune ou dans l’ombre. C’est très ingénieux. »
À mesure qu’elle s’exprimait, sa voix se faisait plus raffinée.
« Qui êtes-vous ? » demanda Elemak.
Elle planta ses yeux dans les siens. « Je suis Surâme, répondit-elle. Et toi, qui es-tu, Elemak ? Es-tu mon ami ou mon ennemi ? »
Elemak resta un instant pétrifié de terreur. Il s’était tellement tourmenté au sujet de Gaballufix, il avait tant redouté qu’un soldat le reconnaisse, l’interpelle et l’embarque, ou même le tue sur place, qu’être ainsi nommé par une folle en pleine rue le laissait sans voix. Comment se cacher quand on est reconnu même par les mendiantes ? À cet instant, la femme s’introduisit l’Index dans le nombril et se mit à le tortiller, comme si elle touillait quelque infâme mixture ; alors le dégoût triompha de la peur et précipita Elemak dans une course aveugle pour s’éloigner de la femme.