Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
Bravo pour la discrétion ! Elemak eut quand même la présence d’esprit de ne pas se rendre directement chez Gabya dans cet état. Mais où aller ? L’habitude le poussait chez sa mère ; la vieille Hosni possédait une belle maison dans les Puits, près de la porte Arrière, où elle fricotait dans la politique, faisant et défaisant la réputation des jeunes loups du gouvernement. Mais le désir prit le pas sur l’habitude, et au lieu de se réfugier chez sa mère, il se retrouva à la porte de la maison de Rasa.
Enfant, il avait fréquenté cette école, naturellement, avant même que Père ne s’apparie avec Rasa ; d’ailleurs, c’était quand sa mère l’avait placé chez Rasa que son père et son professeur avaient fait connaissance. Non sans gêne, il avait entendu les cancans des élèves à propos de la liaison entre leur maîtresse et son père ; de ce moment, il ne s’était jamais senti parfaitement à l’aise dans cette maison, jusqu’à ce que – ô soulagement ! – il arrête ses études à treize ans. Mais aujourd’hui, c’est en prétendant et non en élève qu’il venait chez Rasa, et en prétendant dont la cour était favorablement accueillie.
Alors qu’il hésitait devant la porte, Elemak prit conscience qu’il était en train de faire exactement ce qu’il avait interdit à ses puînés : il s’occupait de ses affaires personnelles au lieu d’obéir aux ordres de Père. Mais il fit vite taire ses scrupules. Sa cour à Eiadh relevait de bien plus que la recherche d’un appariement avantageux ; durant ces derniers mois, il était tombé amoureux d’elle, et il la désirait plus qu’il ne l’aurait cru possible. Sa voix était musique à ses oreilles, son corps une sculpture aux variations infinies, dont chaque mouvement le laissait muet d’étonnement. Mais tandis que son amour pour elle grandissait, il avait de plus en plus peur qu’en elle l’amour ne fût pas aussi fort. Peut-être ne voulait-elle de lui que comme l’héritier du célèbre Wetchik, qui lui apporterait une fortune et un prestige considérables. Et si c’était là tout ce qu’elle voyait en lui, tout ce qu’elle ressentait pour lui, les derniers événements risquaient fort de la détourner de lui. Verrait-elle encore un intérêt à épouser l’héritier du Wetchik, maintenant que l’entreprise était en grande partie fermée et vendue ? Comment réagirait-elle devant lui, à présent ?
Il tira le cordon ; la cloche retentit. C’était une vieille cloche qui ressemblait plus à un gong au son profond qu’aux carillons musicaux si à la mode aujourd’hui. À sa grande surprise, ce fut Rasa en personne qui répondit.
« Tiens, un homme à ma porte ! dit-elle. Un jeune homme vigoureux, le visage couvert de la poussière et de la sueur du désert. Que dois-je en penser ? M’apportes-tu des nouvelles de mon compagnon ? Ou bien à nouveau des menaces de Gaballufix ? Es-tu venu enlever ma nièce Eiadh ? Ou bien es-tu revenu la peur au ventre dans la maison de tes études, en espérant un bain, un repas et quatre murs solides pour te protéger ? »
Il y avait tant d’humour dans ces mots que les craintes d’Elemak s’évanouirent. Quel soulagement d’entendre Rasa s’adresser à lui presque comme à un égal, et avec une véritable affection !
« Père va bien, répondit-il, je n’ai pas rencontré Gabya depuis mon retour en ville, j’espère voir Eiadh mais je n’ai pour l’instant aucun projet d’enlèvement à son endroit, et quant au bain et au repas… j’accepterais cette hospitalité avec reconnaissance, mais jamais je n’aurais osé la demander.
— Je n’en doute pas. Tu serais entré comme une tornade en t’attendant qu’Eiadh se pâme dans ton étreinte, alors que tu sens le chameau et que tu répands de la poussière à chaque pas que tu fais. Entre, Elemak. »
Tandis qu’il se vautrait dans son bain, il fut pris de remords en pensant à ses frères qui l’attendaient au milieu des rochers dans la chaleur du jour ; d’un autre côté, il était plus raisonnable de se présenter décrassé de frais à Gaballufix. Il n’aurait pas l’air au bout du rouleau, et sa mise annoncerait clairement qu’il avait des amis dans la cité, ce qui le mettrait dans une bien meilleure position pour négocier. À moins que Gaballufix n’y voie une nouvelle preuve qu’Elemak jouait un double jeu ? Peu importe ! On déposa ses vêtements lavés et éventés dans le séchoir, et il les enfila béatement en sortant du bain, laissant le séchoir le débarrasser de toute trace d’humidité, il dédaigna les huiles à cheveux – les pro-Potokgavan, qui refusaient de ressembler si peu que ce fût aux Têtes Mouillées, se reconnaissaient entre eux à l’absence d’huile dans les cheveux.
Eiadh le rejoignit dans le salon privé de Rasa. Son air timide lui parut de bon augure ; au moins, son attitude n’était ni hautaine ni réprobatrice. Oserait-il néanmoins prendre les libertés qu’elle lui avait permises lors de leur dernière entrevue ? Ou bien serait-ce trop présomptueux, étant donné les changements de sa fortune ? Il s’avança d’un pas digne, mais au lieu de s’asseoir à côté d’elle sur le divan, il s’agenouilla devant elle et chercha sa main. Elle ne la retira pas – puis elle tendit l’autre et lui toucha la joue. « Sommes-nous devenus des étrangers l’un pour l’autre ? demanda-t-elle. Ne voulez-vous pas vous asseoir près de moi ? »
Elle avait compris son hésitation et le rassurait, comme il le demandait. Il prit immédiatement place à ses côtés, l’embrassa, mit la main à sa taille et sentit sa respiration passionnée, son ardeur quand elle se laissa aller à son étreinte. Ils se dirent peu de choses au début, en paroles du moins ; mais elle sut l’assurer autrement que ses sentiments pour lui n’étaient en rien diminués.
« Je vous croyais parti pour toujours, murmura-t-elle après un long silence.
— Je ne vous aurais jamais quittée, répondit-il. Mais j’ignore ce que l’avenir me réserve. L’agitation de la cité, l’exil de Père…
— Certains disent que votre frère complotait de tuer votre père…
— Jamais !
— D’autres que c’était votre père qui voulait tuer votre frère…
— C’est absurde, et même risible ! Ce sont deux hommes de fort tempérament, c’est tout.
— Non, ce n’est pas tout, dit Eiadh. Votre père n’est jamais venu avec des soldats, comme l’a fait Gaballufix, en prétendant d’un air menaçant qu’il pouvait entrer ici quand il le voulait !
— Il est venu ? s’exclama Elemak, furieux. Mais pour quoi faire ?
— Il a été le compagnon de tante Rasa, ne l’oubliez pas ; ils ont eu deux filles…
— Ah oui, j’ai déjà dû les rencontrer.
— Bien sûr ! dit-elle en riant. Ce sont vos nièces. Et ce sont également les sœurs de Nyef et d’Issya. Que c’est compliqué, ces familles, vous ne trouvez pas ? Mais j’allais dire que la venue de Gaballufix n’avait rien de très bizarre en soi ; c’est la façon dont il s’est présenté, avec ces soldats dans leurs horribles costumes qui les rendent tellement… tellement inhumains !
— J’ai entendu dire qu’il s’agissait d’hologrammes.
— C’est un très vieil appareil utilisé dans le théâtre, oui. Maintenant que j’en ai vu l’effet, j’apprécie que nos comédiens se contentent de se maquiller ou tout au plus de porter des masques. Ces hologrammes sont inquiétants, anormaux, même. » Elle glissa une main sous la chemise d’Elemak et lui toucha la peau. Le geste l’émut et il trembla. « Comment un hologramme pourrait-il réagir ainsi ? murmura-t-elle. Comment peut-on supporter d’être aussi… comment dire ? aussi irréel ?
— J’imagine que ceux qui les portent sont tout à fait réels, eux. Et ils peuvent vous faire des grimaces sans être vus. »
Eiadh éclata de rire. « Mais comment les spectateurs pouvaient-ils saisir les expressions d’un comédien avec un appareil comme ça ?