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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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Aussi je ne sais par quelle association d’idées ce premier chapitre d’un roman enfantin qui, jamais sans doute ne devait avoir un dénouement, la reportait à la pensée de sa mère.

Elle ne savait rien; elle n’avait rien vu et d’ailleurs les jeunes filles ne rient pas volontiers des naïvetés qui se trouvent dans les déclarations des lycéens. La première missive de M. le comte Hector de Sabran avait été apportée, en grand mystère, à Saphir, le lendemain de la fameuse représentation, par un malheureux enfant qui nettoyait les quinquets du théâtre; elle ressemblait un peu à la seconde qui ressemblait beaucoup à la troisième, et toutes les trois disaient à la jeune fille qu’elle était belle, charmante, adorable, qu’on l’aimerait à deux genoux, qu’on n’aurait jamais d’autre femme qu’elle.

La troisième contenait le portrait de monsieur Hector, et nous savons que ce jeune gentilhomme n’était pas du tout un menteur, puisqu’il avait fait dans les formes au ménage Canada la demande de la main de mademoiselle Saphir.

Celle-ci n’avait éprouvé aucune espèce de scrupule à recevoir et à lire les lettres; l’envoi de la photographie l’avait surtout enchantée. Elle n’avait pas remarqué monsieur Hector à la représentation, mais sur le papier il lui plaisait au possible.

Ce fut tout pour le moment, mais il y avait trois ans de cela, et mademoiselle Saphir, qui avait revu Hector une fois, relisait encore les lettres en contemplant le portrait. Le portrait avait embelli.

Et pourtant ce joli monsieur Hector avait donné en quelque sorte le signal d’une ère nouvelle. Comme si beaucoup de gens eussent pris à tâche de l’imiter, à dater de ce moment et tout le long de ces trois années, mademoiselle Saphir avait reçu des quantités incalculables de billets doux et même de madrigaux rimes à la provinciale.

Le ménage Canada n’était pas sans être flatté par cette averse de déclarations. Échalot et sa compagne se disaient: avec les principes qu’on lui avait donnés, elle ne fera pas la cabriole, et l’empressement de la jeunesse autour d’elle est d’un bon augure pour la facilité subséquente de son mariage sérieux.

Mademoiselle Saphir, elle, lisait quelquefois la première ligne des billets doux, mais rarement la seconde et n’allait jamais jusqu’à la signature.

– Hector m’a déjà dit tout cela, pensait-elle.

Et chaque amoureux nouveau lui faisait penser à Hector.

Il y avait dans l’une des missives d’Hector une de ces phrases banales que les jeunes filles prennent à la lettre:

«Quand même un sort cruel, disait le collégien, nous séparerait pendant des années, votre souvenir vivrait toujours dans mon cœur et jamais je ne cesserais de vous adorer.»

Le sort cruel ne les avait réunis qu’une fois depuis trois ans. Ce à quoi s’était occupé le cœur de monsieur Hector pendant ces trois ans, je ne saurais vous le dire, mais il est certain qu’aujourd’hui, par cette tiède et lumineuse soirée d’été, mademoiselle Saphir avait des larmes dans les yeux en contemplant la photographie de monsieur Hector.

Ses lèvres roses, qui s’entrouvraient comme le calice d’une fleur, laissaient tomber des paroles dont elle n’avait point conscience.

Elle disait:

– Paris! si je retrouvais ma mère à Paris, et s’il connaissait ma mère! car c’est un comte et ma mère est peut-être une grande dame.

La route de Versailles à Chartres, dans un paysage remarquablement beau, passe sous l’aqueduc de Maintenon, et tout de suite après rencontre une large allée qui conduit en forêt.

Saphir ne regardait pas le paysage. Il est diverses sortes de natures poétiques, ou plutôt l’élément poétique se modifie avec le temps chez les mêmes natures. Saphir n’en était pas encore aux émotions que fait naître la vue d’une belle campagne. Saphir restait prise par les lettres et par le portrait.

Tout à coup un grand bruit de roues se fit dans l’avenue qui descendait en forêt, et juste au moment où l’arche Canada passait au trot solennel de ses percherons, une élégante calèche découverte tourna au galop l’angle de la route.

Dans la calèche, qui portait un écusson timbré de la couronne ducale, il y avait une femme jeune encore et d’une beauté si attrayante que Saphir, pour l’avoir seulement entrevue, bondit à la fenêtre de son réduit.

Auprès de la jeune femme emportée par le galop de ses chevaux et qu’on n’apercevait plus déjà que par-derrière, donnant ses cheveux blonds au vent sous l’abri de son ombrelle blanche, s’asseyait un homme d’un certain âge à la figure fortement basanée, qui se tenait immobile et droit. Ses cheveux très noirs et sa barbe de même couleur étaient chinés de plaques grisonnantes.

Saphir vit tout cela et le remarqua je ne sais pas pourquoi. Elle ne l’aurait pas si bien remarqué si son regard fût tombé tout de suite sur un beau et fier jeune homme à cheval qui caracolait de l’autre côté de la calèche, causant et riant avec la grande dame.

Dès que mademoiselle Saphir eut aperçu ce jeune homme, elle ne vit plus rien; sa joue devint pâle comme le marbre, ses mains blêmies se joignirent et elle tomba faible sur ses genoux en balbutiant:

– Hector! c’est Hector!

C’était Hector, en effet, le comte Hector de Sabran.

Il accompagnait, sur la route de Paris, M. le duc et Mme la duchesse de Chaves.

XIX Le marquis Saladin

Saladin n’avalait plus de sabres autrement qu’au figuré. Il avait fait ses débuts sur ce grand théâtre où depuis si longtemps il rêvait sa place marquée. Il était – négociant – à Paris.

Les négociants comme lui abondent tellement dans la capitale des civilisations modernes que j’éprouve une sorte de pudeur à spécifier le commerce qu’il faisait.

Il était faiseur comme Mercadet, mais faiseur d’assez bas étage, et n’avait pu jusqu’à présent percer sa coque de coulissier.

Il était connu, pourtant, trop connu aux abords de la Bourse et devant le passage de l’Opéra, où ce Marseillais qui classe les petits loups-cerviers disait de lui:

– Il a du bagou, du feu; il piaffe bien, mais on dirait toujours qu’il avale des sabres.

Ce Marseillais a donné des surnoms à trente ou quarante diplomates véreux dans Paris. C’est sa spécialité. Le sobriquet d’avaleur de sabres, d’autant plus curieux que personne, sur le boulevard, n’avait connaissance de l’ancien métier de monsieur le marquis, lui resta.

J’avais oublié de dire que Saladin, par une de ces maladresses qui gâtent les habiletés de théâtre et de province, s’était fait marquis.

C’était de trop. Un marquis brocanteur n’inspire de confiance que quand il escamote des millions.

Et Saladin n’en était pas là. Il opérait petitement, demeurait au cinquième étage et n’avait qu’un seul luxe: son valet de chambre.

C’était un valet de chambre assez laid et déjà vieux qui traînait sa livrée trop mûre dans tous les cabarets borgnes du quartier Montmartre. Il était beau parleur, presque autant que son maître, dont il racontait la romanesque histoire à tout venant.

Le jeune marquis de Rosenthal était, selon son éloquent valet de chambre, le rejeton d’une antique famille d’Allemagne. La description du château à tourelles, à donjon et à pont-levis, où monsieur le marquis avait reçu le jour, durait dix minutes.

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