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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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«Au Mans, capitale du département de la Sarthe, nous donnâmes un nombre de représentations très suivies, remplaçant l’avalage et autres exercices démodés par une gymnastique plus en faveur, telle que trapèze et marche au plafond, le tout compliqué par deux vaudevilles dont nous avions la troupe assortie, capable de les jouer très convenablement.

«Le lundi de la Pentecôte, il vint un homme en bourgeois qui nous proposa de louer notre salle tout entière pour une institution, ou collège, tenue par des abbés et où étaient des jeunes gens nobles de la localité. On nous invita à ne montrer que des tableaux dignes de cette jeunesse vertueuse, et sur ce que ma compagne demanda si les abbés désiraient voir mademoiselle Saphir, le monsieur répondit:

«- C’est pour elle que se fait la partie.

«Voilà donc qui est bien, nous épluchons les vaudevilles et nous donnons une représentation à laquelle les petites demoiselles de la première communion auraient pu assister.

«Si bien que le directeur du collège vint nous en faire des compliments distingués à la fin du spectacle. Mais vous allez voir.

«Vers onze heures avant minuit, comme tout notre monde était en train de se coucher, voilà qu’on frappe à la porte de la baraque.

«- Qui va là? demanda madame Canada.

«- Le comte Hector de Sabran, répondit une jolie petite voix qui essayait de se faire bien mâle, mais qu’on eût dit appartenir à une demoiselle.

«- Et qu’est-ce que vous voulez? demanda encore ma compagne.

«- Je veux parler au directeur pour une affaire importante.

«Amandine ouvrit à tout hasard; nous n’avions ni à craindre les voleurs, ni à redouter une visite; nous étions installés comme des princes.

«On fit entrer monsieur le comte Hector de Sabran dans notre chambre à coucher, et quoiqu’il fût en habit de ville, je reconnus en lui du premier coup d’œil un des élèves du collège ecclésiastique.

«C’était un beau petit homme de dix-sept à dix-huit ans, campé comme un jeune premier des meilleurs théâtres, joli à croquer, et pas trop déconcerté pour la circonstance.

«- Monsieur le directeur, me dit-il en tenant la tête haute mais avec un pied de rouge sur la joue, je suis le plus fort élève en gymnastique de toute l’institution; je fais mieux le trapèze que votre bonhomme, et si vous me voyiez exécuter au tremplin le saut périlleux double, ça vous ferait plaisir. Je ne suis pas content de mes professeurs; je me destinais à l’École polytechnique, mais j’ai changé d’avis. Je suis orphelin; dans quatre ans, je serai maître de ma fortune; je vous propose de m’engager chez vous, et comme j’ai l’honneur d’être gentilhomme, au lieu de recevoir des appointements, c’est moi qui vous en donnerai.

«Cette dernière phrase fut débitée d’un véritable ton de grandeur.

«Le lecteur peut rire s’il veut, mais il arrive des choses pareilles en foire, et tout le monde ne s’y conduit pas avec la même délicatesse que moi et madame Canada.

«J’interrogeai le jeune homme avec adresse et je n’eus pas de peine à découvrir qu’il était passionnément amoureux de notre chère fille, dont il nous demanda même la main honnêtement.

«Madame Canada me pinça le bras et me dit à l’oreille:

«- Voilà le bal qui s’entame! Désormais ils vont tous venir à la file et ça n’en finira plus!

«Moi je songeais avec une douce mélancolie aux premiers battements de mon jeune cœur dans les temps jadis. L’adolescence m’intéresse et si j’avais pu espérer que le comte Hector de Sabran serait devenu par la suite l’époux légitime de mademoiselle Saphir, j’aurais éprouvé de la satisfaction à favoriser son amour en tout bien tout honneur.

«Mais pas de danger! J’ai vu aux théâtres du boulevard trop de pièces historiques, tirées des archives et autres, où les nobles abusent de la vertu des chastes jeunes filles du peuple.

«Je répondis à monsieur le comte avec politesse mais fermeté que mes principes ne me permettaient pas d’accueillir son offre.

«Comme il essayait de me séduire avec douze louis qu’il avait, sa montre en or et une pipe d’écume, montée semblablement du même métal, je le pris par le bras et, me servant de ma force supérieure, je le reconduisis jusqu’à son institution.

«Amandine m’approuva quoiqu’elle convînt avec moi que ce jeune comte était joli homme et qu’il eût fait un fier mari pour notre trésor, par la suite.

«La jeunesse du temps présent est astucieuse et apprend de bonne heure ce que parler veut dire. Je ne sais comment monsieur le comte Hector de Sabran s’y prit, mais mademoiselle Saphir reçut plusieurs lettres de lui et je la surpris une fois contemplant un portrait qui était, ma foi, fort ressemblant, où je reconnus la moustache naissante de monsieur le comte.

«Nous quittâmes Le Mans, et comme bien vous pensez ce fut une affaire finie.

«Il y a déjà du temps de cela, et présentement nous sommes en route pour Paris.

«Ce sera notre dernière campagne. Quand Paris aura vu mademoiselle Saphir, nous l’établirons de manière ou d’autre. Moi et madame Canada, nous sommes bien déterminés à donner notre démission générale d’artistes, afin de remuer ciel et terre pour retrouver les parents de l’enfant s’ils sont en vie, ou qu’elle connaisse au moins leurs tombes s’ils sont morts.

«Nous avons des moyens pour ça outre la marque dont j’ai parlé déjà qui est une précaution de la destinée.

«Mais si la chose manquait, ça n’empêcherait pas la jeune personne d’avoir un nom et une aisance. Moi et Amandine, nous avons nourri un projet enfanté dans nos insomnies et qui s’exécutera, s’il est corroboré par la consultation d’un homme de loi. C’est d’aller à l’autel cimenter une liaison à quoi ne manque que le légitime. On a droit de mentionner sur les registres qu’on reconnaît son enfant préalable. Notre enfant est mademoiselle Saphir.

«En cas de décès ou introuvabilité des vrais parents, ça serait encore un pis-aller qui contenterait bien du monde, car nous avons plus de trente mille écus de côté, et on quitterait le nom de Canada, galvaudé en foire, pour prendre celui d’Échalot, plus propre au commerce et à l’industrie.

«Voilà, on se fait vieux, on joue de son reste, mais moi et Amandine on est unanime pour vouloir que notre dernière apparition dans Paris éblouisse la capitale. Nous en avons les moyens et rien ne sera négligé dans le but de laisser un souvenir célèbre parmi les artistes en foire. J’ai l’affiche toute prête à coller en ces termes:

«Mademoiselle Saphir, première danseuse du prestige d’élévation, supérieure à madame Saqui dans un genre nouveau, renonçant à ses succès de province après fortune faite, a bien voulu, d’après la demande générale des amateurs, donner, à Paris, douze représentations seulement, après quoi, prenant définitivement sa retraite à l’âge inusité de quinze ans passés, elle disparaîtra comme un météore.»

Fin des mémoires d’Échalot Échalot, que nous vîmes dans un autre récit réduit à cette extrémité de faire vacciner son nourrisson Saladin pour avoir trois francs à la mairie, ne se vantait point aujourd’hui: il avait bien réellement mis de côté plus de cent mille francs et son établissement, roulant vers Paris, excitait partout l’admiration sur son passage.

C’était un monument. Le pauvre bidet Sapajou, décédé à la peine, au temps de l’ancienne et misérable baraque, était remplacé par trois magnifiques chevaux de roulage qui traînaient une gigantesque voiture haute et large comme quatre omnibus. Sur le devant il y avait un vaste cabriolet où madame Canada, pomponnée de la façon la plus cossue, jouissait des agréments de la route en compagnie de son Échalot et des principaux patriciens de sa troupe.

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