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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Elle le lâcha à regret. Elle le sentait solide et chaud. Fait de chair humaine. Sticky rit en la voyant osciller de la sorte. « Qu’est-ce qui ne va pas ? Onc’ David vous file plus rien ou quoi ? »

Laura rougit. « Votre mère ne vous a donc pas appris à ne plus jouer les sales machos ? J’arrive pas à le croire !

— Hé, répliqua doucement Sticky. Ma mère était une des nanas de Winston, sans plus. Y claquait un doigt, a’sautait comme une crêpe. Pas le genre susceptible comme vous, vous savez. » Il s’accroupit sous un arbre, le dos au tronc, et cueillit une longue brindille. « Enfin… Vous ont flanqué une sacrée frousse, pas vrai ? » Il fit rouler la brindille entre ses doigts. « Y vous ont parlé de la guerre ?

— Un peu, oui. Pourquoi ?

— La milice est en alerte maximale depuis trois jours, dit Sticky. Connaissez les ragots… dans les casernes, on dit que les terroristes ont lancé un ultimatum à la banque. Qu’ils menacent de tout faire péter. Mais qu’on en a marre de payer des rançons. Alors, il semblerait qu’on va se mettre à faire parler la poudre.

— Les ragots de caserne… », dit Laura. Soudain, elle se sentit engoncée dans ce long tchador noir. Elle le passa par-dessus sa tête.

« Mieux vaut que vous gardiez la combinaison d’aviateur », avertit Sticky. Il y avait une lueur dans ses yeux. Il aimait bien la voir se déshabiller. « Disons qu’c’est un petit cadeau de ma part. »

Elle regarda alentour, le souffle court. Légère odeur moite de la forêt tropicale. Des cris d’oiseaux. La pluie. Le monde était toujours là. Quoi qu’il pût se passer dans la tête des gens…

Sticky piqua un nid de termites entre les racines de l’arbre. Il l’attendait.

Elle se sentait mieux à présent. Elle comprenait Sticky. Leur violente altercation quelques heures plus tôt avait pris un côté presque confortable – comme une étape nécessaire. Il la lorgnait maintenant – non plus comme un quartier de bœuf ou comme une ennemie mais avec ce genre de regard qu’elle était habituée à rencontrer chez les hommes. Il n’était pas si différent des autres jeunes gars. Un peu secoué, peut-être, mais un être humain. Elle se sentit soudain prise pour lui d’un brusque élan de camaraderie, se sentit presque prête à l’étreindre ; ou tout du moins l’inviter à dîner.

Sticky regarda la pointe de ses bottes. Il demanda, crispé : « Z’ont dit que vous étiez une otage ? Qu’ils allaient vous tuer ?

— Non, répondit Laura. Ils veulent nous engager. Qu’on travaille pour la Grenade. »

Sticky se mit à rire. « C’est bon. C’est vraiment bon. Elle est bien bonne. » Il se leva nonchalamment, heureux, comme délivré d’un grand poids. « Z’allez le faire ?

— Non.

— M’en doutais. » Puis, après une pause : « Vous devriez, pourtant.

— Pourquoi ne dîneriez-vous pas avec nous, ce soir ? proposa Laura. Peut-être que Carlotta pourra venir. On aura une bonne discussion tous ensemble. Tous les quatre.

— Faut que je surveille ce que je mange », dit Sticky. Incompréhensiblement. Mais cela avait un sens pour lui.

Sticky la déposa au manoir. David arriva une heure après. Il ouvrit la porte d’un coup de pied et déboula dans le hall, poussant des youpis et faisant sauter le bébé contre sa hanche. « Enfin chez soi ! Enfin chez soi… ! » Loretta en gazouillait d’excitation.

Laura attendait dans le séjour hideux en sirotant son second punch au rhum. « Mère de mon enfant ! s’exclama David. Où sont les couches et comment s’est passée ta journée ?

— Elles sont censées être dans le couffin.

— Je les ai finies. Seigneur, qu’est-ce qui sent si bon ? Et qu’est-ce que tu bois ?

— Rita m’a préparé un planteur.

— Eh bien, sers-m’en un verre. » Il disparut avec le bébé et le ramena, changé de frais, avec son biberon.

Laura soupira. « T’as passé une bonne journée, n’est-ce pas ?

— Tu ne croirais pas ce qu’ils ont là-bas », dit David en s’étalant sur le canapé, le bébé sur les genoux. « J’ai fait la connaissance d’un autre des Andreï. Je veux dire, il ne s’appelle pas Andreï mais c’est tout son portrait. Un Coréen. Un grand fan de Buckminster Fuller. Ils construisent d’imposantes arcologies en partant de rien ! Et pour rien ! Du béton de sable compacté et des galets… Ils coulent ces grillages métalliques dans l’océan, puis y font passer du courant ; résultat : de la matière commence à se déposer… du carbonate de calcium, d’accord ? Comme les coquillages ! Ils construisent comme ça des bâtiments au large. Avec du sable et du “béton de mer”. Et pas de problèmes de permis de construire… Pas d’études d’impact. Rien. »

Il engloutit ses trois grands doigts de rhum-citron vert, frissonna. « Sacrédieu ! J’en reprendrais bien… Laura, c’est le truc le plus dingue que j’aie jamais vu. Des gens vivent là-dedans. Certains sont même sous l’eau… Impossible de dire où finissent les murs et où commence le corail. »

La petite Loretta agrippait son biberon avec avidité. « Et écoute bien ça : je me suis baladé là-bas en bleu de travail et personne ne m’a prêté la moindre attention. J’étais un Noir comme un autre, tu piges ? Même avec le vieux, humm… Bon Dieu, j’ai déjà oublié son nom, l’Andreï coréen… il m’offrait la visite guidée, mais c’était vraiment relax : j’ai pu tout voir.

— Ils veulent que tu travailles dessus ? demanda Laura.

— Mieux que ça ! Merde, ils m’ont offert un budget de quinze millions de roubles et donné carte blanche pour me lancer sur ce qui m’intéresse. » Il retira ses vidéoverres et les déposa sur l’accoudoir du canapé. « Bien entendu, j’ai dit rien à faire ! – pas question que je m’y installe sans ma femme et ma gosse – mais si on pouvait aménager une espèce de coopération avec Rizome, alors là, oui, d’accord. Je serais partant dès demain.

— Ils veulent aussi que je bosse pour eux, dit Laura. Ils sont préoccupés par leur image de marque. »

David la fixa puis éclata de rire : « Un peu, tiens ! C’est évident. Allez, merde, verse-m’en un autre. Et parle-moi de cette entrevue.

— Un truc bizarre, confia Laura.

— Ça, je veux bien le croire ! Bon sang, t’aurais dû voir où ils en sont, là-bas sur la côte. Ils ont des gosses de dix ans qui sont nés – je dis bien : nés – dans l’eau de mer. Dans ce qu’ils appellent des caissons de maternité… Les femmes qui sont à terme, tu vois… ils les installent dans ces cuves d’accouchement… Je t’ai parlé des dauphins ? » Il but une gorgée.

« Des dauphins ?

— T’as déjà entendu parler de l’acupuncture par laser ? Je veux dire, tout le long de la colonne vertébrale… » Il s’avança, secouant le bébé. « Oh ! pardon, Loretta. Il la passa sur l’autre bras. N’importe, je pourrai te raconter tout ça plus tard. Alors, t’as déposé, hein ? Ils étaient coriaces ?

— Pas exactement coriaces…

— S’ils veulent tant qu’on vienne chez eux, ça n’a pas dû se passer si mal.

— Eh bien… », commença Laura. Tout lui échappait. Elle se sentait gagnée par le désespoir. Impossible de lui dire ce qui s’était réellement passé… ce qu’elle avait cru voir passer… et surtout pas à l’antenne, face aux caméras d’Atlanta. Ils trouveraient bien un meilleur moment, plus tard. Certainement. « Si seulement on pouvait causer en privé… »

David fit la moue. « Ouais, c’est toujours chiant, d’être en ligne… Enfin, je peux toujours demander à Atlanta de nous transmettre l’enregistrement de ta déposition. On se la repassera ensemble, tu pourras me la commenter. » Un silence. « À moins qu’il n’y ait un truc que tu veuilles me dire tout de suite.

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