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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Rainey fit glisser la pipe de l’autre côté de la table. Louison la prit et l’alluma avec un briquet chromé puis il tira dessus bruyamment. La marihuana s’enflamma avec un sifflement rageur et des flammes bleuâtres dansèrent au-dessus du fourneau.

« Que brûle le pape ! » dit le général Creft.

La tête de Louison était couronnée de brouillard. Il souffla la fumée sur sa droite, par-dessus le siège vide de Stubbs. « À la mémoire d’un bon ami. » Il passa la pipe à Rainey. Celui-ci aspira bruyamment – la pipe bouillonna. « Le feu et l’eau », dit-il en la donnant à Gelli.

Gelli pompa avec enthousiasme puis se carra dans son siège. Il glissa la pipe à Laura. « Ne vous affolez pas, lui dit-il. Rien de tout cela ne se produit vraiment. »

Laura passa directement la pipe au général Creft. L’air était bleui de fumée sucrée. Creft aspira et souffla avec de grands soupirs d’hyperventilation.

Laura se tenait crispée au bord de son siège. « Je suis désolée de ne pouvoir me joindre à votre cérémonie. Cela me discréditerait comme partenaire dans la négociation. Aux yeux de ma compagnie. »

Rainey croassa de rire. Gloussements autour de la table.

« Ils n’en sauront rien, lui dit Gelli.

— Ils ne comprendront pas, dit Castleman, aspirant la fumée.

— Ils ne le croiront pas », dit Gould.

Le premier ministre se pencha ; ses lunettes miroitaient et ses médailles brillaient dans le noir. « Certains se préoccupent d’information, lui dit-il. Et certains de la notion de vérité. Mais d’aucuns s’occupent de magie. L’information vous submerge. Et la vérité coule vers vous. Mais la magie… elle vous transperce.

— Ce sont des trucs », dit Laura. Elle agrippa la table. « Vous voulez que je vous rejoigne… Comment puis-je me fier à vous ? Je ne suis pas magicienne…

— Nous savons ce que vous êtes », dit Gould comme s’il s’adressait à un enfant. « Nous savons tout de vous. Vous, votre Rizome, votre Réseau – vous croyez que votre univers embrasse le nôtre. Mais pas du tout. Votre univers est un sous-ensemble du nôtre. » Il claqua la table de sa paume ouverte – une véritable détonation d’arme à feu. « Voyez-vous, nous savons tout de vous. Mais vous ne savez absolument rien de nous.

— Peut-être une petite étincelle », intervint Rainey. Il se carra dans son siège, joignit le bout des doigts, les yeux plissés, rougissant déjà. « Mais vous ne verrez jamais l’avenir – l’avenir véritable – tant que vous n’aurez pas appris à ouvrir votre esprit. À discerner tous les niveaux…

— Tous les niveaux existant sous le monde, enchaîna Castleman. “Des trucs”, dites-vous. Le réel n’est rien d’autre qu’une accumulation de trucs. Retirez de devant vos yeux ces stupides lunettes noires et nous pourrons vous montrer… tant de choses… »

Laura se leva d’un bond. « Redonnez-moi le Réseau ! Vous n’avez aucunement le droit de faire ça. Reconnectez-moi immédiatement ! »

Le premier ministre rit. Un petit ricanement sec et fripé. Il posa sur la table la pipe fumante. Puis il se redressa, leva les deux mains dans un geste théâtral et se volatilisa.

Les directeurs de la Banque se levèrent comme un seul homme, repoussant leurs sièges. Tous riaient et hochaient la tête. En ignorant entièrement Laura.

Ils s’éloignèrent d’un pas tranquille, caquetant et plaisantant, et disparurent dans les ténèbres absolues de la galerie. La laissant seule sous la flaque de lumière, en compagnie des consoles éclairées et des tasses à café en train de refroidir. Castleman avait oublié son étui à cigarettes…

[« Ô mon dieu »], fit une voix calme à son oreille.

[« Ils se sont tous évanouis. Laura, êtes-vous toujours là ? Est-ce que vous allez bien ? »]

Ses genoux se dérobèrent. Elle se laissa quasiment choir dans son siège. « Madame Emerson, est-ce vous ? »

[« Oui, mon petit. Comment ont-ils fait ça ? »]

« Je ne suis pas sûre », dit Laura. Elle avait la gorge sèche, comme passée à l’émeri. Elle se versa un peu de café, en tremblant, sans se soucier de son éventuel contenu. « Que les avez-vous vus faire, au juste ? »

[« Eh bien… cela avait l’air d’une discussion parfaitement raisonnable… Ils disaient qu’ils appréciaient notre médiation, qu’ils ne nous reprochaient absolument pas la mort de Stubbs… Et puis soudain ceci. Vous êtes seule. L’instant d’avant, ils étaient assis et discutaient, et la seconde d’après, les sièges sont vides et l’atmosphère enfumée. »] Mme Emerson marqua un temps. [« Comme un truquage vidéo. Avez-vous vu la même chose, Laura ? »]

« Un truquage », répéta Laura. Elle but une gorgée de café chaud. « Oui… Ce sont eux qui ont choisi le lieu de la rencontre, n’est-ce pas ? Je suis sûre qu’ils ont dû le bricoler d’une manière ou de l’autre. »

Mme Emerson rit doucement. [« Oui, bien sûr. Ça m’a fait un coup… Durant un instant, j’ai eu peur que vous ne me disiez qu’ils étaient tous des personnages optimaux. Ah ! ah ! Quel numéro minable ! »]

Laura reposa délicatement sa tasse. « Comment… euh… comment m’en suis-je sortie ? »

[« Oh ! très bien, mon petit ! Vous étiez pareille à vous-même. J’ai bien avancé deux ou trois suggestions mineures au micro mais vous sembliez distraite… Rien de surprenant, d’ailleurs, lors d’une entrevue de cette importance… En tout cas, vous vous en êtes fort bien tirée. »]

« Oh ! Bien. » Laura leva les yeux. « Je suis sûre que si je pouvais atteindre ce plafond et creuser un peu derrière ces lampes, je trouverais des hologrammes ou je ne sais quoi. »

[« À quoi bon perdre votre temps ? »] gloussa Mme Emerson. [« Et gâcher cette bien innocente touche de spectaculaire… J’ai remarqué que David ne s’était pas ennuyé non plus… Ils ont essayé de le recruter ! Nous nous y attendions. »]

« Qu’a-t-il dit ? »

[« Il a été très poli. Il s’en est bien sorti, lui aussi. »]

Elle entendit des pas. Sticky surgit de l’obscurité.

« Allons bon, fit-il. Je vois qu’on se remet à causer dans le vide. » Il se laissa négligemment tomber dans le siège de Gelli. « Ça va, z’êtes sûre ? Z’avez l’air un rien pâlotte. » Il lorgna, l’air curieux, l’un des écrans. « Vous ont donné du fil à retordre ?

— C’est des durs à cuire, répondit Laura. Vos patrons.

— Eh bien, ce n’est pas non plus un monde facile… » Sticky haussa les épaules. « Vous devez avoir envie de retrouver votre bébé… J’ai la jeep qui attend sur le toit… allons-y. »

Les balancements de la descente depuis la tour lui retournèrent l’estomac. Elle se sentait verdâtre et pâteuse dans les lacets pour rejoindre la côte. Il conduisait bien trop vite, les collines romantiques et escarpées tressautaient à chaque cahot, comme un mauvais décor de fond. « Moins vite, Sticky. Sinon je vais vomir. »

Sticky prit un air alarmé : « Pourquoi pas me l’avoir dit ? Sapristi, on va s’arrêter. » Il quitta la route pour se garer à l’abri de quelques arbres puis coupa le moteur. Il prévint le soldat : « Toi, tu restes ici. »

Il aida Laura à descendre. Elle se pendit à son bras. « Si je pouvais simplement faire quelques pas… » Sticky la conduisit à l’écart de la jeep, inspectant à nouveau le ciel, par réflexe.

Une légère ondée frémissait dans le feuillage au-dessus d’eux. Sticky s’étonna : « Qu’est-ce qui se passe, que vous vous accrochiez comme ça ? Vous avez pris les pilules de Carlotta ou quoi ? »

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