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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Nous vous savons gré de cette position, dit M. Gould. Établir légalement la preuve dans un meurtre commis à distance est, bien entendu, passablement difficile… Êtes-vous déjà allée à Singapour ?

— Non. Rizome y entretient un fonctionnaire mais…

— Vous avez eu l’occasion de voir ce que nous faisons ici, sur notre île. Je pense que vous comprenez à présent que nous ne sommes pas les monstres que l’on a dépeints. »

Le visage mince du général Creft se plissa, révélant une rangée de crocs étincelants. Il lui souriait, ou du moins essayait. Castleman gigota en grognant et se mit à pianoter sur ses touches de fonction.

« Un voyage à Singapour pourrait vous éclairer, suggéra Gould. Cela vous intéresserait-il de vous y rendre ? »

Laura ne répondit pas tout de suite. « À quel titre ?

— Au titre de négociatrice. Comme déléguée de la Banque unie de la Grenade. » M. Gould tapa sur son clavier. « Permettez-moi d’observer, dit-il en consultant son écran, que Rizome opère dans le cadre d’un certain nombre de contraintes légales. Il est fort probable que la convention de Vienne ne va pas tarder à suspendre définitivement l’enquête menée par Rizome. » Il leva les yeux sur elle. « À moins de nous rejoindre, madame Webster, vous ne connaîtrez jamais la vérité sur l’identité de vos assaillants. Vous serez obligée de réintégrer votre Loge criblée de balles, sans savoir qui était votre ennemi, ni s’il frappera de nouveau… »

M. Rainey prit la parole. Il avait l’accent traînant d’un petit Blanc de Floride du siècle passé. « J’ai cru comprendre que vous savez que nous détenons quantité de données sur vous et votre mari. Ce n’est pas une décision soudaine de notre part, madame Webster. Nous connaissons vos capacités – nous avons même vu le travail que vous avez accompli, dans le refuge où nous avons assuré votre protection. » Il sourit. « Nous aimons votre attitude. En un mot comme en cent, nous croyons en vous. Nous savons comment vous avez dû vous battre au sein de Rizome pour avoir une chance de bâtir votre Loge et mettre vos idées en pratique. Avec nous, vous n’auriez pas à livrer un tel combat. Nous savons laisser travailler les gens créatifs. »

Laura effleura son écouteur. Silence complet sur la ligne.

« Vous m’avez coupée d’avec le Réseau. »

Rainey ouvrit les mains, et sa gourmette en or accrocha la lumière. « Cela semblait plus sage.

— Vous voulez me faire déserter ma compagnie.

— Déserter – mon Dieu, quel horrible terme ! Nous voulons que vous nous rejoigniez. Et votre mari David aussi. Nous pouvons vous assurer tous les deux d’un soutien dont le niveau pourrait vous surprendre. » D’un signe de tête, Rainey indiqua l’écran d’ordinateur devant lui. Un relevé financier était en train de s’y inscrire. « Bien sûr, nous sommes au courant de votre poids financier personnel. Nous avons été surpris de constater que, en dehors de Rizome, vous ne possédez quasiment rien ! Certes, vous détenez des titres, mais tout ce que vous avez construit ne vous appartient pas en propre – vous le gérez simplement au nom de votre entreprise. Je connais des plombiers avec un meilleur salaire que le vôtre. Mais il en va autrement ici. Nous savons nous montrer généreux.

— Vous semblez apprécier la maison de la plantation, observa Gould. Elle est à vous… Nous pourrions signer l’acte de cession dès aujourd’hui. Vous pourrez engager votre propre personnel, bien entendu. Pas de problème pour les déplacements : nous mettrons un hélico et son pilote à votre disposition. Et je puis vous garantir que vous serez bien mieux protégés par la sécurité de la Banque que vous ne pourrez jamais l’espérer de retour aux États. »

Laura jeta un œil sur l’écran devant elle : un choc soudain – c’était de millions qu’ils étaient en train de parler. De millions de roubles de la Grenade, réalisa-t-elle. Un sacré paquet. « Je n’ai rien à vous offrir qui vaille cette somme, remarqua-t-elle.

— Nous avons une bien mauvaise image de marque auprès du public, constata tristement Gould. Nous avons tourné le dos au Réseau, ce qui nous a valu d’être calomniés. Réparer ces dégâts devrait être votre tâche à longue échéance, madame Webster – cela devrait convenir à vos talents. À court terme, nous avons cette crise avec Singapour. Nos deux banques rivales ne peuvent pas se sentir. Mais l’escalade n’est une solution pour personne. Et vous êtes la candidate idéale pour offrir une proposition de paix.

— Pure comme neige », murmura M. Castleman en contemplant la surface polie de son étui à cigarillos en or. Il l’ouvrit d’un geste et en alluma un nouveau.

« Vous jouissez effectivement auprès de Singapour d’une crédibilité qui fait défaut à notre ambassadeur », expliqua M. Gould. L’indiscrétion de Castleman avait fait naître en lui un bref rictus irrité.

« Je ne peux décemment pas vous donner de réponse sans en avoir auparavant discuté avec ma compagnie, dit Laura. Et avec mon mari.

— Votre mari semble apprécier l’idée, dit Gould. Bien sûr, nous avons déjà abordé la question avec lui. Cela affecte-t-il votre réflexion ?

— Ma compagnie va fort mal prendre que vous ayez coupé ma liaison, dit Laura. Ce n’était pas dans notre accord.

— Nous ne vous avons pas totalement coupée, rectifia Castleman. La liaison est toujours en service mais nous l’alimentons avec une simulation… » Ses doigts boudinés dansèrent dans les airs. « Banal travail de synthèse graphique : pas de décor, juste de la lumière, un fond noir, un plateau de table et des têtes qui parlent. Rien de tout cela n’existe, voyez-vous. Cela fait déjà un certain temps que nous n’existons plus. »

Gelli rit nerveusement.

« Dans ce cas, je clos cette séance de notre commission d’enquête, dit M. Gould. Vous auriez dû me prévenir, Castleman.

— Désolé, dit paresseusement l’interpellé.

— Je veux dire que j’aurais officiellement clos la procédure d’enquête, avant que nous décrochions pour lancer notre offensive de recrutement.

— Je suis désolé, Gould, vraiment, dit Castleman. Vous savez que je n’ai pas votre flair pour ce genre de chose.

— Mais à présent nous pouvons raisonner ensemble », intervint Rainey, l’air soulagé. Il se pencha pour saisir quelque chose sous la table. Il se redressa, tenant un narguilé rastafari en bambou tacheté, doté d’un bol incurvé en corne de bélier et noirci par un épais dépôt collant de résine. Il avait l’air vieux de mille ans, enveloppé comme une momie sous ses bandelettes de cuir et ses pendeloques de cordelette tressée. « Son Excellence se joindra-t-elle à nous ? demanda Rainey.

— Laissez-moi vérifier », dit Castleman. Il tapa rapidement sur son clavier. L’éclairage décrut, prenant un ton ambré.

Rainey laissa tomber sur la table un sac en plastique et tira le coulant de fermeture avec un sifflement. « Le pain de l’Agneau ! » exulta-t-il en exhibant une poignée d’herbe verte coupée. Il entreprit de bourrer la pipe d’une main vive et preste.

Le premier ministre était assis au bout de la table. Un petit homme noir avec des verres fumés, vêtu d’une vareuse militaire à col montant. Il s’était matérialisé, venu de nulle part.

« Bienvenue à la Grenade », lança-t-il.

Laura écarquilla les yeux.

« Je vous en prie, ne vous inquiétez pas, madame Webster, dit le premier ministre Louison. Cette entrevue n’a rien d’officiel. Nous réfléchissons souvent ensemble de cette manière. Dans le sacrement de la méditation. »

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