Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Les visages uniformisés des pantins-avatars n’exprimaient aucune émotion et montraient encore moins un quelconque mouvement des lèvres lorsque l’on parlait. Au début, ça compliquait un peu les choses pour discuter, mais on s’y faisait rapidement.
« Idem chez moi, répondis-je. Le néant absolu. À croire que tous les techs ont décidé de bichonner ce foutu rafiot ! »
Jamais je ne me serais laissé aller à parler ainsi du Saint-Michel en public. L’Infocosme du Nod2 me semblait être un endroit si sécurisant que j’y relâchais ma vigilance. Nous avions souvent discuté avec Pascal de l’hypothèse que les conversations des pupitreurs soient écoutées jusqu’à l’intérieur du bioStruct, mais la conclusion était toujours que – principalement pour des raisons techniques – c’était assez improbable.
« Tout à l’heure, j’ai vu ce lèche-cul de Maurin au-dessus du champ des ponts C, reprit Pascal. Ce crétin était parti en vrille sur lui-même comme un débutant. Après quatre mois de pratique, il est toujours incapable de se déplacer correctement dans l’Infocosme ! »
Le seul bio-informaticien non inerme du Diamant était l’un des plus abominables fayots que j’aie jamais rencontrés. Il ne perdait pas une occasion de passer la brosse à reluire avec Harbert, le flattant outrageusement ou mentant sur ses propres performances. « Il y a fort à parier qu’il s’est fait pistonner pour obtenir ce poste, sinon je ne vois vraiment pas sur quels critères il aurait été retenu.
— Comment ? fit Pascal d’une voix innocente. Tu veux dire que notre hiérarchie serait capable d’embaucher des techniciens incompétents par cooptation ?
— Grand Dieu, j’espère bien que non ! répondis-je en mimant une pose scandalisée avec mon avatar. Ce serait une accusation très grave. »
Pascal s’esclaffa, et sa marionnette virtuelle fut agitée d’étranges soubresauts.
« Au fait, je ne t’ai pas vu ce matin au lever, dit-il. Tu étais déjà parti quand ils ont sonné le réveil.
— Visite médicale obligatoire.
— Ah, je n’étais pas au courant.
— Ils préviennent toujours les inermes à la dernière minute, tu le sais bien. Je pense que tu y auras droit aussi dans les jours qui viennent.
— Je vois le tableau d’ici : « Êtes-vous en bonne santé ? », « Oui », « Très bien, au suivant. »
— Tu n’es pas très loin de la vérité. Ils font ça surtout pour se donner bonne conscience et pour détecter les maladies contagieuses. Notre santé, ils s’en foutent pas mal, je pense. »
Pascal hocha la tête en signe d’assentiment. Sa marionnette jeta un long coup d’œil circulaire aux brins de données environnants. Comme d’habitude, la lolita ondulante qui lui servait de symbole de reconnaissance attira mon regard, ce qui ne manquait jamais de m’agacer.
« Donc si tu es parti très tôt, tu n’as pas entendu les nouvelles du matin sur l’Intra ? reprit Pascal.
— Non.
— À propos de cette femme qu’on a retrouvée morte aux buanderies hier. L’enquête a été officiellement classée.
— Diable. Si vite… Ils prennent des risques. »
La marionnette de Pascal inclina la tête de côté.
« Que veux-tu dire ?
— S’ils ne se donnent même pas la peine de faire une pseudo-enquête, c’est que quelque chose les gêne vraiment. Ils veulent que les hommes oublient cette histoire le plus vite possible, quitte à prendre le risque de créer quelques remous.
— Tu penses que c’est la Legio Sancta qui a dérapé ?
— Je ne sais pas… Ou alors un personnage important avait décidé de s’amuser un peu avec elle et ça a viré au drame. Ils veulent peut-être protéger quelqu’un.
— Un viol ? Qui se terminerait avec une immolation par le feu ? Ça me paraît un peu tordu comme hypothèse.
— Qu’en penses-tu, toi ?
— Je sais ce que tu trouves ça ridicule, répondit Pascal prudemment, mais cette histoire de Foudroyeur commence à m’intriguer sérieusement. »
Je fis osciller de gauche à droite la tête inexpressive de mon pantin pour signifier ma consternation : « Allons, ne me dis pas que tu t’intéresses encore à cette fable pour simplets !
— Aussi étrange soit-elle, cette fable a le mérite de correspondre correctement aux événements.
— Évidemment qu’elle y correspond puisqu’elle a été inventée pour ça ! Une espèce de démon qui se trimbalerait la nuit dans les coursives vides du Saint-Michel en foudroyant à mort toute personne qui aurait le malheur de le croiser. C’est confondant de stupidité. Un simple croque-mitaine pour demeurés.
— Alors, je dois être demeuré, car je trouve ça crédible. »
Je me mordis les lèvres. Je savais que je devais faire attention à ce que je disais avec Pascal afin d’éviter de froisser sa nature soupe au lait.
« J’ai fait ma petite enquête, reprit-il, et j’ai appris que durant les premiers jours, peut-être même pendant les embarquements, deux personnes étaient déjà mortes dans des conditions similaires. On les avait retrouvées dans un conteneur près des ponts intercepteurs.
— Conditions similaires. C’est-à-dire ?
— C’est-à-dire : carbonisées. L’enquête avait conclu à une défaillance du transformateur haute-pression du conteneur – ce qui est un non-sens technologique – et l’info était passée inaperçue dans la confusion des premiers jours.
— Et d’après toi, c’est suffisant pour accepter cette légende du Foudroyeur comme une hypothèse sérieuse ?
— Non, mais trois autres cas de mort violente par électrocution ont été signalés depuis, dont deux la nuit. J’ai aussi appris que certains auraient aperçu la nuit une sorte de créature fantomatique en bure noire parcourant les coursives, dans des zones peu fréquentées du navire. »
Je n’en revenais pas d’entendre mon ami, d’ordinaire absolument cartésien, tenir un discours dicté par la plus banale crédulité.
« Hmm, ça fait beaucoup de conditionnel tout ça, marmonnai-je prudemment.
— Certes, mais si ce Foudroyeur existait vraiment – quoi que cela puisse être – c’est de cette manière qu’on apprendrait son existence. Ce que je veux dire, c’est que si un détraqué se baladait la nuit dans le vaisseau en tuant les gens par électrocution massive, les informations qu’on aurait là-dessus auraient forcément l’air d’une légende stupide, non ?
— D’accord, mais c’est une explication un peu trop compliquée à mon goût.
— En as-tu une meilleure ?
— Un véritable démon ?
— Arrête de me charrier.
— Peut-être un autre groupe de contestataires ? Comme celui auquel tu appartiens, sauf qu’ils auraient décidé de ne pas s’en tenir à un journal clandestin, mais de passer à l’action violente. »
Pascal ne répondit pas immédiatement. Son pantin était imperturbable.
« J’y ai pensé, finit-il par avouer. J’ai même fait marcher notre réseau de renseignement sur cette idée. Sans résultat. Si c’est ça, ils sont sacrément discrets.
— Surtout, pourquoi s’en prendraient-ils à une femme du commun comme cette Mennecy ?
— C’est curieux en effet. Peut-être menait-elle une double vie ? Ou alors, c’est une erreur. Peut-être que quelqu’un d’autre était visé.
— On peut aussi envisager qu’il s’agisse d’une mouvance dure des ultras, une frange intégriste au dernier degré qui aurait décidé de s’en prendre aux gens à la moralité douteuse. D’après ce que j’ai entendu dire, cette Mennecy semblait être une fille légère. Peut-être s’est-elle involontairement attirée les foudres d’un groupe d’obsédés de la vertu ?