Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
— Pourquoi ne l’avez-vous pas abandonné selon les procédures légales ? demanda Pichot, cela vous aurait évité cette manipulation monstrueuse.
— Mon épouse et moi désirions garder un œil sur lui, sur son éducation. C’était notre petit-fils, après tout. Vous connaissez comme moi la rigidité des services qui placent les enfants abandonnés.
— Dites plutôt que vous vouliez tout contrôler, monsieur Pascoli, la vie de vos proches et l’éducation d’un enfant que vous aviez rejeté, répondit Pichot.
Le vieux se raidit. Il répliqua d’un air contrarié :
— Je pense que je vous ai dit l’essentiel, le reste ne vous concerne pas. Il ne vous appartient pas de nous juger.
Le procédurier ne cachait pas le mépris qu’il éprouvait à l’égard des combines du vieillard et il lui parla rudement :
— Vous oubliez qu’il nous manque un détail, justement, nous n’avons pas l’adresse de votre petit-fils et de ses parents adoptifs.
— Il y a six mois à peu près, nous avons reçu un coup de fil de Nicolas. C’était la première fois que nous entendions sa voix. Il nous a tenu des propos étranges, confus. Sa mère adoptive avait fini par tout lui avouer, il se trouvait dans un état de nerfs incroyable et m’a insulté au téléphone.
— J’en aurais fait autant à sa place, dit Arrosteguy entre ses dents.
— Depuis, nous n’avons plus eu de ses nouvelles. J’ignore où il vit, ce qu’il fait, mais je vous ai écrit l’adresse de la famille adoptive sur ce papier, tenez.
Albert Pascoli ne semblait pas mesurer la gravité de ses propos, encore moins l’ampleur du drame qu’il avait orchestré, plus de trois décennies auparavant. Pas l’ombre d’un remords ne se dessinait sur son visage taillé à la serpe. Ses cheveux blancs coiffés en arrière dégageaient un front obstiné et des yeux magnifiquement éclairés d’une vitalité encore intacte. Il raccompagna les visiteurs et les salua avec des manières d’un temps révolu. En partant, Pichot lui lança :
— Attendez-vous à recevoir une convocation du juge rapidement.
Albert Pascoli ne répondit pas, mais son torse se cabra un peu plus et il releva fièrement le menton en soutenant le regard du chef de groupe. Escoffier fit part à ses collègues du sentiment de malaise dans lequel cette conversation le laissait.
— Complètement déjanté le vieux, conclut le procédurier.
Pichot prit le papier donné par le père Pascoli et lut l’adresse à voix haute :
— Micheline et Jean-Jacques Trouvé, 36, route de Meaux, Claye-Souilly.
— Il est fait l’animal, s’emballa Arrosteguy, nous tenons le lien avec Laurette Vanhoolt. S’il se trouvait dans les parages, chez ses parents adoptifs, quand la petite a été tuée, c’est notre homme. Cette fois, nous touchons au but, on va le coincer notre dessinateur de têtes à Toto.
— Je n’en suis pas si sûr, dit Escoffier d’une voix étrange.
— Oh ! fiston, tu sais que tu m’épuises avec tes airs de devineresse, fit le procédurier.
Escoffier arrêta la marche et confia ses dernières impressions.
— Nous progressons exactement comme l’assassin l’a envisagé, dit-il. Aucune de nos actions ne lui est inconnue.
Le procédurier regarda autour de lui puis dévisagea son coéquipier.
— Tu délires encore, mon garçon !
Escoffier continua :
— Évidemment, c’est inhabituel ce genre de comportement, cette intelligence dans le crime.
— Qu’est-ce qui ne va pas, Damien ? demanda Pichot, troublé.
— La perquisition chez les Trouvé va nous donner de solides informations. Dans quelques heures, une équipe de l’IJ fera les prélèvements d’ADN et les relevés d’empreintes papillaires. Nous connaîtrons bientôt de manière scientifique la composition des gènes de Nicolas Trouvé, la succession de chiffres qui la forment, les deltas, les boucles et les verticilles de ses empreintes digitales. La probabilité de trouver au hasard dans la population deux profils génétiques identiques est infime, comme vous le savez. Mais, nous allons bientôt réaliser que nous embrassons le vent. Quand le labo transmettra les résultats de l’ADN de Nicolas, nous comprendrons que nous traquons encore un fantôme. Car le tueur n’est pas Nicolas Trouvé contre toutes apparences. Vous connaissez l’anguille, ce poisson de forme allongée, à la peau visqueuse et glissante sous les doigts. Notre tueur est pareil à une anguille, souple et agile, rapide et imprévisible. Il ne se laissera jamais prendre, vous pouvez me faire confiance. Il préférera mourir. Le coupable ne peut pas être Nicolas Trouvé, le fils caché de Nadine Pascoli, ce serait beaucoup trop simple.
— Tu nous emmerdes avec tes divagations, Damien ! Nous sommes enfin sur une piste sérieuse, et tu viens tout foutre par terre. T’en n’as pas marre de cogiter tout le temps, de tout compliquer sans arrêt ?
— Je vous livre mes sentiments, c’est tout…
— Bon ! ça suffit. Fini la plaisanterie. En route vers Paris et point barre !
Dans la voiture qui les ramenait à la brigade, Pichot communiquait avec le commissaire pour définir la conduite à tenir dans les prochaines heures. Zellerman et trois coéquipiers, autorisation du juge en poche, s’apprêtaient à rendre visite au couple Trouvé, à Claye-Souilly. Arrosteguy au volant avait la tête des mauvais jours, lui non plus ne dormait plus beaucoup.
— Avez-vous remarqué autre chose ? risqua Escoffier de la banquette arrière.
— Quoi encore ?
— Le tueur agit toujours un jour de fête. Les premiers crimes ont été commis dans la nuit de Noël, Laurette a été tuée dans l’après-midi du premier jour de l’année, je me demande si tout cela a un sens.
Le procédurier rétorqua :
— Si c’est le cas, on est tranquilles jusqu’à Mardi gras ou la saint-glinglin.
— Tant qu’il ne tue pas les soirs de pleine lune ! renchérit Pichot.
Jusqu’à la brigade, Escoffier ne pipa plus mot, absorbé dans ses pensées. Il songeait à Sentenac et à ses théories de correspondances parfois incroyables entre les gens et leurs patronymes. Le fils perdu de Nadine Pascoli avait pris le nom de ses parents adoptifs, Trouvé, quelle amusante coïncidence, se disait-il. Mais il jugea inutile d’en faire part à ses collègues qui montraient des signes d’impatience à son égard ces derniers jours.
Dans l’escalier de la brigade, il croisa Bauer, sautillant comme à son habitude.
— Que nous dit madame Irma aujourd’hui ? demanda Bauer, goguenard.
— Madame Irma te dit merde, lui balança Escoffier avec une tape amicale.
— Bérangère a appelé, dit Bauer, elle demande qu’on lui apporte des vêtements, des vivres et son chargeur de téléphone, au cas où ça durerait plus longtemps que prévu. Je passe chez elle et je file boulevard Saint-Germain.
— Dis-lui bien de rester prudente, fit Damien.
Bauer le regarda avec l’air de quelqu’un à-qui-on-ne-la-fait-pas.