Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Un tournage sympathique et détendu en dépit des quelques douleurs qui réveillent son genou gauche de temps à autre, surtout quand la veille au soir Louis a trop forcé en dansant seul sur scène une variation espagnole à la manière d’une sorte de be-bop effréné. Un tournage qui continue lorsque s’ouvre le Festival de Cannes où doit être projeté Carambolages. Il est convié à s’y rendre en compagnie de Marcel Bluwal, Jean-Claude Brialy et Alain Poiré, mais ses obligations théâtrales et Pouic-Pouic sont deux bons prétextes pour demeurer parisien ! Et Louis a bien raison. Il va ainsi échapper à un naufrage annoncé. Le 14 mai, à l’issue de la projection, les sifflets sont plus nombreux que ne le furent les rires. « J’avais dit à Poiré que nous n’avions pas notre place dans cette sélection et qu’on se ramasserait. Il m’a obligé à venir et ce que j’avais prédit est arrivé. On s’est fait conspuer. On a même parlé de Carambolages comme d’un “chou-fleur dans un jardin fleuri” », se rappelle Marcel Bluwal[236]. Il faut bien reconnaître qu’à côté du Guépard de Luchino Visconti, qui décroche la Palme d’or, Carambolages fait bien pâle figure.
Cet échec cannois ne remet nullement en cause la sortie en salles le 17 mai du film, qui doit encore subir les foudres de la censure. Le ministère de l’Intérieur voit, en effet, d’un très mauvais œil une réplique dite par Michel Serrault dans son rôle de flic : « Du temps de la rue Lauriston, les baignoires facilitaient les interrogatoires ! » Cette phrase volontairement provocante, signée Michel Audiard, doit être coupée à la hâte sans que cela nuise au déroulé du film, plutôt bien accueilli par la presse parisienne même si quelques esprits chagrins parlent de « clichés boulevardiers », voire de « bouffonnerie démagogique et de vulgarité ». Louis ne s’intéresse guère à ce qui peut être écrit sur ce film qu’il veut rapidement oublier. N’a-t-il pas boudé le souper de gala organisé à l’Élysées Club au soir du 17 mai ! Ils y étaient tous, de Marcel Bluwal à Jean-Claude Brialy en passant par Sophie Daumier, Jacques Dynam, Alfred Adam et Pierre Tchernia. Il n’en était pas au prétexte bien commode de remplir son devoir sur la scène du Théâtre des Variétés et d’avoir à se lever tôt le lendemain pour rejoindre ses camarades dans les studios de Saint-Maurice. Il est vrai que Jeanne n’avait nulle envie de croiser le regard de Marcel Bluwal.
Sans le moindre doute, Louis et Jean Girault, eux, sont faits pour s’entendre. Tout au long du tournage de Pouic-Pouic, aucune ombre n’est venue assombrir leur collaboration. Ils se comprennent à demi-mot ou d’un seul regard, formant ainsi un duo gagnant. Et Girault ne s’y trompe pas. Il sent, lui aussi, qu’avec de Funès il pourra à l’avenir se lancer dans de nouvelles aventures. D’ailleurs, le cinéaste demande à de Funès ne pas prendre trop d’engagements pour les mois à venir car il est en pourparlers avec les producteurs Maurice Jacquin et Raymond Danon, lesquels ont déjà accepté de distribuer Pouic-Pouic, sur un nouveau projet. Louis en accepte le principe, d’autant qu’il a besoin de repos. Jouer le soir et tourner dans la journée commence à lui peser. S’il a définitivement fait son deuil de revoir pousser quelques cheveux sur son crâne désormais dégarni[237] et cela en dépit du remède « miracle » préconisé par le docteur Georges Crochon[238] quelques années plus tôt, l’obligeant à se goudronner chaque soir le cuir chevelu d’une mixture malodorante, il n’en va pas de même pour sa silhouette. « Mon père faisait très attention à son poids. Il ne voulait ni grossir ni, surtout, maigrir. Il ne voulait pas avoir l’air d’un cadavre ambulant comme s’il souffrait d’une quelconque affection. Cela ne correspondait pas à l’image que le public se faisait de lui. Il était très attentif, au point de se peser plusieurs fois par jour », souligne Patrick de Funès[239]. Une fois le tournage de Pouic-Pouic terminé, et tout en surveillant le montage, Louis caresse l’idée d’acquérir, comme Robert Dhéry, un appartement[240] à Hyères dans un projet immobilier initié par Simone Berriau, la directrice du Théâtre Antoine, et son compagnon, le kinésithérapeute Henri Guénot. Une résidence luxueuse baptisée « Berriau-Plage » et réservée à des personnalités. Louis et Jeanne se laissent tenter par un quatre pièces au premier étage donnant sur la mer. Ils seront bientôt rejoints dans cette thébaïde par Marcel et Juliette Achard, Jean Poiret, Michel Serrault, Jean Le Poulain ou encore Marc Camoletti, l’auteur de Boeing-Boeing qui sera leur voisin du dessous. Un lieu de villégiature de rêve où il fera bon déguster une authentique bouillabaisse, mais où il faudra aussi supporter le fréquent ballet des avions à réaction venant atterrir sur l’aéroport militaire de Toulon ! « La première année ce fut vraiment un régal, se souvient Patrick de Funès[241]. Mais les années suivantes, comme les gens ont su très vite qu’il y avait des artistes qui habitaient là en juillet ou août, nous avons été envahis par les touristes qui voulaient se faire photographier avec mon père ou d’autres. Comme mon père et ma mère ne voulaient pas être importunés, ils ont décidé de ne plus y aller, nous laissant l’appartement à mon frère et à moi. C’est comme ça qu’un jour, j’ai inondé l’appartement de Camoletti en oubliant de fermer le robinet de la baignoire remplie de bain moussant. Une petite catastrophe qui a bien fait rire tout le monde. J’en ai été quitte pour éponger. »
Louis a vraiment besoin de souffler. Le théâtre, le cinéma et même le cirque où pour le 33e gala de l’Union des artistes[242], présidé par Robert Dhéry, il a appris à dresser des otaries ! Bref, il veut marquer une pause dans ses activités et ne continuer qu’à être l’infernal douanier Roussel pour le plus grand plaisir des spectateurs du Théâtre des Variétés. Il entend profiter de quelques jours de vacances, aussi bien à Saint-Clair-sur-Epte qu’à Deauville. Mais il est vite rattrapé non seulement par Jean Girault, mais encore par Georges Lautner. Ce dernier vient de mettre la touche finale aux Tontons flingueurs. Dans l’incertitude du succès que rencontrera ce huitième film réalisé par ses soins, il tient à monter rapidement un nouvel opus à petit budget. Avec Albert Kantof, Michel Audiard et Clarence Weff, Lautner a adapté le roman de ce dernier Y’avait un macchabée. L’histoire tient en deux phrases : Jo est tué accidentellement le jour de sa sortie de prison par Jockey Jack, qui cache le cadavre dans l’étui de contrebasse de Jérôme, un cousin musicien. Reste à savoir comment Jockey Jack pourra se débarrasser de l’instrument gênant. Un bref récit que Lautner et Audiard assaisonnent de situations rocambolesques et surtout de dialogues hauts en couleur. Qui dit petit budget dit aussi bande de copains. Lautner enrôle ainsi Francis Blanche, Maurice Biraud, Philippe Castelli et le frère de Mimi, la meilleure amie de sa mère. Louis accepte volontiers de travailler pour un cachet modeste à condition que son rôle — celui de Jockey Jack — soit étoffé, qu’il figure en tête de distribution et que Guy Grosso soit de la partie. Quant au principal rôle féminin, Lautner mise sur le potentiel de Mireille Darc qu’il a découverte dans Les Veinards. Rendez-vous est pris pour le 23 septembre 1963. Pour sa part, Jean Girault n’a pas perdu de temps pour échafauder sa nouvelle comédie. Sur une idée de Louis Sapin, Girault et Jacques Vilfrid tricotent un scénario où un commerçant, pour se venger de son banquier, décide en compagnie de toute sa famille de creuser un tunnel jusqu’à la salle des coffres pour atteindre la chambre forte et la dévaliser. Seule et unique vedette de ce vaudeville bon enfant : Louis de Funès. Girault s’est appliqué à n’engager que des acteurs et actrices peu susceptibles de lui faire de l’ombre, en allant les chercher dans les théâtres parisiens. Il en va ainsi d’Yvonne Clech, de Claude Piéplu, de Georges Wilson — le patron du Théâtre de Chaillot — et de petits jeunes comme Jean Valmont, Michel Tureau, Anne Doat ou Catherine Demongeot. De son côté, Louis impose encore pour des rôles minuscules Guy Grosso, André Badin et Dominique Zardi. Girault souhaiterait commencer ses prises de vues en septembre mais, sur la demande de Louis, il repousse cette échéance au mois d’octobre afin que de Funès n’ait pas à jongler entre son film et celui de Georges Lautner. En ce début de l’été 1963, l’agenda de Louis de Funès est suffisamment rempli pour qu’il puisse partir en vacances au mois d’août sans se soucier du lendemain.
236
Témoignage de Marcel Bluwal à l’auteur.
237
Sa perte progressive de cheveux serait consécutive, selon Patrick de Funès, à une congestion pulmonaire contractée au début des années soixante.
238
Père du comédien Jean-Pierre Cassel.
239
Témoignage de Patrick de Funès à l’auteur.
240
Les de Funès conserveront cet appartement jusqu’en 1972.
241
Ibid.
242
Lors de ce gala donné au Cirque d’hiver le lundi 18 mars 1963, il œuvrait au profit des comédiens « nécessiteux » en compagnie de Jean-Paul Belmondo, Jean Richard, Guy Bedos, Robert Lamoureux, Gina Lollobrigida et Maurice Chevalier.