Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Comme il en est désormais d’usage, Louis se ressource en s’offrant de bonnes parties de pêche avec Olivier ou Patrick. Parfois, il s’amuse à leur raconter que, du temps de la rue de Maubeuge, il faisait grise mine quand, en rentrant à cinq heures du matin le dimanche, il croisait certains de ses voisins équipés pour aller taquiner le goujon alors qu’il n’avait qu’une envie : dormir après avoir pianoté près de onze heures d’affilée ! Raison de plus pour savourer cette liberté de faire ce qu’il veut quand il le veut sans s’inquiéter des horaires même si, chez les de Funès, on dîne à vingt heures précises. Il prend aussi le temps d’écouter les derniers albums d’Oscar Peterson ou d’Erroll Garner, ses pianistes préférés, de Frank Sinatra, de Nat King Cole, de Gilbert Bécaud ou de Maurice Chevalier, tolérant toutefois l’ultime disque de Charles Trenet, le chanteur préféré de Jeanne. Les doigts de pieds en éventail, il lit aussi les journaux et il sourit d’y apprendre que Maurice Régamey et Jean-Daniel Daninos ont des projets pour lui. Des projets dont il n’a jamais entendu parler, pas plus qu’il n’est au courant de cette histoire de « gendarme à Saint-Tropez » que lui réserverait Jean Girault. Il sait seulement que Girault lui a demandé de se préparer pour une troisième collaboration qui ne reste, pour l’heure, qu’une vague idée. La lecture de ces échos dans France-Soir, sous la plume de Jacqueline Cartier, le laisse de marbre et l’invite, plutôt, à se délecter de quelques pages du Journal de Jules Renard dont il ne se sépare jamais. Il passe aussi de longs moments dans l’appentis qu’il a fait construire au fond du jardin de la maison de Deauville afin d’annoter les scénarios des deux films qui l’attendent. Chaque jour, il prend tout son temps pour soigner son potager, magnant triandine ou grelinette avec précaution selon la nature des sols. Il câline ses plantes, ses fruits et ses légumes, n’hésitant jamais à demander conseil aux hommes de l’art ou à se plonger dans la lecture d’ouvrages savants sans autre ambition que de bien faire. Des congés de trop courte durée avant de regagner, presque à regret, la capitale pour se retrouver côté… jardin avec La Grosse Valse et dès le 23 septembre dans la peau de Jockey Jack dont le rôle a été étoffé par rapport au scénario d’origine.
Et ce n’est pas la seule modification importante, à commencer par Y avait un macchabée, le titre du roman de Clarence Weff, qui devient Des pissenlits par la racine. Par ailleurs, Michel Audiard, qui devait seulement superviser les dialogues, accepte à la dernière minute de tout reprendre à zéro à une condition : ne figurer ni au générique ni sur l’affiche[243]. Enfin, Georges Lautner fait ajouter une scène afin de permettre à Darry Cowl de gagner rapidement quelque monnaie pour éponger une dette de jeu. Un tournage rapide, avec peu de scènes en extérieurs et un Louis de Funès qui profite de son expérience pour désarçonner son metteur en scène. Ainsi, quand il n’est pas satisfait d’une prise, il s’arrange pour qu’elle ne soit pas exploitable au montage. Il se déplace là où il ne faut pas, il bafouille volontairement etc. Il a interprété tant et tant de petits rôles qu’il connaît toutes les ficelles du métier et qu’il en abuse. Même si Lautner, poussé par les producteurs à ne pas gâcher trop de pellicule, ronge son frein en silence, il attend que Louis se sente bien pour travailler en toute quiétude. Bon public, Lautner rit des inventions de De Funès pour accentuer sa différence de taille avec celle de Mireille Darc. En un mot, il le laisse faire à sa guise et il ne va pas le regretter, en particulier dans la scène où, bourré de médicaments par Rockie « la Braise » (Mireille Darc), il doit se lancer dans un délire verbal. Dans le scénario, il est prévu qu’il bafouille quelques mots en mimant les faiblesses d’un malade à l’agonie. Là où d’autres se seraient contentés de simplement jouer, Louis en fait des tonnes en y ajoutant des bruits de bouche, des monosyllabes, des borborygmes, des gestes syncopés. Comme dans La Traversée de Paris, il fait de cette unique scène sur son lit d’hôpital un film à lui tout seul. Il s’applique encore à demander à être vêtu de façon grotesque avec des vêtements trop amples et une casquette trop grande. Non seulement Louis de Funès s’ingénie à être crédible en truand à la petite semaine, mais il va plus loin en construisant son personnage non pas à son image, mais à l’image qu’il s’en fait. Sur le plateau, il s’amuse et cache bien sa grande fatigue. Ses exploits scéniques lors de chaque représentation de La Grosse Valse lui pèsent de plus en plus. Ne tournant pas l’après-midi, il prolonge sa sieste et il n’est pas rare qu’il ait une forte envie de ne pas aller au théâtre le soir. Mais il est trop consciencieux et trop respectueux du public pour céder à la tentation. Il tient le rythme à coups de vitamine C et en réservant tous ses lundis à ne rien faire à Saint-Clair-sur-Epte, laissant à Jeanne le soin de s’occuper de tout.
Si le 15 novembre Louis en a fini avec le film de Lautner, il sait qu’il doit remettre cela une semaine plus tard aux studios de Boulogne où l’attend Jean Girault et son Faites sauter la banque. Fidèle au poste, le 19 au matin, il se glisse dans le costume de Victor Garnier, ce « très honnête » marchand d’articles de pêche voulant en découdre avec son « escroc » de banquier. Le lendemain sort sur les écrans Pouic-Pouic, en même temps que Le Bon Roi Dagobert avec Fernandel. Si la presse n’a guère été tendre avec cette « pauvre histoire » tout en soulignant la performance d’un Louis de Funès « tordant », les spectateurs se ruent dans les salles obscures. Louis a, enfin, rendez-vous avec un vrai succès populaire. Sur les Champs-Élysées, à Montparnasse, à Saint-Germain-des-Prés…, partout c’est le même enthousiasme. Les files de spectateurs s’allongent. Louis n’en revient pas. Pour être certain de ne pas rêver, il parcourt en voiture avec Jeanne les Grands Boulevards, tout étonné d’être l’objet d’une telle frénésie. Une popularité si soudaine qu’elle lui fait presque peur. En prenant la mesure de cet envol professionnel, il jauge le poids de sa nouvelle responsabilité. Désormais, son seul nom attire les foules dans les cinémas tout comme au théâtre. Son nom attire, mais aussi le style de Pouic-Pouic, bien différent de celui des comédies franchouillardes où tout ne repose que sur les sketches d’un Fernand Raynaud ou d’un Roger Nicolas. Les spectateurs adhèrent à la fraternité d’une équipe ne visant qu’un but : les faire rire dans cette France qui se laisse bercer par les sirènes de la société de consommation. Dans cette France stable sous le « règne » du général de Gaulle et de son gouvernement placé sous la responsabilité de Georges Pompidou. Dans cette France remise des séquelles de la guerre d’Algérie, de la construction du mur de Berlin, des sautes d’humeur de Nikita Khrouchtchev. Dans cette France où les Français se bercent des illusions d’une vie matérielle plus facile et se préoccupent peu de ce qui se passe au Vietnam qui, à leurs yeux, est une affaire américaine. Dans cette France où les Français se fichent des bisbilles entre communistes chinois et communistes soviétiques. Ces Français qui raffolent des exploits comiques d’un de Funès sont ceux de la petite bourgeoisie, de la classe moyenne, des adultes confortés dans leurs valeurs morales traditionnelles. Ces Français se reconnaissent en Louis de Funès. Il est comme leur porte-parole. Louis fait désormais partie de la famille. Louis, c’est l’ami de la famille qu’on aimerait convier à sa table.
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Il changera d’avis après la projection du premier montage en raison de l’énorme succès rencontré par Les Tontons flingueurs.