Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
C’est la façon dont elle avait exprimé son désaccord dans le parc de la Vieille Carrière qui convainquit Matt : il avait toujours une fille – du moins pour le temps présent.
Je ne suis PAS différente.
Il sentit ses yeux s’emplir de larmes.
— Ah, Rachel, soupira-t-il. Je ne sais plus très bien où j’en suis, dans cette histoire…
Elle contourna la table. Matt se leva et se cogna le genou sur le bord du plateau de pin brut. Les gestes étaient empruntés, mais l’étreinte dura longtemps. Très longtemps.
Un peu plus tard, elle s’assit sur une balançoire et lui demanda de la pousser. Comme au bon vieux temps, songea Matt. Peut-être avait-elle besoin d’avoir dix ans de nouveau. L’espace de quelques minutes. Peut-être qu’il en avait besoin, lui aussi.
Il la poussa, et elle riait, et le ciel était bleu.
Ils se promenèrent ensuite dans le bois, mais le sentier était encore un peu boueux après la pluie.
— On aurait dû se préparer des sandwiches, dit-elle quand ils émergèrent au soleil.
— J’ai une meilleure idée. On va déjeuner au Dos Aguilas.
— C’est vrai ?
— Je t’invite. Si c’est ouvert…
— Je crois que ça l’est, dit-elle.
Il se demanda comment elle pouvait le savoir.
Le Dos Aguilas était un restaurant mexicain, sur le port. Matt se souvenait que Celeste l’avait classé dans la catégorie « nappes blanches » contrairement aux restaurants du centre commercial – Formica et skaï. Il y avait même un vrai cuisinier, une denrée de plus en plus rare, dans cette société de consommation forcenée.
Le restaurant avait ouvert ses portes en 1963. Arturo, le propriétaire, l’avait hérité de son père. Il était toujours ouvert. Vide, mais ouvert.
Arturo les accueillit avec affabilité, mais Matt comprit au regard qu’il échangea avec Rachel que tous deux étaient de la même famille ; Matt faisait désormais figure d’outsider.
Il choisit une table près de la fenêtre d’où ils pourraient voir les vagues laper la jetée.
— Ça veut dire Deux Aigles, dit Matt.
Rachel ouvrit son menu.
— Quoi ?
— Dos Aguilas. Ça veut dire Deux Aigles. La légende veut qu’un couple d’aigles ait installé son nid ici. Parfois, on peut les voir tourner au-dessus des bateaux et plonger pour prendre des poissons.
— Oh ? C’est vrai ?
Elle tourna les yeux vers l’océan.
— Tu les as déjà vus ?
— Non. Et je ne connais personne qui les ait vus non plus. L’histoire a plus d’un siècle, tu sais. Mais les gens continuent à guetter.
Rachel inclina la tête en souriant à cette idée.
Arturo vint prendre leur commande et repartit vers la cuisine, traversant un décor touffu de sombreros, de ceinturons, de poteries et de parchemins colorés.
— Tu savais que le restaurant serait ouvert, dit Matt.
Elle acquiesça.
— Tu sais des choses. Pas seulement toi ; les autres aussi.
Il lui parla du chiffre que Tom Kindle lui avait rapporté : un sur dix mille.
— Rachel, comment pourrait-on décemment le savoir ?
Elle parut réfléchir.
— C’est à peu de chose près le bon chiffre.
— D’accord. Mais comment le sais-tu ?
— Oh, je… je me mets sur la bonne fréquence.
— Pardon ?
— C’est comme ça que je me l’exprime.
Un temps.
— Papa, tu veux que je te raconte tout en détail ?
— Oui.
— C’est bizarre, je te préviens.
— Qu’est-ce qui ne l’est pas, depuis quelque temps, Rachel ?
Il lut la résignation dans son regard. D’accord… puisque tu insistes.
— Tu as entendu parler des néocytes, commença-t-elle. Un de leurs rôles est de servir de connecteurs. C’est comme s’ils créaient des lignes invisibles entre les gens, et aussi entre les gens et le vaisseau.
— Une sorte de télépathie ?
— Un peu, oui. Mais c’est insuffisant, comme comparaison. Ce sont des ondes de connaissance, qu’ils créent. Les Voyageurs sont d’avis qu’il ne devrait pas exister de barrières pour accéder à la connaissance. La vie de chacun reste privée, s’il souhaite qu’elle le soit, mais la connaissance, elle, doit être universellement partagée.
— Quel genre de connaissance ?
— Tout ce que tu peux imaginer.
— Donne-moi un exemple.
— Eh bien… supposons que je veuille me rendre à Chicago. Avant, j’aurais dû prendre une carte pour étudier la route. Maintenant, je peux tout simplement m’en souvenir.
— Rachel, tu n’y es jamais allée.
— Ce n’est pas dans ma mémoire que je puise, mais dans celle de quelqu’un d’autre. De tous ceux qui ont étudié cette carte routière. Ce n’est pas ma connaissance, mais je peux y avoir accès si j’en ai besoin.
— Et ce n’est rien de plus ? Un souvenir ?
— C’est beaucoup plus que ça, mais c’est l’impression que ça donne. Je suppose qu’on serait plus proche de la vérité en évoquant une banque de données ou un système électronique. N’empêche qu’on a la sensation de se souvenir. Il faut tout de même fournir un effort mental, réfléchir à fond. Te mettre sur la fréquence. Et puis ça vient, tu… tu te rappelles, tout simplement.
— Et s’il s’agit de quelque chose de compliqué ? La théorie des quanta, par exemple ? Ou la neurochirurgie ?
Elle fronça les sourcils, et Matt se demanda si elle était en train de se mettre sur la fréquence, là, alors même qu’ils discutaient.
— C’est possible, dit-elle. Mais il faut que ce soit fait de façon méthodique. Dans le monde des Voyageurs, la connaissance est universellement disponible, mais elle respecte une certaine hiérarchie. Tu dois procéder par paliers. À quoi te servirait-il de savoir par exemple que tu peux déduire la probabilité classique à partir du carré du module de l’amplitude complexe des quanta si tu ne sais pas ce qu’est un module ou une amplitude en termes de physique ? La connaissance est accessible, mais si tu veux la comprendre, il faut tout de même que tu l’ingurgites petit peu par petit peu. Comme cette salade. Merci, Arturo.
— Qu’avez-vous choisi, comme boisson ?
— Un Coca, dit-elle.
— Et monsieur ?
— Donnez-moi… je ne sais pas. Un grand verre d’eau.
Il avait la bouche terriblement sèche.
— Je ne voulais pas te faire peur, dit-elle.
— Non, mais… je ne m’y attendais pas, c’est tout.
— Je me surprends moi-même, quelquefois.
Le repas se déroula dans un silence pesant. Matt remarqua que Rachel jetait de fréquents coups d’œil vers l’océan. Elle guettait les aigles, sans doute ; ça devenait vite une obsession.
— Tu as encore l’air triste, dit-elle quand Arturo apporta le café de Matt.
— Vraiment ?
— Tu as été heureux un moment parce qu’on a parlé. Mais seulement un moment. À cause de ce qui se passe.
— Parce qu’on t’enlève à moi, Rachel. Tu as raison, j’ai été très heureux que nous parlions. Mais qu’est-ce que ça change, au fond ? Tu t’en vas quelque part où je ne peux pas te suivre.