Basilica [The Memory of Earth - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Terre des Origines #1
- Год: 1995
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-002-0
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:
« Parle-moi de la Terre », murmura Nafai.
Une nouvelle fenêtre s’ouvrit dans son esprit ; mais cette fois, les souvenirs qu’il y trouva n’étaient pas les siens. Il n’avait jamais rien vu de pareil, rien d’aussi écrasant ; c’est à peine s’il comprenait ce qu’on lui présentait. Des boîtes de verre et de métal rutilantes qui fonçaient sur des routes semblables à des rubans gris. D’énormes maisons de métal qui s’élevaient dans les airs pour effleurer la face du ciel sur de fragiles triangles d’acier peint. De hauts bâtiments polyédriques à facettes qui se réfléchissaient les uns dans les autres et reflétaient le soleil jaune. Et là, au milieu, des masures faites de carton et de bouts de ferraille, où des familles regardaient mourir leurs bébés au ventre gonflé. Des gens qui se jetaient des boules de feu, ou de monstrueuses gouttes de flammes expulsées par des tuyaux. Et puis des choses totalement inexplicables : une des maisons volantes passait au-dessus d’une ville et lâchait quelque chose qui ne paraissait guère plus menaçant qu’un étron, mais explosait soudain en une boule de feu aussi brillante que le soleil, et la cité était tout entière aplatie, et les ruines calcinées. Une famille assise autour d’une immense table couverte de victuailles mangeait voracement, puis chacun se penchait pour vomir sur des mendiants en loques qui s’accrochaient désespérément aux pieds des chaises. Non, cette vision n’était pas réelle ! Elle devait être symbolique ! Personne ne serait dépourvu de sens moral au point de manger plus que nécessaire pendant que des gens meurent de faim tout à côté ! Si quelqu’un inventait un moyen de faire éclater le ciel en flammes si puissantes qu’elles pouvaient détruire une cité en un clin d’œil, sûrement ce savant préférerait se tuer plutôt que de partager le terrible secret d’une telle arme !
« C’est la Terre ? souffla Nafai à Surâme. Si belle et si monstrueuse ? Nous étions comme ça ? »
Oui, fut la réponse. C’est ce que vous étiez, et c’est ce que vous redeviendrez si je ne parviens pas à refaire entendre ma voix. À Basilica, nombreux sont ceux qui mangent tout leur soûl, puis mangent encore, tout en sachant combien de gens n’ont pas de quoi se nourrir. La famine règne à trois cents kilomètres à peine au nord d’ici.
« Il faudrait des chariots pour y apporter des vivres », dit Nafai.
Les Gorayni en ont. Et ils ont transporté des vivres ; mais ils étaient destinés aux soldats qui sont venus s’emparer du pays ravagé par la famine. Ce n’est qu’après avoir soumis le peuple et abattu son gouvernement qu’ils ont fait venir du ravitaillement. Et c’étaient les épluchures qu’un porcher donne à son troupeau : on nourrit les bêtes aujourd’hui pour entendre leur viande grésiller demain.
Les visions continuèrent, pendant des heures, lui sembla-t-il ; mais plus tard, Nafai s’aperçut que cela n’avait duré que quelques minutes. C’étaient des souvenirs de la Terre, toujours plus nombreux, où il découvrit des comportements toujours plus aberrants, des machines toujours plus étranges, jusqu’au grand embrasement final et au départ des vaisseaux spatiaux qui s’échappaient de la fumée, de la glace et de la cendre.
« C’était parce qu’ils avaient détruit leur monde qu’ils fuyaient ? »
Non, répondit Surâme. Ils fuyaient parce qu’ils voulaient tout recommencer. En tout cas, ceux qui débarquèrent sur Harmonie vinrent non parce que la Terre n’était plus faite pour eux, mais parce qu’ils estimaient qu’ils n’étaient plus faits pour la Terre. Des hommes étaient morts par milliards, mais il restait assez de vie et d’énergie sur Terre pour permettre à quelques centaines de milliers d’autres de survivre. Pourtant ils ne supportaient plus ce monde qu’ils avaient dévasté.
— Nous allons partir, se dirent-ils, en attendant que la Terre se guérisse. Durant notre exil, nous apprendrons nous aussi à guérir, et à notre retour, nous serons prêts à hériter de la planète où nous sommes nés et à nous en occuper. »
Et ils ont créé Surâme, et ils l’ont emporté avec eux sur Harmonie, et ils lui ont octroyé des centaines de satellites qui seraient ses yeux et sa voix ; ils ont modifié leurs propres gènes afin de recevoir la voix de Surâme directement dans leur esprit ; et ils ont rempli Surâme de souvenirs de la Terre et l’ont installé pour surveiller leurs descendants durant les vingt millions d’années à venir.
Au bout de ce temps, se disaient-ils, nos enfants auront sûrement appris à vivre ensemble en harmonie. Ils feront du nom de cette planète la réalité de leur vie. Et passé ce délai, Surâme saura comment les ramener chez eux, là où le Gardien de la Terre les attend.
« Mais nous ne sommes pas prêts, dit Nafai ! Il a passé deux fois vingt millions d’années, et nous sommes aussi mauvais que jamais, bien que tu nous aies empêchés d’apprendre à transformer toute vie en cendres et en glace. » À ce moment, Surâme instilla une pensée en Nafai : Maintenant, le Gardien a sûrement joué son rôle. La Terre est prête pour notre retour, mais les habitants d’Harmonie, eux, ne sont pas encore prêts à revenir. Je conserve le savoir de la Terre depuis des millions d’années, et j’attends de pouvoir vous dire enfin comment construire les maisons qui volent, les vaisseaux stellaires qui vous ramèneront à votre monde d’origine ; mais je n’ose pas vous l’apprendre, parce que vous vous serviriez de ces connaissances pour vous opprimer les uns les autres et, à la fin, vous anéantir mutuellement.
« Alors, que vas-tu faire ? demanda Nafai. Quel est ton plan ? Pourquoi nous as-tu conduits ici ? »
Je ne peux pas encore te le révéler, dit Surâme. Je ne suis pas encore sûr de toi. Mais je t’ai dit ce que tu voulais apprendre. Je t’ai fait connaître mon but. Je t’ai expliqué ce que j’ai déjà accompli, et ce qui reste à faire. Je n’ai pas changé ; je suis aujourd’hui le même que tes ancêtres ont mis en place pour vous surveiller. Tous mes plans visent à préparer l’humanité à revenir auprès du Gardien de la Terre, qui vous attend. Telle est la raison de mon existence : rendre l’humanité apte au retour. Je suis la mémoire de la Terre, tout ce qui en subsiste, et si tu m’aides, Nafai, tu prendras part à l’accomplissement de ce plan, s’il s’accomplit jamais.
S’il s’accomplit jamais.
L’écrasante présence de Surâme disparut soudain de l’esprit de Nafai ; il eut l’impression qu’un grand feu s’était brutalement éteint au fond de lui, qu’un grand torrent de vie s’était brusquement tari en lui-même. Il resta assis sur son rocher, au bord de l’eau, exténué, harassé, vide, avec ces paroles désenchantées qui résonnaient encore dans son cœur : « S’il s’accomplit jamais. »
Il avait la bouche sèche. Il s’agenouilla près de la rivière, y plongea ses mains en coupe et porta l’eau à ses lèvres, mais cela ne suffit pas. Alors, il se jeta à l’eau, non dans l’attitude respectueuse de la prière, mais avec une soif désespérée ; il enfonça la tête sous l’eau et but longuement, la joue collée à la pierre froide du lit de la rivière, le dos et les mollets ruisselants, il but encore et encore, puis releva la tête et les épaules pour aspirer goulûment l’air nocturne, et se laissa de nouveau tomber dans l’onde pour se remettre à boire, avidement.