Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Je crois, répondit tranquillement le robot, que vous feriez mieux de parler moins fort, Elijah. Je sais bien que je ne peux pas prétendre être un détective au même sens du terme que vous en êtes un. Et pourtant, j’aimerais attirer votre attention sur un point particulier que j’ai remarqué.
— Ca ne m’intéresse pas de vous écouter.
— Je vous prie cependant de le faire. Si je me trompe, vous me le direz, et cela ne nous causera aucun tort, ni à l’un ni à l’autre. Voici ce que j’ai constaté. Hier soir, vous êtes sorti de votre chambre pour téléphoner à Jessie ; je vous ai proposé d’envoyer votre fils à votre place, et vous m’avez répondu que les Terriens n’avaient pas l’habitude d’envoyer leurs enfants à leur place là où il y avait du danger. Cet usage, s’il est observé par les pères, ne l’est-il donc pas par les mères de famille ?
— Mais si, bien sûr ! répliqua Baley qui aussitôt s’arrêta net.
— Vous voyez ce que je veux dire ! continua R. Daneel. Normalement, si Jessie avait eu peur pour vous et désiré vous avertir, elle aurait risqué sa propre vie et non pas envoyé son fils risquer la sienne. Si donc elle a envoyé Bentley, c’est qu’elle était sûre qu’il ne risquait rien, alors qu’elle-même aurait couru un danger en venant vous voir. Supposez que le complot ait été tramé par des gens inconnus de Jessie ; dans ce cas elle n’aurait eu aucun motif de se tourmenter pour elle-même. Mais, d’un autre côté, si elle fait partie du complot, elle a dû savoir, Elijah, elle a certainement su qu’on la surveillait et qu’on la reconnaîtrait, tandis que Bentley, lui, passerait inaperçu.
— Attendez un peu ! dit Baley, se sentant tellement mal à l’aise qu’il crut avoir une nausée. Votre raisonnement est singulièrement spécieux, mais…
Il ne fut pas nécessaire d’attendre, car un signal se mit à clignoter follement sur le bureau du commissaire principal. R. Daneel attendit que Baley y répondit, mais le détective ne fit que regarder fixement la lampe, d’un air impuissant. C’est pourquoi le robot coupa le contact du signal et demanda, dans le microphone :
— Qu’est-ce qu’il y a ?
La voix métallique de R. Sammy se fit alors entendre :
— Il y a une dame qui désire voir Lije. Je lui ai dit qu’il était occupé, mais elle ne veut pas partir. Elle dit qu’elle s’appelle Jessie.
— Faites-la entrer ! dit calmement R. Daneel, dont les yeux se fixèrent impassiblement sur Baley, qui se sentit pris de vertige.
14
Conséquences d’un prénom
Jessie fit irruption dans la pièce, courut à son mari, l’étreignit et demeura un long moment accrochée à ses épaules, tandis qu’il s’efforçait de surmonter non sans peine le trouble qui le bouleversait. Il murmura, entre ses lèvres pâles :
— Bentley ?
Elle leva les yeux vers lui et secoua la tête nerveusement, faisant ainsi voler ses longs cheveux bruns.
— Il va très bien, dit-elle.
— Eh bien alors ?…
Jessie fut prise de sanglots soudains qui la secouèrent, et ce fut d’une voix à peine perceptible qu’elle hoqueta :
— Je n’en peux plus, Lije ! C’est impossible ! Je ne peux plus ni manger ni dormir ! Il faut que je te parle !
— Ne dis rien ! répliqua-t-il, aussitôt angoissé. Pour l’amour du Ciel, Jessie, pas maintenant !
— Il le faut, Lije ! J’ai fait quelque chose de terrible !… Quelque chose de si affreux !… Oh, Lije !…
Elle ne put en dire plus et s’effondra, sanglotant de plus belle.
— Nous ne sommes pas seuls, Jessie ! dit-il, l’air navré.
Elle tourna son regard vers R. Daneel sans paraître le reconnaître. Les larmes qui ruisselaient sur son visage troublaient sa vue, et elle ne se rendit pas compte de la présence du robot. Ce fut lui qui se manifesta, en disant à voix basse :
— Bonjour, Jessie.
Elle en eut le souffle coupé, et balbutia :
— Est-ce que… est-ce que c’est le robot ?…
Elle leva une main devant ses yeux et s’arracha des bras de Baley, puis, respirant profondément, elle finit par répéter, en s’efforçant de sourire :
— C’est bien vous n’est-ce pas ?
— Oui, Jessie, fit R. Daneel.
— Ca ne vous fait rien que je vous traite de robot ?
— Mais non, Jessie, puisque c’est ce que je suis !
— Et moi, ça ne me fait rien qu’on me traite d’imbécile, d’idiote et de complice d’agitateurs, parce que c’est ce que je suis.
— Jessie ! gémit Baley.
— A quoi bon me taire, Lije ? reprit-elle. Mieux vaut qu’il soit au courant, puisqu’il est ton associé. Moi, je ne peux pas vivre avec ce secret qui m’écrase. Depuis hier, je vis un cauchemar. Ca m’est égal d’aller en prison. Ca m’est égal d’être déclassée et de vivre comme les chômeurs, de levure et d’eau. Tout m’est égal. Mais tu ne les laisseras pas faire, Lije, n’est-ce pas ?… Tu ne les laisseras pas me faire du mal ? J’ai… j’ai peur !…
Baley lui caressa l’épaule et la laissa pleurer, puis il dit à R. Daneel :
— Elle n’est pas bien. Nous ne pouvons la garder ici. Quelle heure est-il ?
— 14 h 45, répliqua le robot automatiquement, sans même consulter de montre.
— Le commissaire principal peut rentrer d’un moment à l’autre. Commandez une voiture, Daneel, et nous parlerons de tout cela sur l’autoroute.
— Sur l’autoroute ! s’écria Jessie en redressant vivement la tête. Oh ! non, Lije !
— Allons, Jessie ! fit-il du ton le plus apaisant qu’il put prendre. Ne déraisonne pas ! Dans l’état où tu es tu ne peux pas aller sur l’express. Sois gentille, fais un effort et calme-toi, sans quoi nous ne pourrons même pas traverser la salle voisine. Si tu veux, je vais te chercher un peu d’eau.
Elle essuya son visage avec un mouchoir trempé et dit, d’une voix lamentable :
— Oh, regarde mon maquillage !
— Aucune importance ! répliqua son mari. Alors, Daneel, vous avez fait le nécessaire pour la voiture ?
— Il y en a une qui nous attend, Elijah !
— Bon. Eh bien, en route, Jessie !
— Attends ! Juste un instant, Lije ! Il faut que je m’arrange un peu !
— Aucune importance, je te dis ! répéta-t-il.
— Je t’en prie, Lije ! s’écria-t-elle, en s’écartant de lui. Je ne veux pas qu’on me voie comme ça. J’en ai pour une seconde.
L’homme et le robot attendirent, le premier en serrant les poings, le second d’un air impassible. Jessie fouilla dans son sac, et Baley, une fois de plus, songea que les sacs à main des femmes étaient sans doute les seuls objets qui avaient résisté, au cours des âges, aux perfectionnements mécaniques. On n’avait même pas réussi à substituer aux fermoirs métalliques des joints magnétiques. Jessie prit en main une petite glace et une minaudière en argent que son mari lui avait données pour son anniversaire, trois ans plus tôt ; elle contenait plusieurs ingrédients dont la jeune femme se servit tour à tour, mais seule la dernière couche de fard fut apparente. Jessie procéda à ces soins de beauté avec cette sûreté et cette adresse pleine de délicatesse, qui semblent être un don inné que possède toute femme, et qui se manifestent même dans les plus grandes épreuves.
Elle appliqua d’abord un fond de teint qui fit disparaître l’aspect luisant ou rugueux de sa peau et lui donna un éclat légèrement doré : une longue expérience avait appris à Jessie que c’était ce teint-là qui s’harmonisait le mieux avec la couleur de ses yeux et de ses cheveux. Elle y ajouta un peu d’ocre, sur le front et le menton, une légère couche de rouge aux joues et un soupçon de bleu sur les paupières supérieures, ainsi qu’autour du lobe des oreilles. Quant à son rouge à lèvres, il se présentait sous la forme d’un minuscule vaporisateur émettant une poussière liquide et brillante qui séchait aussitôt sur les lèvres et les faisait paraître beaucoup plus pleines.