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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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Mais que dirait de tout cela le Dr Fastolfe ? Un monde d’un trillion d’individus ? Sans doute ! Mais l’existence d’une telle humanité dépendrait constamment d’importations d’air, d’eau et d’énergie, provenant de stocks situés à cent millions de kilomètres : quelle effroyable instabilité que celle d’une telle existence ! La Terre serait alors perpétuellement exposée à une catastrophe irrémédiable, laquelle ne manquerait pas de se produire, au moindre détraquement de la colossale machine constituée par son système d’approvisionnement.

C’est pourquoi Baley répliqua :

— Pour ma part, j’estime qu’il serait plus facile d’envoyer ailleurs l’excédent de notre population.

En fait, cette opinion n’était pas tant destinée à Norris qu’à répondre au tableau dont Baley venait d’avoir la vision.

— Et qui donc voudrait de nous ? répliqua Norris, avec autant de scepticisme que d’amertume.

— N’importe quelle planète actuellement inhabitée.

Norris se leva, et donna sur l’épaule de son collègue une petite tape amicale.

— Allons, allons, Lije ! Mange ton poulet et reprends tes esprits ! Vraiment, tu as dû avaler trop de drogues, ces jours-ci !

Et sur cette boutade, il s’en fut, riant sous cape.

Baley le regarda s’en aller, en souriant amèrement. Il était convaincu que Norris ne manquerait pas de colporter ces propos, et que, pendant des semaines, les blagueurs du bureau (il y en avait dans tous les services) en feraient des gorges chaudes… Mais, au moins, cette discussion avait eu l’avantage de lui faire oublier le jeune Vince Barrett, les robots et le déclassement qui le menaçait. Et ce fut en soupirant qu’il se décida à piquer sa fourchette dans son morceau de poulet, maintenant refroidi et quelque peu filandreux.

Dès qu’il eut achevé son gâteau synthétique, il vit R. Daneel se lever du bureau qu’on lui avait affecté et venir à lui.

— Eh bien ? lui dit-il, en lui jetant un regard peu cordial.

— Le commissaire principal n’est pas dans son bureau, et on ne sait pas quand il rentrera. J’ai dit à R. Sammy que nous allions nous en servir, et qu’il devait en interdire l’accès à tout le monde.

— Pourquoi voulez-vous que nous nous y installions ?

— Pour être plus au secret, Elijah. Vous conviendrez sûrement qu’il nous faut préparer notre action. Car je ne pense pas que vous ayez l’intention d’abandonner l’enquête, n’est-ce pas ?

C’était pourtant bien ce que Baley aurait aimé faire, mais, évidemment, il ne le pouvait pas. Il se leva donc et gagna le bureau d’Enderby. Dès qu’ils s’y furent enfermés, il dit au robot :

— Bon ! Qu’est-ce qu’il y a, Daneel ?

— Mon cher associé, répliqua celui-ci, depuis hier soir, vous n’êtes pas dans votre état normal. Il y a dans vos réactions mentales un profond changement.

Une affreuse pensée vint tout à coup à l’esprit de Baley.

— Etes-vous doué de télépathie ? s’écria-t-il.

C’était une éventualité à laquelle il n’aurait jamais songé, en des circonstances moins troublées.

— Non. Bien sûr que non ! fit Daneel.

— Alors, reprit l’inspecteur, se sentant un peu moins pris de panique, que diable me racontez-vous, au sujet de mes réactions mentales ?

— Oh ! c’est tout simplement une expression dont je me sers pour définir une sensation que vous ne partagez pas avec moi.

— Laquelle ?

— C’est difficile à expliquer. Il ne faut pas oublier, Elijah, qu’originellement j’ai été conçu et construit pour étudier la psychologie des Terriens, et communiquer les résultats de mes constatations aux Spaciens.

— Oui, je le sais. Et l’on a fait de vous, ensuite, un détective, en ajoutant à vos circuits moteurs un sens de la justice particulièrement développé !

Baley ne put s’empêcher de prononcer ces paroles d’un ton sarcastique.

— C’est tout à fait exact, Elijah. Mais cela n’a diminué en rien mes capacités initiales ; or, j’ai été construit pour pratiquer des cérébroanalyses.

— Pour analyser les cerveaux des hommes ?

— C’est cela même ! Je procède par le moyen de champs magnétiques, sans même qu’il soit nécessaire d’appliquer au sujet que j’étudie des électrodes. Il suffit d’être muni d’un récepteur approprié ; or, mon cerveau est précisément un tel récepteur. Ne fait-on pas de même pour les robots que l’on construit sur Terre ?

Baley, qui n’en savait rien, se garda de répondre, et demanda, très prudemment :

— Et que déduisez-vous de ces analyses auxquelles vous vous livrez ?

— Il ne m’est pas possible de déterminer quelles sont les pensées de ceux que j’étudie ; mais je parviens à déceler à quels propos et dans quelles circonstances ils s’émeuvent ; ce que je peux surtout, c’est définir leur tempérament, les motifs profonds qui les font agir et qui dictent leurs attitudes. Par exemple, c’est moi qui ai affirmé que le commissaire principal Enderby était incapable de tuer un homme, dans des circonstances telles que celles du meurtre du Dr Sarton.

— Et c’est sur votre témoignage qu’on a cessé de le suspecter ?

— Oui. On pouvait l’éliminer des suspects en toute sécurité, car, pour ce genre d’analyse, je suis une machine extrêmement sensible !

Tout à coup, une autre pensée vint à l’esprit de Baley.

— Un instant ! s’écria-t-il. Quand vous l’avez cérébroanalysé, le commissaire Enderby ne s’en est pas rendu compte, n’est-ce pas ?

— Il était inutile de le vexer !

— Ainsi donc, vous vous êtes borné à vous tenir devant lui et à le regarder. Pas d’appareils, pas d’électrodes, pas d’aiguilles, pas de contrôlographe ?

— Non. Je suis une machine complète, qui ne nécessite aucun équipement supplémentaire, Elijah !

Baley se mordit les lèvres, tant par colère que par dépit. Il lui restait en effet, jusqu’à présent, une petite chance de porter un coup désespéré aux Spaciens, et de les accuser d’avoir monté de toutes pièces cette histoire d’assassinat : elle consistait en une invraisemblance qu’il avait relevée dans la thèse du Dr Fastolfe. R. Daneel avait affirmé que le commissaire principal avait été cérébroanalysé, et, une heure plus tard, Enderby avait, avec une sincérité difficile à mettre en doute, nié qu’il eût jamais entendu prononcer le terme. Or, aucun être humain ne pouvait avoir subi la très douloureuse épreuve d’un examen électrœncéphalographique, comme celui auquel on soumettait les criminels inculpés de meurtre, sans en garder un souvenir cuisant et précis. Mais, maintenant, cette dernière antinomie avait disparu, car Enderby avait été effectivement cérébroanalysé, sans s’en douter ; il en résultait que R. Daneel et le commissaire principal avaient, l’un comme l’autre, dit la vérité.

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