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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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R. Daneel obtempéra. Pendant les préparatifs du savant, il avait observé celui-ci avec une grande attention, mais sans manifester d’émotion. Baley, lui, remit son arme dans son étui. Ce qui suivit le troubla et le désappointa. Le Dr Gerrigel entreprit de poser des questions et d’accomplir des actes apparemment sans signification, et il les entrecoupa de rapides calculs sur sa règle à trois curseurs, ainsi que de coups d’œil à son kaléidoscope.

A un moment donné, il demanda :

— Si j’ai deux cousins, dont l’un est de cinq ans l’aîné de l’autre, et si le plus jeune est une fille, de quel sexe est l’aîné ?

La réponse de Daneel, que Baley estima inévitable, fut instantanée :

— Les renseignements fournis ne me permettent pas de vous le dire.

A cela, le savant se borna à répliquer en regardant son chronomètre, puis en tendant à bout de bras sa main droite vers le robot :

— Voulez-vous toucher la dernière phalange de mon médius avec le bout de l’annulaire de votre main gauche ?

Daneel s’exécuta sur-le-champ et sans la moindre difficulté.

En un quart d’heure, pas une minute de plus, le Dr Gerrigel termina son expertise. Il fit un dernier calcul avec sa règle, puis démonta celle-ci en une série de petits craquements secs. Il remit sa montre dans son gousset, ressortit de son logement le Manuel, puis replia le kaléidoscope.

— C’est tout ? demanda Baley, fronçant les sourcils.

— Oui, c’est tout.

— Mais voyons, c’est ridicule ! Vous n’avez pas posé une seule question se rapportant à la Première Loi !

— Mon cher monsieur Baley, répliqua le savant, lorsqu’un médecin vous frappe sur le genou avec un petit maillet de caoutchouc, et que votre jambe saute en l’air, n’acceptez-vous pas comme un fait normal les renseignements que l’on en déduit, sur le bon ou mauvais fonctionnement de vos centres nerveux ? Quand ce même médecin vous examine les yeux et étudie l’effet de la lumière sur votre iris, êtes-vous surpris de ce qu’il puisse vous reprocher l’abus que vous faites de certains alcaloïdes ?

— Non, bien sûr, fit Baley. Alors, quel est votre diagnostic ?

— Daneel est parfaitement conforme aux normes de la Première Loi, répliqua l’expert, en dressant la tête d’un air catégorique.

— Il n’est pas possible que vous disiez vrai ! déclara brutalement Baley.

Le détective n’aurait pas cru que la raideur habituelle de son visiteur pût encore s’accentuer ; et pourtant, tel fut le cas. Les yeux du savant se bridèrent, et il rétorqua durement :

— Auriez-vous la prétention de m’apprendre mon métier ?

— Je n’ai aucunement l’intention de contester votre compétence, répliqua Baley en étendant la main comme s’il prêtait serment. Mais ne pouvez-vous pas vous tromper ? Vous avez vous-même reconnu, tout à l’heure, que personne ne peut donner de précisions sur les Lois fondamentales qui devraient être appliquées à la construction de robots non assujettis aux principes des lois actuelles. Or, prenons le cas d’un aveugle ; il peut lire des ouvrages imprimés en Braille, ou enregistrés sur disques. Supposez maintenant que vous ignoriez l’existence de l’alphabet Braille ou des enregistrements sonores de certains ouvrages. Ne pourriez-vous pas, en toute loyauté, déclarer qu’un homme y voit clair, par le seul fait qu’il connaît le contenu de nombreux livres filmés ? Et quelle serait, dans ce cas, votre erreur !

— Oui, certes ! fit le savant, se radoucissant. Je vois où vous voulez en venir ! Mais votre argument ne tient pas, car il n’en demeure pas moins vrai qu’un aveugle ne peut pas lire avec ses yeux ; or, en utilisant votre comparaison même, je dirai que c’était précisément cela que je vérifiais il y a un instant. Eh bien, croyez-moi sur parole, quels que puissent être les organes d’un robot non assujetti à la Première Loi, ce que je puis vous affirmer c’est que R. Daneel est entièrement conforme aux normes de ladite Première Loi.

— Ne peut-il pas avoir falsifié ses réponses, pour les besoins de la cause ? demanda Baley qui se rendit compte qu’il perdait pied.

— Bien sûr que non ! C’est en cela que réside la différence essentielle entre le robot et l’homme. Un cerveau humain, ou n’importe quel cerveau de mammifère, ne peut pas être complètement analysé, quelle que soit la méthode mathématique actuellement connue que l’on emploierait. On ne peut donc, en ce qui le concerne, émettre un jugement véritablement sûr. En revanche, le cerveau d’un robot est entièrement analysable, sinon il n’aurait pas pu être construit. Nous savons donc exactement quelles doivent être les réactions que provoqueront en lui certains actes ou certaines paroles. Aucun robot ne peut falsifier ses réponses. Commettre ce que vous appelez une falsification, autrement dit un mensonge, est un acte qu’un robot est positivement incapable d’accomplir.

— Bon ! Alors, revenons-en aux faits. R. Daneel a incontestablement menacé de son arme une foule d’êtres humains. Je l’ai vu de mes yeux, car j’y étais. Même en tenant compte du fait qu’il n’a pas tiré, est-ce que les exigences de la Première Loi n’auraient pas dû, en pareil cas, provoquer une sorte de paralysie de ses centres nerveux Or, rien de tel ne s’est produit, et après l’incident, il m’a paru parfaitement normal.

Le savant réfléchit un instant, en se grattant le menton, puis il murmura :

— En effet, il y a là quelque chose d’anormal.

— Pas le moins du monde ! déclara R. Daneel, dont l’intervention soudaine fit tressaillir les deux hommes. Mon cher associé, ajouta-t-il, voulez-vous vous donner la peine d’examiner le revolver que vous venez de me prendre ?

Baley, qui tenait encore l’arme dans sa main gauche, le regarda, interloqué.

— Ouvrez donc le barillet ! continua le robot.

Le policier hésita un instant, puis il se décida à poser sur la table son propre revolver, et d’un mouvement très vif, il ouvrit celui de Daneel.

— Il n’est pas chargé ! dit-il, abasourdi.

— Non, il est vide ! confirma le robot. Et si vous voulez bien l’inspecter plus à fond, vous constaterez qu’il n’a jamais été chargé, et qu’il n’a même pas de percuteur. C’est une arme inutilisable.

— Ainsi donc, répliqua Baley, vous avez menacé la foule avec une arme non chargée ?

— Mon rôle de détective m’obligeait à porter une arme, sans quoi personne ne m’aurait pris au sérieux. Cependant, si j’avais eu sur moi un revolver utilisable et chargé, un accident aurait pu se produire, causant un dommage à quelqu’un et il va sans dire qu’une telle éventualité est inadmissible pour un robot. J’aurais pu vous expliquer cela plus tôt, mais vous étiez trop en colère, et vous ne m’auriez ni écouté ni cru.

Baley considéra longuement l’arme inutilisable qu’il tenait dans sa main, et, se tournant vers le savant, il lui dit, d’une voix lasse :

— Je crois que je n’ai plus rien à vous demander, docteur ; il ne me reste qu’à vous remercier pour votre précieux concours.

Dès que le savant eut pris congé, Baley donna l’ordre qu’on lui apportât son déjeuner au bureau, mais, quand on le lui servit (il consistait en un gâteau à la frangipane synthétique, et en un morceau de poulet frit, de taille assez exceptionnelle), il ne put que le regarder fixement, sans y toucher. Une foule de pensées contradictoires tourbillonnait dans son cerveau, et les longues rides de son visage émacié semblaient s’être encore plus creusées, lui donnant un aspect sinistre. Il avait le sentiment de vivre dans un monde irréel, un monde cruel, un monde à l’envers.

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