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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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— Est-ce que cette règle de vie est incorporée dans vos lois ? demanda-t-il.

— Il s’en faut de beaucoup, dit Baley. Elle ne se prête pas à des applications légales. Elle exige que chaque individu s’y conforme spontanément, par le seul fait qu’il en éprouve l’impérieux besoin. C’est vous dire que, dans un sens, elle a plus de portée que toute loi humaine.

— Plus de portée qu’une loi ? Cela aussi me parait être un contresens, comme cette volonté inconsciente dont vous parliez tout à l’heure.

— Je crois, répliqua Baley en souriant finement, que la meilleure façon de vous faire comprendre de quoi il s’agit consiste à vous citer un passage de la Bible elle-même. Cela vous intéresserait de l’entendre ?

— Mais oui, bien sûr ! fit le robot.

Baley ralentit, puis arrêta la voiture, et il resta un long moment silencieux, cherchant, les yeux fermés, à se rappeler le texte exact auquel il pensait. Il aurait aimé raconter ce récit sacré dans la langue un peu archaïque d’autrefois, mais il estima que, pour être bien compris de R. Daneel, il valait mieux utiliser le langage moderne courant. C’est pourquoi cette citation biblique prit l’air d’une histoire contemporaine, et non pas d’une évocation d’un temps presque immémorial.

— Jésus, dit-il, S’en alla sur le mont des Oliviers, et, à l’aube, Il revint au temple. Tout le peuple s’assembla autour de Lui, et, S’étant assis, Il Se mit à enseigner. Les Scribes et les Pharisiens Lui présentèrent une femme qui venait de commettre un adultère, et ils Lui dirent : « Seigneur, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la Loi de nos Pères, nous a ordonné de lapider celles qui se rendaient coupables d’un tel péché. Qu’en pensez-vous ? » En Lui posant cette question, ils pensaient Lui tendre un piège et trouver dans Sa réponse un motif d’accusation contre Lui. Mais Jésus, Se penchant en avant, traça sur le sable des signes avec Son doigt, comme s’il ne les avait pas entendus. Comme ils répétaient leur question, Il Se leva et leur dit : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! » Puis Il Se rassit et Se remit à écrire sur le sable. Et tous ceux qui L’entouraient, sachant bien dans leur conscience, qu’ils n’étaient pas nets de péché, se retirèrent les uns après les autres, du plus vieux jusqu’au plus jeune. Jésus donc Se trouva bientôt seul avec la femme adultère, qui se tenait devant Lui. S’étant levé et ayant constaté que la pécheresse restait seule avec Lui, Il lui dit : « Femme, où sont tes accusateurs ? Personne ne t’a donc condamnée ? » Et elle Lui répondit : « Non, Seigneur, personne ! » Alors, Jésus lui dit : « Moi non plus, Je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus !… »

R. Daneel, qui avait écouté attentivement, demanda :

— Qu’est-ce que l’adultère ?

— Peu importe. C’était un crime, et, à l’époque de ce récit, il était légalement puni de lapidation, c’est-à-dire qu’on jetait des pierres contre la coupable, jusqu’à ce qu’elle mourût.

— Et cette femme était coupable ?

— Oui.

— Alors, pourquoi n’a-t-elle pas été lapidée ?

— Aucun de ses accusateurs ne s’en est senti le droit, après ce que Jésus leur avait déclaré. Cette histoire sert à démontrer qu’il y a quelque chose de plus fort que le sens et le goût de la justice, tels qu’on vous les a inculqués, Daneel. L’homme est capable de grands élans de charité, et il peut aussi pardonner. Ce sont là deux choses que vous ne connaissez pas.

— Non, Elijah. On ne m’a pas appris ces mots-là.

— Je le sais, murmura Baley. Je le sais bien !

Il démarra brusquement et fonça à toute vitesse sur l’autoroute, si vite qu’il se sentit pressé contre le dossier de son siège.

— Où allons-nous ? demanda R. Daneel.

— A l’usine de levure, pour obtenir la vérité du dénommé Francis Clousarr, conspirateur.

— Avez-vous une méthode particulière pour cela, Elijah ?

— Non, pas moi, Daneel ! Pas précisément ! Mais vous, vous en avez une, et elle est très pratique !

Ils se hâtèrent vers le but de leur enquête.

15

Arrestation d’un conspirateur

A mesure qu’il approchait du quartier des usines de levure, Baley sentit, plus pénétrante, l’odeur particulière qui en émanait. Contrairement à bien des gens, à Jessie par exemple, il ne la trouvait pas désagréable, et même il avait tendance à l’aimer, car elle lui rappelait de bons souvenirs.

En effet, chaque fois qu’elle lui piquait de nouveau les narines, cette odeur le ramenait à plus de trente ans en arrière. Il se revoyait, gamin de dix ans, rendant visite à son oncle Boris, qui travaillait dans une des usines de produits synthétiques à base de levure. L’oncle Boris avait toujours une petite réserve de friandises : c’étaient des petits bonbons chocolatés, qui contenaient de la crème sucrée, ou encore des gâteaux plus durs ayant la forme de chats et de chiens. Si jeune qu’il fût alors, il savait très bien qu’oncle Boris n’aurait pas dû disposer ainsi de gâteries ; aussi le jeune Lije les mangeait-il toujours subrepticement, accroupi dans un coin de la salle où travaillait son oncle, et tournant le dos à tout le monde ; et il les avalait très vite, de peur d’être pris en faute. Mais les friandises n’en étaient que meilleures.

Pauvre oncle Boris ! Il avait eu un accident mortel. On n’avait jamais dit à Lije ce qui s’était passé, et il avait versé des larmes amères, parce qu’il s’était figuré que cet oncle si bon avait dû être arrêté pour avoir volé des gâteaux à son intention ; et l’enfant avait longtemps pensé qu’on l’arrêterait, lui aussi, pour les avoir mangés, et qu’on le ferait mourir comme son oncle. Beaucoup plus tard, devenu policier, Baley avait vérifié soigneusement les dossiers de la Préfecture, et il avait fini par trouver la vérité : l’oncle Boris était tombé sous un camion. Cette découverte avait mis un terme assez désappointant à ce mythe romanesque ; mais, chaque fois qu’une odeur de levure flottait dans l’air, elle ne manquait pas de raviver en lui, ne fût-ce qu’un fugitif instant, le souvenir du mythe disparu.

Le « quartier de la levure » n’était cependant pas le nom officiel d’un secteur de New York ; aucun plan de la ville ne le mentionnait, et la presse ne l’utilisait pas ; mais, dans le langage courant, on désignait ainsi les arrondissements périphériques de la Cité, à savoir Newark, New Brunswick et Trenton. C’était un vaste espace qui s’étendait sur ce que, à l’Epoque Médiévale, on appelait New Jersey ; on y trouvait, surtout à Newark et à Trenton, de nombreux immeubles d’habitation, mais la majeure partie de ce quartier était occupée par des usines de levure ; à vrai dire, c’étaient plutôt des fermes, où l’on cultivait des milliers de variétés de levures, qui servaient à la fabrication d’aliments de toutes espèces. Un cinquième de la population travaillait à cultiver cette denrée, et un autre cinquième était employé dans des usines, où s’effectuait la transformation des autres matières premières nécessaires à l’alimentation de la Cité. Celle-ci recevait quotidiennement, en effet, des montagnes de bois et de cellulose brute qui provenaient des monts Alleghanis ; cette cellulose était traitée dans des bassins colossaux pleins d’acide, où on l’hydrolysait en glucose ; puis on y incorporait principalement des tonnes de nitrates et de phosphates, et, en quantités moins importantes, des matières organiques issues des laboratoires de produits chimiques. Mais toutes ces opérations n’aboutissaient qu’à produire, toujours et davantage, une seule et même denrée : la levure. Sans elle, six des huit milliards d’habitants de la Terre seraient morts de faim en moins d’un an.

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