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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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Comment en était-il donc arrivé là ? Il revécut en pensée tous les événements du proche passé, lequel lui parut un rêve nébuleux et invraisemblable ; ce cauchemar avait commencé dès qu’il avait franchi la porte du bureau de Julius Enderby, et, depuis lors, il n’avait cessé de se débattre dans un enfer peuplé d’assassins et de robots. Et dire, pourtant, que cela ne durait que depuis cinquante heures !…

Il avait, avec obstination, cherché à Spacetown la solution du problème. Par deux fois, il avait accusé R. Daneel de meurtre, tout d’abord en tant qu’homme déguisé en robot, et ensuite en tant que robot caractérisé. Mais, à deux reprises, ses accusations avaient été réduites à néant.

Il se trouvait donc complètement mis en échec, et, malgré lui, forcé d’orienter ses recherches vers la Cité ; or, depuis la veille au soir, il n’osait plus le faire.

Il avait parfaitement conscience que certaines questions se posaient inlassablement à lui, des questions qu’il se refusait à entendre, parce que, s’il les écoutait, il lui faudrait y répondre, et que ces réponses-là, il ne pouvait les envisager.

Soudain, il sursauta : une main robuste lui secouait l’épaule, et on l’appelait par son nom. Se retournant, il constata qu’il s’agissait d’un de ses collègues, Philip Norris.

— Qu’est-ce qu’il y a, Phil ? lui dit-il.

Norris s’assit, posa ses mains sur ses genoux, se pencha en avant, et scruta longuement le visage de Baley.

— C’est à toi qu’il faut demander ce qui t’arrive, Lije ! Tu m’as l’air d’avoir pris trop de drogues, ces temps-ci ! Quand je suis entré, tout à l’heure, je t’ai trouvé assis, les yeux grands ouverts, et tu avais une vraie tête de mourant, ma parole !

Il passa la main dans sa chevelure blonde, plutôt clairsemée, se gratta un peu, et considéra avec envie, de ses yeux perçants, le repas de son camarade.

— Du poulet, mon cher ! Rien que ça ! On en arrive à ne plus pouvoir en obtenir sans ordonnance médicale…

— Eh bien, mange-le ! dit Baley avec indifférence.

Mais Norris tint à sauver les apparences, et répliqua d’un air faussement détaché :

— Oh, je te remercie ! Mais je vais déjeuner dans un instant. Garde ça pour toi, tu en as besoin ! Dis donc, qu’est-ce qui se passe avec le patron ?

— Quoi ?

Norris s’efforça de ne pas paraître trop intéressé, mais l’agitation de ses mains le trahit.

— Allons ! fit-il. Tu sais bien ce que je veux dire ! Tu ne le quittes pour ainsi dire pas depuis quelques jours. Qu’est-ce qui se mijote ? Tu vas avoir de l’avancement ?

Baley fronça les sourcils. Cet entretien le ramenait à des réalités très banales. Il y avait au sein de l’administration beaucoup d’intrigues entre fonctionnaires concurrents, et Norris, dont l’ancienneté correspondait à celle de Baley, ne manquait sûrement pas de relever avec soin les indices tendant à prouver que son collègue risquait d’avancer plus vite que lui.

— Non, non ! répliqua Baley. Aucun avancement en perspective, mon vieux ! Tu peux me croire ! Il ne se passe rien de particulier, rien du tout, je t’assure ! Et si c’est du patron que tu as besoin, eh bien, je voudrais bien pouvoir te le repasser ! Bon sang, prends-le !

— Ecoute, Lije, ne me comprend pas de travers ! Que tu obtiennes de l’avancement, cela m’est égal. Mais si tu as un peu de crédit auprès du patron, pourquoi ne pas t’en servir au profit du gosse ?

— Quel gosse ?

Norris n’eut pas besoin de répondre, car Vince Barrett, le garçon de courses qu’on avait remplacé par R. Sammy, s’approcha à ce moment du bureau de Baley ; il tournait nerveusement dans sa main une casquette défraîchie, et un pâle sourire plissait un peu la peau de ses joues aux pommettes trop saillantes.

— Bonjour, monsieur Baley, dit-il.

— Ah ! bonjour, Vince ! Comment vas-tu ?

— Pas trop bien, monsieur Baley ! répliqua Barrett, dont le regard affamé se posa sur l’assiette intacte du détective.

« Il a l’air complètement perdu… à moitié mort ! se dit Baley. Voilà ce que c’est que le déclassement ! Mais enfin, tout de même, est-ce que j’y peux quelque chose ? Qu’est-ce qu’il me veut, ce gosse ? »

Sa réaction fut si violente qu’il faillit s’exprimer à haute voix. Mais, se dominant, il se borna à dire au garçon :

— Je suis désolé pour toi, petit.

Que pouvait-il donc lui dire d’autre ?

— Je me dis tous les jours : peut-être que ça va changer ! dit Barrett.

Norris se rapprocha de Baley, et lui parla à l’oreille.

— Il faut absolument faire quelque chose pour arrêter ça, Lije ! Maintenant, c’est Chen-Low qu’on va liquider !…

— Qu’est-ce que tu dis ?

— Tu n’en as donc pas entendu parler ?

— Non ! Mais voyons, c’est un C. 3 ! Il a dix ans de métier !

— D’accord. Mais une machine avec des jambes peut faire son travail. Alors, à qui le tour, après lui ?

Le jeune Vince Barrett, indifférent à ces propos murmurés à voix basse, semblait réfléchir.

— Monsieur Baley ! demanda-t-il soudain.

— Oui, Vince…

— Vous savez ce qu’on raconte ? On dit que Lyrane Millane, le danseur qu’on voit souvent au cinéma, est en réalité un robot.

— C’est idiot.

— Pourquoi donc ? On dit que maintenant on peut faire des robots tout pareils à des hommes, avec une espèce de vraie peau en matière plastique.

Baley, songeant avec amertume à R. Daneel, ne trouva rien à répondre et se borna à secouer la tête.

— Dites, monsieur Baley, reprit le garçon de courses. Est-ce que ça dérange, si je fais un petit tour ? Ca me fait du bien de revoir le bureau.

— Non, non, petit ! Va te promener !

Barrett s’en alla, suivi des yeux par les deux détectives.

— Vraiment, murmura Norris, on dirait que les Médiévalistes ont de plus en plus raison !…

— De quoi faire, Phil ? De préconiser le retour à la terre ?

— Non. De s’opposer à l’utilisation des robots. Le retour à la terre ? Allons donc ! La vieille planète a un avenir illimité, va ! Mais nous n’avons pas besoin de robots, voilà tout !

— Avec une population de huit milliards d’individus, et de moins en moins d’uranium ? Qu’est-ce que tu vois d’illimité là-dedans ?

— Bah ! Si on manque d’uranium, on en importera ! Ou bien on trouvera un autre moyen de désintégrer l’atome ! L’humanité ne peut en aucun cas cesser de progresser, Lije ! Il ne faut jamais verser dans le pessimisme, mon vieux ! Il faut garder la foi en notre vieux cerveau d’homme ! Notre plus grande richesse, c’est notre génie créateur, Lije ! Et, crois-moi, ces ressources-là, elles ne tariront jamais !

Il était plein de son sujet, et reprit ardemment :

— Par exemple, nous pouvons utiliser l’énergie solaire, et ça, pendant des milliers d’années. Nous pouvons construire, dans l’orbite de Mercure, des centrales d’énergie solaire, et transmettre par réflexion à la Terre la force emmagasinée dans des accumulateurs géants.

Ce projet, Baley le connaissait bien. Il y avait plus de cent cinquante ans que les savants l’étudiaient ; mais ce qui les empêchait d’aboutir, c’était l’impossibilité de transmettre à cent millions de kilomètres des rayons générateurs d’énergie, sans que leur puissance subisse en cours de route une perte colossale. C’est ce que Baley répliqua à son collègue.

— Allons donc ! fit Norris. Tu verras que, le moment venu, on y arrivera ! Pourquoi s’en faire ?

Baley s’imaginait très bien en quoi consisterait un monde terrestre jouissant de ressources illimitées d’énergie. La population continuerait de croître, de même que les usines d’aliments synthétiques à base de levure, et les centrales hydroponiques. Comme l’énergie était la seule chose indispensable, on tirerait les matières premières des régions habitées de la Galaxie. Si l’on venait à manquer d’eau, on pourrait en faire venir de Jupiter. On pourrait même geler les océans et les transporter dans l’espace, pour en faire, tout autour de la Terre, de petits satellites de glace ; de cette manière, ils resteraient toujours disponibles quand on en aurait besoin ; et, en même temps, le fond des mers pourrait être mis en exploitation, augmentant ainsi l’espace vital des populations terrestres. Le carbone et l’oxygène pourraient être non seulement maintenus sur Terre en quantité suffisante, mais encore obtenus par un traitement approprié du méthane composant l’atmosphère de Titan, ou encore de l’oxygène gelé se trouvant dans Ombriel. La population terrestre pourrait atteindre un ou deux trillions. Pourquoi pas ? On avait bien cru, jadis, que jamais elle ne pourrait atteindre huit milliards, et que même un milliard était un chiffre invraisemblable. Depuis l’Epoque Médiévale, les prophètes du Malthusianisme destructeur du monde n’avaient jamais manqué à chaque génération, et la suite des événements leur avait toujours donné tort…

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