Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: Hachette/Gallimard
- Переводчик: Jacques Brecard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
— Voilà ! dit Jessie, qui, très satisfaite de son œuvre, tapota légèrement ses cheveux. Je crois que ça pourra aller !
L’opération avait duré plus de la seconde annoncée, mais il en avait fallu moins de quinze pour la mener à bien. Baley l’avait pourtant trouvée interminable, et ce fut d’un ton nerveux qu’il dit à sa femme :
— Allons, viens maintenant !
Elle eut à peine le temps de remettre les objets dans son sac, que déjà le détective l’entraînait hors du bureau.
Dès qu’ils eurent atteint un embranchement absolument désert de l’autoroute, Baley arrêta la voiture, et, se tournant vers son épouse, il lui demanda :
— Alors, Jessie, de quoi s’agit-il ?
Depuis leur départ de l’Hôtel de Ville, la jeune femme était demeurée impassible ; mais son calme commença à l’abandonner, et elle regarda tour à tour d’un air éperdu son mari et R. Daneel, sans prononcer une parole.
— Allons, Jessie ! reprit Baley. Je t’en prie, dis-nous ce que tu as sur le cœur. As-tu commis un crime ? Un véritable crime ?…
— Un crime ? répéta-t-elle en secouant la tête, comme si elle ne comprenait pas la question.
— Voyons Jessie, reprends-toi ! Pas de simagrées, veux-tu ? Réponds-moi simplement oui ou non. As-tu… as-tu tué quelqu’un ?
L’égarement de Jessie fit place à l’indignation.
— Qu’est-ce qui te prend, Lije ? s’écria-t-elle.
— Réponds-moi oui ou non.
— Eh bien, non, bien sûr !
Baley sentit la barre qui pesait sur son estomac devenir moins dure.
— Alors, quoi ? reprit-il. As-tu volé quelque chose ? As-tu falsifié tes comptes au restaurant ? As-tu attaqué quelqu’un ? As-tu détérioré du matériel ?… Allons, parle !
— Je n’ai… je n’ai rien fait de précis… enfin, rien dans le genre de ce que tu viens de dire !… Ecoute, Lije, fit-elle en regardant autour d’elle, est-il bien nécessaire de rester ici ?
— Oui, jusqu’à ce que tu nous aies répondu. Alors, commence par le commencement. Qu’est-ce que tu es venue me dire ?
Le regard de Baley croisa celui de R. Daneel, par-dessus la tête baissée de la jeune femme, et Jessie se mit à parler, d’une voix douce qui, à mesure qu’elle racontait son histoire, gagna en force et en netteté.
— Il s’agit de ces gens, Lije… tu sais bien… les Médiévalistes. Ils sont toujours là, à tourner autour de nous, et à parler. Même autrefois, quand j’ai commencé à travailler, c’était comme ça. Tu te rappelles Elisabeth Tornbowe ? Elle était médiévaliste ; elle disait tout le temps que nos ennuis avaient commencé quand on avait construit les Cités et que c’était bien mieux avant. Moi, je lui demandais toujours comment elle pouvait être si sûre de ce qu’elle affirmait ; je le lui ai surtout demandé dès que nous avons été mariés, Lije, et tu te rappelles que nous en avons souvent discuté, toi et moi. Alors, elle me citait des passages tirés d’un tas de petites brochures qu’on n’a jamais cessé de publier. Par exemple : La Honte des Cités… je ne me rappelle plus qui avait écrit ça…
— Ogrinsky, répliqua Baley d’une voix indifférente.
— Oui, c’est ça. Remarque que, la plupart du temps ce qu’elle disait ne tirait pas à conséquence. Et puis, quand je t’ai épousé, elle est devenue sarcastique. Elle m’a déclaré : « J’ai idée que vous allez afficher une fervente admiration pour les Cités, maintenant que vous êtes mariée à un policier ! » A partir de ce moment-là, elle ne m’a plus dit grand-chose, et puis j’ai changé de service et je ne l’ai plus vue que rarement. Je suis convaincue, d’ailleurs, que bien souvent elle ne cherchait qu’à m’impressionner et à se donner des airs mystérieux ou importants. Elle était vieille fille, et elle est morte sans jamais avoir réussi à se marier. Beaucoup de ces Médiévalistes ont des cases qui leur manquent, tu le sais bien, Lije ! Je me rappelle qu’un jour tu m’as dit que souvent les gens prennent leurs propres lacunes pour celles de la société qui les entoure, et qu’alors ils cherchent à réformer ladite société parce qu’ils sont incapables de se réformer eux-mêmes.
Baley se rappelait fort bien avoir émis cette opinion, mais ses propres paroles lui parurent maintenant banales et superficielles.
— Ne t’écarte pas du sujet, Jessie, lui dit-il gentiment.
— Quoi qu’il en soit, reprit-elle, Lizzy parlait tout le temps d’un certain jour qui ne manquerait pas d’arriver. En prévision de ce jour, il fallait se tenir les coudes. Elle disait que c’était la faute des Spaciens, qui tenaient à maintenir la Terre dans un état de faiblesse et de décadence. La décadence, c’était un de ses grands mots. Elle examinait les menus que je préparais pour la semaine suivante, et déclarait avec mépris : « Décadent ! Décadent ! » Jane Myers l’imitait à la perfection et nous faisait mourir de rire à la cuisine. Quant à Elisabeth, elle répétait sans se lasser qu’un jour viendrait où nous détruirions les Cités, où nous retournerions à la terre, et où nous réglerions leur compte à ces Spaciens, qui essaient de nous enchaîner pour toujours aux Cités en nous imposant leurs robots. Mais elle n’appelait jamais ceux-ci des robots : elle disait que c’était des monstres mécaniques sans âme. Pardonnez-moi de répéter le terme, Daneel.
— Je ne connais pas la signification de cette expression, Jessie ; mais, de toute façon, soyez sûre que vous êtes excusée. Continuez, je vous prie.
Baley s’agita nerveusement sur son siège. C’était une vraie manie de Jessie, que de ne jamais pouvoir raconter une histoire sans tourner d’abord autour du sujet, quelles que fussent l’importance ou l’urgence de celui-ci.
— Quand Elisabeth parlait ainsi, continua-t-elle, elle voulait toujours nous faire croire que beaucoup de gens participaient à ce mouvement. Ainsi, elle disait : « A la dernière réunion… », et puis elle s’arrêtait, et me regardait, moitié fière et moitié craintive. Elle aurait voulu sans doute que je l’interroge à ce sujet, ce qui lui aurait permis de prendre des airs importants ; mais, en même temps, elle avait sûrement peur que je lui cause des ennuis. Bien entendu, je ne lui ai jamais posé une seule question : je ne voulais pour rien au monde lui faire ce plaisir. De toute façon, Lije, notre mariage a mis fin à tout cela, jusqu’à ce que…
Elle s’arrêta court.
— Allons, continue, Jessie ! dit Baley.
— Est-ce que tu te rappelles, Lije, reprit-elle, la discussion que nous avons eue autrefois, à propos… à propos de Jézabel ?
— Je ne vois pas le rapport.
Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler que Jézabel était le prénom de son épouse, et non pas celui d’une tierce personne. Et, presque inconsciemment, il se tourna vers R. Daneel pour lui donner une explication.
— Le vrai prénom de Jessie, c’est Jézabel ; mais elle ne l’aime pas et elle ne veut pas qu’on s’en serve.
Le robot fit gravement de la tête un signe d’acquiescement, et Baley se dit qu’après tout il était stupide de perdre son temps à se préoccuper de ce que pouvait penser son associé.
— Cette discussion m’a longtemps tracassée, Lije, je t’assure, dit Jessie. C’était sans doute très bête, mais j’ai beaucoup réfléchi par la suite à tout ce que tu m’avais dit ; j’ai surtout été frappée de ce que Jézabel, à ton avis, avait un tempérament conservateur et luttait pour maintenir les traditions de ses ancêtres, en s’opposant aux nouvelles coutumes que l’étranger tentait d’imposer. Et comme je portais le même nom qu’elle, j’en suis venue à… comment dire ?…