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Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]

Электронная книга - «Les cavernes d'acier [The Caves of Steel - fr]». Краткое содержание книги:

Les cavernes d’acier sont les villes souterraines du futur. Là, bien que privés d’air et de lumière naturels, des millions d’hommes vivent à un rythme étourdissant.
Malgré une civilisation superscientifique et l’apparition de robots intelligents, les passions humaines n’ont pas cessé pour autant et le meurtre n’a pas disparu.
Mais le problème de Lije Baley West pas seulement de retrouver un meurtrier, il est aussi d’y parvenir avant son collègue R. Daneel. R. = Robot, car R. Daneel est un androïde au cerveau électronique ultraperfectionné, créé certes par l’homme, mais qui n’attend peut-être que l’occasion de prendre sa place.
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— A t’identifier à elle ? suggéra son mari.

— Oui, c’est ça, répondit-elle. (Mais, secouant aussitôt la tête, et fuyant le regard de Baley, elle ajouta :) Oh ! bien sûr, pas complètement ! Mais j’ai pensé que nous étions un peu le même genre de femme.

— Allons, Jessie, ne dis pas de bêtises !

— Ce qui m’a de plus en plus impressionnée, continua-t-elle sans se laisser troubler par cette interruption, c’est que je trouvais une grande analogie entre l’époque de Jézabel et la nôtre. Nous, les Terriens, nous avions nos habitudes, et puis voilà que les Spaciens sont venus, avec une quantité d’idées nouvelles qu’ils ont essayé de nous imposer contre notre gré. Alors, peut-être bien que les Médiévalistes avaient raison, et que nous devrions revenir aux bonnes vieilles manières de vivre d’autrefois. Et c’est à cause de cela que je suis retournée voir Elisabeth.

— Ah, vraiment ! Et alors ?…

— Elle m’a d’abord déclaré qu’elle ne savait pas de quoi je voulais parler, et que ce n’était pas un sujet dont on pouvait discuter avec une femme de policier. Mais je lui ai dit que ton métier et mes opinions personnelles étaient deux choses complètement distinctes. Alors elle a fini par me répondre : « Bon ! Eh bien, j’en parlerai à quelqu’un. » Un mois plus tard, elle est venue me voir, et elle m’a dit : « C’est d’accord, vous pouvez venir. » Et depuis cette époque-là, j’ai toujours assisté aux réunions.

— Et tu ne m’en as jamais parlé ! fit Baley, douloureusement.

— Je t’en demande pardon, Lije ! murmura-t-elle, d’une voix tremblante.

— Ca ne sert à rien, Jessie, de me demander pardon. Ce qu’il faut maintenant, c’est me dire ce que c’était que ces réunions. Et d’abord, où avaient-elles lieu ?

Il commençait à se sentir moins oppressé, moins bouleversé. Ce qu’il avait essayé de croire impossible se révélait au contraire la vérité, une vérité évidente, indubitable. Dans un sens, il éprouva un soulagement à voir se dissiper ses incertitudes.

— Justement ici, répondit-elle. Ici même !

— Qu’est-ce que tu dis ? Là où nous sommes ?

— Je veux dire : sur l’autoroute. C’est pour ça que je ne voulais pas que nous y venions, tout à l’heure. C’est un endroit très commode pour se réunir !

— Combien étiez-vous ?

— Je ne sais pas exactement. Soixante, soixante-dix peut-être… Ca se passait sur un embranchement généralement désert. On y apportait des pliants et des rafraîchissements. Quelqu’un faisait un discours, la plupart du temps pour décrire la vie merveilleuse qu’on menait autrefois, et pour annoncer qu’un jour viendrait où l’on se débarrasserait des monstres, c’est-à-dire des robots, et aussi des Spaciens. Ces discours étaient en réalité assez ennuyeux, parce que c’étaient toujours les mêmes. On se bornait à les endurer. Ce qui nous faisait le plus plaisir, c’était de nous retrouver tous et de nous figurer que nous faisions quelque chose d’important. Nous nous jurions fidélité par des serments solennels, et nous convenions de signes secrets par lesquels nous nous reconnaîtrions les uns les autres en public.

— Personne ne venait donc jamais vous interrompre, ni patrouilles de police ni voitures de pompiers ?

— Non, jamais.

— Est-ce une chose anormale, Elijah ? demanda R. Daneel.

— Non, pas très ! répliqua Baley, songeur. Il y a certains embranchements d’autoroutes qui ne sont pratiquement jamais utilisés. Mais ce n’est pas facile du tout de les connaître. Est-ce tout ce que vous faisiez à ces réunions, Jessie ? Vous vous borniez à écouter des discours et à jouer aux conspirateurs ?

— Oui, c’est à peu près tout. Quelquefois, on chantait en chœur. Et puis, naturellement, on buvait du jus de fruit et on mangeait des sandwiches.

— Eh bien, alors, s’écria-t-il presque brutalement, je ne vois vraiment pas ce qui te tourmente, maintenant !

— Oh, fit-elle en tressaillant, à quoi bon te le dire ? Tu es en colère…

— Je te prie de me répondre ! dit-il, s’armant d’une patience d’airain. Si vous ne faisiez que vous livrer à des activités aussi inoffensives, veux-tu me dire pourquoi, depuis deux jours, tu es tellement affolée ?…

— J’ai pensé qu’ils allaient te faire du mal, Lije. Pour l’amour du Ciel, pourquoi te donnes-tu l’air de ne pas comprendre ? Je t’ai pourtant tout expliqué !

— Non, tu ne l’as pas fait ! Pas encore ! Tu m’as raconté une petite histoire de conspiration de café à laquelle tu as pris part, c’est tout ! Est-ce qu’ils se sont jamais livrés à des manifestations en public ? Ont-ils détruit des robots, ou fomenté des émeutes, ou tué des gens ?…

— Jamais, Lije ! Tu sais bien que je ne ferais jamais rien de ce genre, et que, s’ils avaient tenté une de ces actions-là, j’aurais donné ma démission !

— Alors, veux-tu me dire pourquoi tu nous as parlé d’une chose terrible que tu as faite ? Pourquoi t’attends-tu à être arrêtée ?

— Eh bien, voilà… Nous parlions souvent du jour où la pression exercée sur le gouvernement serait telle qu’il serait obligé de céder. Pour cela, on allait s’organiser ; et, quand on serait prêts, on pourrait provoquer de grandes grèves qui arrêteraient les usines. Cela obligerait le gouvernement à supprimer les robots et à exiger que les Spaciens retournent d’où ils sont venus. J’ai toujours pensé que c’étaient des paroles en l’air, et puis voilà que cette affaire a commencé… je veux dire ton association avec Daneel. Alors, on a dit : « C’est maintenant qu’il faut agir ! On va faire un exemple, qui arrêtera net l’invasion des robots. » Les femmes en ont parlé aux Toilettes, sans savoir qu’il s’agissait de toi, Lije. Mais moi, je m’en suis doutée, tout de suite.

Sa voix se brisa, et Baley lui dit, doucement :

— Mais voyons, Jessie, c’était de l’enfantillage ! Tu vois bien que c’étaient des commérages de femmes, et qu’il ne s’est rien passé du tout !

— Ah, je ne sais pas ! dit-elle. J’ai eu si peur, si peur ! Je me suis dit : « Je fais partie du complot. Si on tue quelqu’un, si on détruit quelque chose, Lije va se faire tuer, Bentley aussi peut-être, et ce sera ma faute, et il faudra que j’aille en prison !… »

Elle s’effondra en sanglotant sur l’épaule de Baley, qui la maintint serrée contre lui, et, pinçant les lèvres, regarda longuement R. Daneel ; celui-ci, ne manifestant pas la moindre émotion, observait calmement la scène.

— Et maintenant, Jessie, dit son mari, je voudrais que tu réfléchisses un peu. Qui était le chef de ton groupe ?

Elle se calma petit à petit, et tamponna ses yeux avec son mouchoir.

— Il y avait un nommé Joseph Klemin, mais, en réalité, il n’avait aucune autorité : il était petit, un mètre soixante-cinq environ, et je crois que, dans sa famille, on lui menait la vie dure. Je ne pense pas qu’il soit dangereux. Tu ne vas pas l’arrêter, Lije, sur mon témoignage ? s’écria-t-elle, confuse et tourmentée.

— Pour l’instant, je n’ai pas l’intention d’arrêter qui que ce soit. Comment Klemin recevait-il des ordres ?

— Je n’en sais rien.

— Y avait-il des étrangers à ces réunions, des gens importants venant d’un comité central ?

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