Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Tamberly secoua la tête. « Ça ne servirait à rien. Vu la rapidité avec laquelle les conditions évoluaient durant cette phase de réchauffement, je serais obligée de repartir de zéro. Et mes découvertes ne seraient guère utiles à l’étude de la période de migration humaine qui intéresse la Patrouille.
— Ouais. C’est précisément pour cette raison qu’on a mis un veto à sa suggestion. Mais reconnais qu’il a fait son possible.
— Je n’en disconviens pas. » Son débit s’accéléra. « J’ai pas mal cogité de mon côté. Et voici le résultat de mes réflexions. Mon travail mérite d’être achevé – même si je ne peux brosser qu’une esquisse, elle nous sera fichtrement utile pour la suite. Et peut-être pourrais-je aider les Tulat… rien qu’un peu, avec la prudence qui s’impose et en rendant des comptes… les aider non pas à altérer leur destinée mais à alléger le fardeau de souffrance qui va peser sur certains individus. Le docteur Corwin a sous-entendu… nous étions allés dîner ensemble… Sur le moment, j’ai chassé cette idée de mon esprit, mais je crois que j’ai changé d’avis. Plutôt que de retourner chez Aryuk, parmi les Tulat, et si je rejoignais Corwin chez les nouveaux venus ? »
Ce fut comme un coup de tonnerre dans le crâne d’Everard. Il posa sa pipe et se composa un visage indéchiffrable. « C’est contraire aux usages », articula sa bouche.
Tamberly éclata de rire. « Je compte sur toi pour faire comprendre au bon docteur qu’il n’est absolument pas mon type. Je ne voudrais pas qu’il soit déçu. En outre, nous devrons mettre les bouchées doubles question boulot si nous ne voulons pas trop affecter cette tribu. »
Elle reprit son sérieux. Voyait-il des larmes perler à ses cils ? « Manse, c’est pour cela que j’ai besoin de toi. D’abord, tes conseils me seront précieux, et ton influence aussi, si tu décides que je n’ai pas totalement perdu la boule. J’ai demandé l’avis de mon supérieur et il m’a dit d’aller me faire voir. C’est contraire aux usages, comme tu dis ; ce n’est pas un père la pudeur, mais il estime que le règlement est clair, point final. Ralph Corwin est de la même trempe. Il sera sans doute consterné que je prenne au mot ses propos d’apéritif. Tu as l’autorité, le prestige, les contacts nécessaires… Peux-tu au moins me promettre d’y réfléchir ? »
La promesse de Manse lui fut arrachée de haute lutte. Lorsqu’il finit par céder à ses arguments, le soleil s’était couché. Le jour où il l’avait invitée à rejoindre la Patrouille, elle avait poussé un cri de joie. À présent, elle était si épuisée qu’elle se contenta de murmurer : « Merci, merci. »
Mais ils se sentirent revigorés en allant dîner. Il avait opté pour une tenue que même l’impératrice de Chine aurait jugée acceptable et elle n’avait pas à rougir de la sienne. En guise de promenade digestive, ils firent la tournée des pubs. Ils ne cessaient de parler. Lorsqu’il prit congé d’elle devant la maison de ses parents, elle l’embrassa.
13 211 av. J.C.
I.
L’hiver peu à peu rongea les journées, les blizzards couvrirent d’un manteau de neige une terre durcie par le gel, l’ours brun alla rêver parmi les morts tandis que l’ours blanc courait sur la glace de mer. Les Nous passaient dans leurs abris le plus gros des longues nuits.
Petit à petit, lentement tout d’abord puis de plus en plus vite, le soleil leur revint. Les vents s’adoucirent, les congères fondirent, les ruisseaux se gonflèrent à grand bruit, les petits des mammouths et des bêtes à cornes se mirent à fouler d’un pas mal assuré une steppe où les fleurs éclosaient par myriades, les oiseaux migrateurs entamèrent leur retour. Pour les Nous, cette saison était toujours la plus heureuse – jusqu’à aujourd’hui.
Ils redoutaient l’intérieur des terres, où rôdaient les spectres et les loups, mais ils étaient obligés de s’y aventurer. L’automne précédent, les chasseurs étaient venus leur montrer la route, leur apprenant à édifier des cairns pour se repérer. Par la suite, ils l’avaient parcourue tout seuls, porteurs du tribut exigé d’eux. La neige les avait libérés jusqu’au printemps. Mais durant les temps chauds, entre deux pleines lunes, chaque famille devait faire le voyage. Ainsi l’avaient ordonné les chasseurs.
Si lourd était leur fardeau qu’Aryuk et ses fils mirent trois jours à rallier leur but. Il ne leur en faudrait pas deux pour le retour. Certains villages étaient plus éloignés que le leur de celui des chasseurs, d’autres non, mais ces absences étaient néfastes pour tous, car elles les empêchaient de se livrer à la chasse, à la cueillette et autres activités vitales. Une fois de retour, ils consacraient plusieurs jours supplémentaires à préparer le prochain chargement. Il ne leur restait guère de temps, ni de forces, pour assurer leur propre subsistance.
Les Nous avaient parlé de se réunir afin de ne former qu’un seul grand village. Cela leur apporterait protection et consolation, mais cela obligerait les hommes à consacrer plus de temps encore à ces tâches. En fin de compte, ils avaient décidé de continuer à se rendre chez les chasseurs par petits groupes. Peut-être changeraient-ils d’habitude plus tard, quand ils en auraient davantage appris sur ce nouvel ordre des choses.
C’est ainsi qu’Aryuk effectua le premier voyage ce printemps-là, en compagnie de ses fils Barakyn, Oltas et Dzuryan. Les femmes et les enfants d’Aryuk et de Barakyn les regardèrent partir. Ils portaient de longs bâtons, que les chasseurs leur avaient appris à tailler, ainsi que des provisions de bouche. Le vent et la pluie les harcelaient, la boue les piégeait, leur fardeau leur faisait ployer l’échine. Des hurlements et des ululements hantaient leur sommeil. Le jour venu, ils reprenaient leur marche sur la terre pentue. Puis ils finirent par atteindre le camp des chasseurs.
Ils le découvrirent depuis un talus. Légèrement en contrebas, le site était aménagé sur un terrain plat au sol bien drainé. Il était traversé par un ruisseau prenant sa source dans les collines au nord.
Les Nous furent frappés d’émerveillement. Lors de leur dernière visite, l’automne précédent, ils s’étaient déjà étonnés de la quantité de tentes de cuir, bien plus nombreuses que la totalité des huttes tulat. Aryuk s’était demandé si elles seraient assez chaudes pour l’hiver à venir. Il découvrait à présent que les étrangers avaient édifié des huttes de pierre, de tourbe et de peaux. Hommes et femmes vaquaient parmi elles, minuscules vus de loin. Des plumets de fumée montaient dans le ciel tranquille de l’après-midi ensoleillée.
« Comment ont-ils fait ? s’émerveilla Oltas. De quels pouvoirs disposent-ils ? »
Aryuk se rappela certaines remarques d’Elle-qui-Connaît-l’Étrange. « Je crois qu’ils possèdent des outils qui nous sont inconnus, répondit-il d’une voix traînante.
— Mais quand même, quel travail ! dit Barakyn. Comment ont-ils trouvé le temps de l’accomplir ?
— Ils tuent de grosses bêtes, lui rappela Aryuk. Chacune de leurs prises les nourrit plusieurs jours. »
Des larmes de souffrance et d’épuisement inondèrent les joues de Dzuryan. « Alors pourquoi ont-ils besoin de nous prendre nos vivres ? » bafouilla-t-il. Son père n’avait rien à répondre à cela.
Il ouvrit la marche pour descendre. En chemin, ils passèrent devant un monticule rocheux. Là où un ruisseau jaillissait sur son flanc, caché aux yeux du camp, il y avait un objet qui les figea sur place. L’espace d’un instant, un tourbillon de ténèbres traversa le crâne d’Aryuk.