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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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« Elle, coassa Barakyn.

— Non, non, gémit Oltas. Elle est notre amie, jamais elle ne viendrait vivre ici. »

Aryuk étreignit son esprit, de crainte qu’il n’échappe à son corps. Lui aussi aurait pu pousser un cri, s’il n’avait pas été aussi épuisé. Fixant des yeux la coque ronde et grise, il dit : « Nous ne le savons pas, mais peut-être le saurons-nous bientôt. Venez. »

Ils reprirent leur route d’un pas lourd. On ne tarda pas à les apercevoir. Des enfants coururent vers eux en criant, exempts de toute crainte. Plusieurs adultes les suivirent d’un pas vif. Ils étaient armés de lances et de hachettes – Aryuk avait appris à connaître ces mots –, mais n’en souriaient pas moins. Les autres devaient être partis chasser, supposa-t-il. À mesure que les Nous se rapprochaient des huttes, femmes et enfants se portaient à leur rencontre. Il remarqua des hommes et des femmes ridés, édentés, voûtés, aveugles. Ici, les faibles n’étaient pas tenus de mourir. Les jeunes et les forts pouvaient se permettre de les nourrir.

On conduisit les Nous vers une hutte plus grande que les autres. Là les attendait l’homme qui parlait pour le peuple, vêtu d’une tunique de cuir ornée de fourrure et coiffé de trois plumes d’aigle. Aryuk le connaissait sous le nom de Loup-Rouge. C’était du moins ainsi que l’appelaient les siens. Comme il serait amené à adopter d’autres noms au cours de sa vie, chacun devait signifier une chose. Chez Aryuk et les siens, le nom n’était qu’un son servant à identifier chaque personne. En y réfléchissant, peut-être se serait-il rendu compte que le sien signifiait « Brise du Nord-Ouest », quoique l’accent fût légèrement différent de la normale, mais jamais il ne lui arrivait d’y réfléchir.

Il oublia Loup-Rouge. Il oublia tout le reste. Un autre homme fendait la foule. Il dominait tous les chasseurs de la tête et des épaules. Ils s’écartaient devant lui avec respect, mais les sourires et les saluts qu’ils lui adressaient prouvaient qu’il se trouvait depuis longtemps parmi eux. Son visage était étroit et ses joues glabres, mais une moustache poussait sous son nez busqué. Ses cheveux étaient très courts. Sa peau et ses yeux, son corps et sa démarche, tout cela rappelait Elle-qui-Connaît-l’Étrange ; sa tenue et les objets pendus à sa ceinture renforçaient cette impression.

Dzuryan laissa échapper un gémissement.

« Posez vos charges », dit Loup-Rouge aux Nous. Il s’était perfectionné dans leur langue. « Bien. Nous vous nourrissons, vous dormez ici. »

L’envoyé d’un autre monde s’arrêta à ses côtés. Une fois libéré de son fardeau, Aryuk se sentit courbatu mais étrangement léger, comme si le vent allait l’emporter. Ou bien avait-il la tête qui tournait ? « Riche soit votre réunion, dit l’envoyé dans les mots des Nous. N’aie pas peur. Te souviens-tu de Khara-tse-tuntyn-bayuk ?

— Elle… elle vivait près de notre village.

— Vous êtes de la même famille ? dit l’autre, visiblement ravi. Tu es Aryuk ? J’attendais ce moment.

— Est-elle avec toi ?

— Non. Mais elle est de mon peuple et m’a prié de te donner ses pensées les plus amicales. Je m’appelle… le Peuple des Nuages m’a donné le nom de Grand-Homme. Je suis venu passer quelques années avec lui et apprendre leurs us. Je veux aussi vous connaître mieux. »

Loup-Rouge, de plus en plus agité, aboya quelques mots dans sa langue. Grand-Homme lui répondit. Ils discutèrent quelque temps, puis Loup-Rouge baissa la main d’un geste tranchant, comme pour signifier : « Qu’il en soit ainsi. » Grand-Homme se tourna de nouveau vers Aryuk et ses fils, immobiles et muets au sein d’un cercle de chasseurs.

« Il est plus facile de parler quand je suis là, mais je leur ai conseillé de faire des efforts pour apprendre votre langue, dit-il. Un jour, je quitterai ce pays, moi aussi, et, avant cela, je ne serai pas toujours ici. Loup-Rouge veut te parler quand tu seras reposé, te dire ce que ton peuple et toi devez apporter ici par la suite.

— Que pouvons-nous apporter, hormis du bois mort et du bois flotté ? demanda Aryuk d’une voix aussi morne que son cœur.

— Ils en veulent davantage. Mais ils veulent aussi des pierres pour leurs armes et leurs outils. Ils veulent de la tourbe et des bouses séchées pour leurs feux. Ils veulent des fourrures. Ils veulent du poisson séché, du blanc de baleine, tout ce que donne la mer.

— Nous ne pouvons faire cela ! s’écria Aryuk. Ils demandent déjà tellement de choses que nous parvenons à peine à nous nourrir. »

Grand-Homme parut attristé. « C’est dur pour vous. Je ne peux vous libérer de votre sort. Mais je peux le rendre supportable, si vous m’écoutez. Je dirai au Peuple des Nuages qu’il ne peut rien obtenir de vous s’il vous tue à la tâche. Je lui conseillerai de vous donner des objets pour mieux pêcher et mieux chasser, et de vous apprendre à les utiliser. Ils fabriquent… des crochets que les poissons mordent et ne peuvent plus recracher, des pointes qui s’enfoncent dans la chair de leur proie et n’en ressortent pas. En portant des vêtements comme les leurs, vous resterez au chaud et au sec…» Sa voix se brisa. « Je ne puis rien faire de plus, je le regrette. Mais nous pouvons essayer…»

Il se tut, car Aryuk ne l’écoutait plus.

Loup-Rouge s’était écarté de l’entrée de la grande hutte. De celle-ci venait de sortir une femme. Elle était vêtue comme les autres, mais sa tenue était sale, graisseuse et puante. Son ventre était rond. Ses cheveux crasseux encadraient un visage amaigri. Lorsqu’elle se redressa, elle chancela et garda les bras ballants.

« Daraku, murmura Aryuk. C’est toi ? » Il ne l’avait pas vue jusqu’ici, pas plus qu’il n’avait eu le courage de demander de ses nouvelles. Il pensait que Loup-Rouge lui avait ordonné de rester hors de vue pour éviter une querelle, à moins qu’elle n’ait eu honte de se montrer, à moins qu’elle ne soit morte.

Elle s’approcha de lui en trébuchant. Il la serra dans ses bras et pleura.

Loup-Rouge lança sèchement un ordre. Elle se blottit contre Aryuk. Grand-Homme se rembrunit. Il parla d’un ton brusque. Loup-Rouge et les chasseurs alentour se hérissèrent. Grand-Homme se mit à chuchoter. Peu à peu, Loup-Rouge se calma. Au bout d’un temps, il ouvrit les bras et tourna le dos, signe qu’il en avait fini avec cette affaire.

Aryuk examina le dos de Daraku. Ses os saillaient sous la tunique de peau. L’espoir frémit en lui. Au sein du vacarme qui lui peuplait le crâne, comme si une tempête s’y déchaînait, il entendit Grand-Homme qui disait :

« Cette fille qu’ils ont enlevée, c’est ta fille, n’est-ce pas ? Je lui ai parlé, un peu, mais elle ne répond presque jamais. Ils voulaient apprendre ta langue avec son aide. Elle a fait ce qu’elle a pu, puis la tristesse est devenue trop lourde dans son cœur. Ils veulent garder l’enfant qu’elle porte en elle, pour en faire un chasseur ou une mère, mais je les ai convaincus de la libérer. Elle peut repartir avec toi. »

Aryuk se prosterna devant Grand-Homme et obligea Daraku à l’imiter. Ses frères suivirent leur exemple.

Après, ils purent manger – les femmes du Peuple des Nuages étaient généreuses, mais leur nourriture était si différente de celle des Nous qu’ils pouvaient à peine l’avaler – puis dormir, réunis dans une tente dressée à leur intention, et parler un long moment, Grand-Homme servant d’interprète entre Aryuk et Loup-Rouge. On exposa en détail les tâches que devraient désormais accomplir les Nous et les compensations qu’ils recevraient en échange. Aryuk se demanda combien de temps il mettrait à bien assimiler tout ce qui avait été dit. Une chose était sûre : sa vie avait changé d’une manière qui lui restait incompréhensible.

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