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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Il repartit chez lui en compagnie de ses enfants par un matin où le vent giflait le monde de sa pluie. Ils progressaient lentement et s’arrêtaient souvent, car Daraku ne pouvait s’empêcher de tituber. Elle regardait devant elle sans rien voir et ne répondait que rarement, sans prononcer plus de deux ou trois mots. Mais lorsque Aryuk lui caressait la joue ou la prenait par la main, son sourire faisait plaisir à voir.

Cette nuit-là, après qu’ils eurent dressé le camp, elle entama son travail. La pluie tombait à torrents. Aryuk, Barakyn, Oltas et Dzuryan se massèrent autour d’elle, cherchant à lui apporter chaleur et protection. Elle se mit à hurler sans pouvoir s’arrêter. Elle était si jeune, avec des hanches encore si étroites. Quand la grisaille du matin émergea de l’est invisible, Aryuk vit qu’elle saignait abondamment. La pluie emporta son sang dans les sphaignes. Sa peau était tendue sur son crâne, ses yeux aveugles. À peine si on entendait sa voix. Le silence suivit son dernier râle.

« Le bébé est mort, lui aussi, dit Barakyn.

— Cela vaut mieux ainsi, marmonna Aryuk. Je ne sais ce que j’aurais fait de lui. »

Au loin, un mammouth barrit. Le vent se renforça. L’été s’annonçait très froid.

II.

Les Patrouilleurs débarquaient fort tard, par une nuit sans lune, travaillaient le plus vite et le plus discrètement possible, puis disparaissaient. Les habitants des environs découvriraient peu après qu’un nouveau prodige s’était produit, se félicitant néanmoins de n’en avoir rien vu. Toujours minimiser l’impact.

Toutefois, Wanda Tamberly avait été autorisée à arriver au lever du jour. Son scooter émergea à l’intérieur de l’abri édifié à son intention. Le cœur battant, elle mit pied à terre et parcourut les lieux du regard. Les parois étaient réglées sur translucide et l’aurore se montrait généreuse. On avait rangé avec soin ses affaires personnelles. Mais il lui faudrait quelque temps pour les installer à sa convenance. Commençons par aller jeter un coup d’œil aux environs. Déjà chaudement vêtue, elle enfila une parka, descella l’entrée et sortit.

On était en automne, l’année suivant celle où elle avait quitté la Béringie (mais elle n’avait passé que quelques semaines au XXe siècle avant de revenir). A l’échelle astronomique, la saison était à peine entamée, mais comme on se trouvait à une latitude subarctique et en pleine période glaciaire, la neige pouvait tomber à tout moment. Quoique claire, la matinée était sinistre. Le vent sifflait au-dessus de l’herbe rase. Au nord comme au sud, les collines étouffaient l’horizon. Une moraine se dressait au-dessus de son dôme et de celui de Corwin, souvenir de la retraite du glacier. À son pied jaillissait une source. La mer et les arbres nains qui entouraient son précédent campement lui manquaient déjà. Les rares volatiles dans le ciel n’étaient pas des oiseaux marins.

Les deux dômes se touchaient presque. Corwin sortit du sien, impeccable dans sa tenue kaki, cardigan et cuir ciré. Il se fendit d’un sourire rayonnant. « Bienvenue ! fît-il en s’avançant pour lui serrer la main. Comment allez-vous ?

— Ça ira, merci, fit Tamberly. Et vous, comment ça se passe ? »

Il haussa les sourcils. « Quoi, vous n’avez pas lu mes rapports ? lança-t-il avec un sourire en coin. Vous m’en voyez choqué et chagriné. Après tant d’efforts consacrés à leur composition. »

Le terme est bien choisi, songea-t-elle. Non qu’ils manquent de rigueur sur le plan scientifique. Mais l’élégance du style ne gâche rien. Cela dit, j’ai quand même eu l’impression qu’il… glissait sur certains sujets. Peut-être un effet de mes préjugés. « Bien sûr que si », répliqua-t-elle. Prenant soin de sourire : « Y compris les objections que vous avez soulevées à ma nouvelle affectation. »

Il resta aimable. « Vous n’êtes nullement en cause, agent Tamberly, et j’espère que vous l’avez bien compris. J’étais tout simplement opposé à une complication qui me semblait inutile, sans parler des risques courus, notamment par vous-même. On n’a pas tenu compte de mon avis. Peut-être étais-je dans l’erreur.

En fait, je ne doute pas que nous fassions du bon travail ensemble. Et, d’un point de vue strictement personnel, comment pourrais-je être fâché par votre compagnie ? »

Tamberly s’empressa de mettre les choses au clair. « Sans vouloir vous contrarier, monsieur, je ne pense pas que nous soyons souvent amenés à collaborer. L’objet de votre étude, c’est… euh… le Peuple des Nuages. Moi, je dois me consacrer à l’observation de la faune durant l’hiver afin d’obtenir une description plus complète de certains cycles biologiques qui semblent critiques pour l’écologie de la région. »

Elle s’était efforcée de répéter l’évidence de la façon la moins insultante possible. En d’autres termes : Laissez-moi bosser en paix. De mon côté, je vous jure que je ne serai jamais dans vos jambes.

Il prit sa remarque avec le sourire. « Certainement. Avec un peu d’expérience, nous parviendrons à limiter l’interférence entre nos activités respectives, tout en maintenant des procédures de coopération et d’assistance mutuelle. En attendant, puis-je vous inviter à partager mon petit déjeuner ? Comme vous vous êtes sûrement synchronisée avec l’heure locale, je présume que vous n’avez rien mangé avant votre départ.

— Eh bien, je pensais…

— Oh ! acceptez, je vous en prie. Nous avons besoin de parler sérieusement, et autant le faire dans le confort. Je ne suis pas un maître queux, mais vous n’avez rien à craindre. »

Tamberly rendit les armes. Corwin avait aménagé son dôme avec bien plus d’efficacité qu’elle, à tel point qu’il semblait plus vaste que le sien. Il insista pour qu’elle prenne place sur l’unique chaise et lui servit du café chaud. « Ceci constitue ce que j’appelle une grande occasion, déclara-t-il. En temps ordinaire, l’agent de terrain se contente de s’alimenter. Aujourd’hui, que diriez-vous de déguster du bacon, des toasts et du sirop d’érable ?

— Je m’en pourlèche déjà les babines.

— Excellent ! » Il s’affaira devant le petit poêle électrique. La mini-unité nucléaire qui l’alimentait assurait également le chauffage du dôme. Tamberly ôta sa parka, se carra dans son siège, sirota l’excellent café et parcourut les lieux du regard. En matière de livres, il avait des goûts plus intellos que les siens, à moins qu’il n’ait mis ces titres en évidence dans le but de l’impressionner ; ils ne semblaient pas être ouverts très souvent. Parmi eux, on trouvait les deux ouvrages qu’il avait publiés au cours de sa carrière universitaire. Sur une étagère étaient rangés quelques objets contemporains, obtenus par troc ou en cadeau, qu’il comptait sans doute rapporter comme souvenirs, notamment une lance avec pointe composite et une hachette à lame de pierre et manche en bois de renne, assemblée à l’aide de glu et de lanières de cuir. Les outils sans manche – couteaux, grattoirs, burins, et cætera – étaient proches de la perfection. Tamberly se rappela les outils mal dégrossis des Nous et sentit des larmes perler à ses paupières.

« Vous devez savoir, je pense, que les Wanayimo vous considèrent comme mon épouse, dit-il sans quitter le poêle des yeux. Disons plutôt que c’est ce qu’ils ont conclu lorsque je leur ai annoncé votre venue. Ils ne pratiquent pas la liberté sexuelle qui est de mise chez les Tulat.

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