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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— Les Wanayimo ? Ah ! oui, le Peuple des Nuages. Euh…

— Ne vous inquiétez pas. Le fait que vous ayez votre propre demeure ne les offusque pas – vous en avez besoin pour pratiquer votre magie. Vous n’avez rien à craindre parmi eux, d’autant plus qu’ils vous croient mienne. Sinon… ils auraient quand même hésité à s’en prendre à vous, du fait des pouvoirs qu’ils vous attribuent, mais ce ne sont pas les scrupules qui les auraient étouffés, et certains jeunes mâles auraient vu dans un tel acte une preuve de courage et de virilité. Après tout, comme ils ne manqueraient pas de le découvrir, j’ai dû les aviser que vous étiez naguère associée aux Tulat, qu’ils n’estiment pas tout à fait humains. »

Tamberly plissa les lèvres d’un air sombre. « C’est ce que j’ai cru comprendre à la lecture de vos comptes rendus. Pour être franche, j’aimerais que vous accordiez plus d’attention à cela. Aux relations entre les deux peuples, je veux dire.

— Je ne peux pas tout faire, ma chère. Je n’ai ni le temps ni les ressources nécessaires pour effectuer une étude anthropologique digne de ce nom. Cela fait à peine sept mois que je vis parmi eux, du moins dans leur chronologie propre. » Il lui arrivait parfois de sauter en aval, pour converser avec ses pairs et prendre un peu de repos, mais, contrairement à elle lorsqu’elle était chez les Nous, il revenait toujours le lendemain ou le surlendemain de son départ. La continuité est nettement plus importante quand on étudie des êtres humains plutôt que la faune et la flore.

Vu le peu de temps dont il dispose, et les handicaps qui pèsent sur son entreprise, il a fait un boulot remarquable, je ne peux que le reconnaître, songea-t-elle. Certes, il maîtrisait en partie leur langage ; c’est plus ou moins le même que celui des tribus de la Sibérie orientale que d’autres agents ont déjà visitées, et il est toujours en usage dans quelques générations d’ici, parmi les tribus migrant à travers le Canada avec lesquelles lui-même a déjà travaillé. Mais c’était son seul atout au moment de commencer. Il lui a fallu un sacré courage. Il aurait pu se faire tuer. Ces types-là sont féroces et susceptibles… du moins à en croire ses rapports.

« Et le temps presse, plus que vous ne le croyez, reprit-il. L’an prochain, la tribu doit partir encore plus à l’est. Pour le moment, j’ignore si je dois l’accompagner durant sa migration ou bien la rejoindre dans son nouvel habitat, mais, dans un cas comme dans l’autre, cette interruption sera nuisible à mes travaux.

— Hein ? s’exclama-t-elle. Mais vous ne mentionnez pas cela dans vos rapports !

— Je ne l’ai pas encore fait. C’est tout nouveau pour moi. Pour le moment, ils sont persuadés d’avoir atteint leur Terre promise et bien décidés à y rester. Afin de me faire une idée plus précise de leur développement, et de mieux comprendre leur interaction avec la vague suivante de migrants, j’ai fait un saut de quelques années en aval. La région est totalement abandonnée. J’ai pu déterminer que leur départ aurait lieu le printemps prochain. Non, j’en ignore les causes. Vont-ils juger certaines ressources insuffisantes ? Peut-être pourrez-vous résoudre cette énigme. Je ne pense pas qu’ils aient à craindre une menace venue de l’Ouest. Ainsi que je m’en suis assuré, la prochaine migration de Paléo-Indiens ne se produira pas avant une cinquantaine d’années – n’oubliez pas que ces mouvements n’ont rien de concerté. »

Alors, les Nous auront cinquante ans de paix. Son soulagement ne dura qu’une seconde. Elle se rappela ce qu’ils avaient subi depuis l’arrivée du Peuple des Nuages, et ce qu’ils subiraient encore jusqu’à son départ. Combien de Nous seraient encore vivants à ce moment-là ?

Elle s’obligea à aborder le problème de front. « Il y a une minute, vous avez dit qu’ils ne considéraient pas les Tulat comme tout à fait humains. Vos comptes rendus ne s’étendent guère sur le genre de traitement qu’ils leur réservent. Vous vous contentez d’évoquer un « tribut ». Qu’en est-il exactement ? »

Ce fut d’un ton agacé qu’il lui répondit : « Je vous l’ai dit : je n’ai pas et n’aurai pas le temps nécessaire pour examiner les choses en détail. » Il cassa des œufs dans un bol, aussi vivement que s’il entrechoquait les crânes de confrères trop bornés pour publier un de ses articles. « J’ai assimilé le langage tulat avant de venir ici. J’ai parlé avec ceux qui sont venus ici payer l’impôt ; la saison a débuté peu après mon arrivée. J’ai allégé le fardeau pesant sur deux ou trois individus. Je me suis rendu dans un de leurs taudis sur la côte. Que voulez-vous que je fasse de plus ? Que cela vous plaise ou non, mon devoir me commande de concentrer mes efforts sur les peuples promis à un avenir. N’êtes-vous pas censée étudier ce qui dans la nature influera sur leurs conditions de vie ? »

Il redevint affable et se fendit d’un sourire conciliant. « N’allez pas me prendre pour un être sans cœur. Vous êtes nouvelle dans notre service, et qui plus est originaire d’un pays dont l’histoire peut apparaître comme privilégiée. Non que je veuille faire preuve de condescendance à votre égard. Mais le fait est que durant toute l’histoire du genre humain, exception faite d’un avenir fort éloigné de nos milieux respectifs, les clans, les tribus et les nations ont toujours considéré les étrangers comme des proies ou des esclaves – sauf quand ils avaient affaire à un peuple suffisamment puissant pour devenir un ennemi.

» Comme vous le constaterez, les Wanayimo ne sont pas des monstres. Rien à voir avec les nazis ni même les Aztèques. Ils ont été contraints de faire la guerre, parce que la Sibérie était devenue surpeuplée compte tenu des ressources à la portée d’une technologie paléolithique. Jamais ils n’ont oublié la défaite qu’ils ont subie, mais lorsqu’ils n’ont personne à affronter, on ne saurait les accuser d’être des gens belliqueux. Traitez-les de machos si vous voulez. C’est un pré-requis quand on chasse le gros gibier, le plus dangereux qui soit. A leurs yeux, exploiter les Tulat est aussi naturel que d’exploiter les caribous. Ils ne le font pas de façon délibérément cruelle. En fait, ils cultivent la révérence de toutes les formes de vie. Mais ils prennent dans le monde ce qu’ils y trouvent pour nourrir leurs femmes, leurs enfants, leurs vieillards et eux-mêmes. Ils n’ont pas le choix. »

Tamberly acquiesça à contrecœur. D’après les rapports de Corwin, la présence des Nous représentait une aubaine pour le Peuple des Nuages. S’ils ne les avaient pas pris sous leur coupe, ils auraient eu la vie plus difficile. Cependant, il n’avait pas prévu qu’ils agiraient de la sorte. Une telle situation était pour eux sans précédent. L’un des leurs, un génie, avait inventé une pratique – la taxation – qui procurait un immense bénéfice à ses semblables. Le genre humain ne cesserait par la suite de refaire la même découverte, dans les siècles des siècles, souvent sans même chercher à justifier son application.

Leur périple avait été bien plus long et bien plus éprouvant que les quarante années que, selon le mythe, les Hébreux avaient passées dans le désert. En guise de manne céleste, ils n’avaient eu droit qu’à de la neige, de la grêle et de la pluie glaciale. Quand ils trouvaient des terrains de chasse, ils étaient toujours occupés, et les tribus locales ne tardaient pas à se ressaisir et à chasser les étrangers. Puis, lorsqu’ils étaient arrivés dans cette région, bien plus loin du continent asiatique qu’aucun de leurs semblables n’était jamais allé, leur premier hiver s’était révélé presque aussi rude que celui des Pères pèlerins dans le futur Massachusetts.

Leur peuple était aujourd’hui florissant. Grâce au bois que leur apportaient les Nous, ils remplaçaient leurs abris de fortune par de véritables maisons. Lorsqu’on cassait la hampe d’une lance, ce n’était plus une calamité. La pierre, la tourbe, le poisson, la viande, la graisse, les peaux… tout cela, ils auraient pu se le procurer par eux-mêmes, et ils continuaient de le faire. Mais l’aide que leur apportaient les Nous était inestimable. Elle leur permettait de monter des chasses plus audacieuses, d’édifier des constructions plus grandes, de développer un artisanat plus soigné, un art plus sophistiqué – chants et danses, rêves et réflexions.

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