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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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— La librairie, alors. Disons à trois heures. » Ses parents n’étaient pas censés savoir qu’il se trouvait loin de San Francisco, mais mieux valait ne pas éveiller leurs soupçons. « Peux-tu aussi me consacrer ta soirée ? bredouilla-t-il.

— Euh… oui, oui, bien sûr. » Soudain timides tous les deux, ils raccrochèrent après avoir échangé quelques mots.

Il avait besoin d’une bonne nuit de sommeil, sans parler des tâches qui s’étaient accumulées durant son absence. Le soir tombait à nouveau, froid et gris en dépit des lumières de la ville, lorsqu’il entra dans le QG new-yorkais. Une fois dans la salle secrète, il prit un scooter, l’enfourcha, entra les coordonnées de sa destination et activa les commandes. Le garage souterrain qui se matérialisa devant lui était plus petit que celui qu’il venait de quitter. Il monta au rez-de-chaussée en passant par une porte dérobée. Le jour se déversait par les fenêtres.

Il se trouvait dans la boutique d’un bouquiniste coté. Wanda était occupée à feuilleter un livre ; elle était arrivée en avance. Sa crinière était un soleil éclairant les étagères encombrées de volumes, sa robe assortie à ses yeux moulait ses galbes délicats. Il s’approcha d’elle. « Bonjour. »

Elle faillit pousser un cri. « Oh ! Comment al… allez-vous, agent Everard ? » La tension qui l’habitait était presque palpable.

« Chut, fit-il. Filons dans un endroit plus tranquille. » Si deux ou trois clients les suivirent du regard, c’était uniquement parce qu’ils enviaient Everard ; ils étaient tous de sexe masculin. « Salut, Nick, lança-t-il au propriétaire des lieux. C’est bon ? » Le petit homme sourit et hocha la tête mais ses yeux étaient solennels derrière ses verres épais. Everard l’avait prévenu de sa visite afin d’avoir la disposition de son bureau.

On ne trouvait rien d’extraordinaire dans celui-ci. Les murs disparaissaient derrière les armoires et les étagères de livres. Les cartons s’empilaient sur le sol, les bouquins et les papiers sur la table. Nick était un authentique bibliophile ; s’il avait accepté avec joie que sa boutique serve d’antenne à la Patrouille, c’était parce que cela lui donnait la possibilité de traquer les pièces de collection dans tout l’espace-temps. Près de son ordinateur étaient posées ses dernières acquisitions, qui dataient visiblement de la période victorienne. Everard s’attarda sur leurs titres. Bien que ne prétendant pas au titre d’intellectuel, c’était un amoureux des livres. L’Origine de la religion des arbres, Oiseaux d’Angleterre, Catulle, La Guerre sainte[15]… de quoi faire le bonheur d’un collectionneur, à moins que Nick ne décide de les garder pour lui-même.

« Assieds-toi, dit-il à Tamberly en lui attrapant une chaise.

— Merci. » Dès qu’elle souriait, elle semblait plus à l’aise, comme si elle redevenait elle-même. Sauf qu’elle ne sera plus jamais la même, et moi non plus. On a beau gambader dans le temps, l’âge finit toujours par nous rattraper. « Tu as conservé tes bonnes manières d’antan, à ce que je vois.

— Un vrai fils de fermier. J’essaie de les désapprendre. Ces temps-ci, les femmes me taxent de condescendance alors que je crois me montrer poli. » Il fit le tour de la table pour s’asseoir face à elle.

« Oui, soupira-t-elle. C’est plus dur de suivre l’évolution des mœurs de son siècle natal que d’apprendre à se débrouiller dans une civilisation antique, je présume. Je suis en train de m’en rendre compte, d’une certaine façon.

— Comment ça va ? Le boulot te plaît ? »

Un éclair d’enthousiasme : « C’est super. Génial. Magique. En fait, je n’ai même pas les mots pour le dire. » Une ombre passa sur son visage. Elle détourna les yeux. « Pour ce qui est des inconvénients, tu les connais aussi bien que moi. Je commençais à m’endurcir, puis il y a eu ma dernière mission. »

Il ne souhaitait pas encore entrer dans le vif du sujet. D’abord, il fallait qu’il l’amène à se détendre, si possible. « Ça fait un sacré bail. La dernière fois que je t’ai vue, tu venais d’obtenir ton diplôme…» Ils avaient quitté l’Académie de la Patrouille pour aller dîner dans le Paris de 1925, profitant ensuite de la douceur de cette soirée de printemps pour se promener sur les bords de la Seine, puis dans les rues de Saint-Germain ; lorsqu’ils s’étaient assis à la terrasse des Deux-Magots, ils avaient remarqué deux de leurs auteurs préférés à quelques tables de distance et, une fois de retour à San Francisco en 1988, lorsqu’il avait pris congé d’elle devant la maison de ses parents, elle l’avait embrassé. « Trois ans ont passé pour toi, c’est ça ? »

Elle acquiesça. « Des années bien remplies, et pour toi aussi, sans doute.

— Eh bien, il s’est écoulé moins de temps pour moi et je n’ai accompli que deux missions d’importance.

— Ah bon ? fit-elle, surprise. Tu n’es pas retourné en 1988 à New York ? Je veux dire, tu n’as pas laissé ton appartement vacant pendant plusieurs mois, quand même.

— Je l’ai prêté à une collègue qui avait besoin d’une base dans ce milieu – officiellement, c’était une sous-location. N’oublie pas le contrôle des loyers. Un système qui produit des taudis à la pelle, de sorte que les logements corrects se font de plus en plus rares ; du coup, les nouveaux venus sont de plus en plus riches, et ça attire les convoitises – dangereux pour un Patrouilleur qui tient à la discrétion.

— Je vois. »

Tamberly s’était raidie. Elle pense sans doute à cette fameuse collègue. Un Patrouilleur doit aussi veiller à ne pas en dire trop. Surtout dans un cas comme celui-ci. « Un message émis par un agent m’aurait été automatiquement transmis. Si tu avais téléphoné avant hier…»

Toute animosité sembla la quitter d’un coup. Elle baissa les yeux, s’abîmant dans la contemplation de ses mains jointes. « Je n’avais aucune raison de le faire, dit-elle à voix basse. Tu as été très aimable et très généreux avec moi, mais… Je ne voulais pas te déranger.

— Et moi pas davantage. » Le grand non-attaché qui en impose à la jeune recrue. Certains auraient pu en prendre ombrage. « Mais si j’avais su qu’autant de temps s’était écoulé pour toi…»

Pas mal de temps, en fait, et pas seulement tel qu’on le mesurait en battements de cœur : elle avait vécu, découvert des choses nouvelles et étranges, connu son content de dangers et de triomphes, de joies et de chagrins. Et d’amour ? Ses formes s’étaient épanouies, constata Everard, mais elle avait pris du muscle plutôt que de la graisse. Les os se détachaient avec plus de netteté que naguère sur son visage buriné par le vent et le soleil. Mais la métamorphose la plus importante était aussi la plus subtile. La dernière fois qu’il l’avait vue, c’était une fille – une jeune femme, pour employer la terminologie féministe en vigueur, mais une gamine quand même. Cette fille était encore en elle ; sans doute ne l’abandonnerait-elle jamais. Mais si la personne qui lui faisait face demeurait jeune, ce n’en était pas moins une femme à part entière. Son cœur fit un bond dans sa poitrine.

Il réussit à rire. « Bon, arrêtons là les amabilités. Et rappelle-toi que j’ai un prénom. Tu ne risques rien ici, Wanda. »

Elle réagit sur-le-champ. « Merci, Manse. Je n’en attendais pas moins de toi. »

Il sortit de sa poche sa pipe et sa blague à tabac. « Et ça, ça ne te dérange pas ?

— Non, vas-y. » Sourire. « Vu que nous ne sommes pas dans un lieu public. » Sous-entendu : Ce serait un mauvais exemple pour nous contemporains, chez qui le tabac tue. Les médecins de la Patrouille sont capables de tout guérir ou presque. Tu es né en 1924, Manse. Tu sembles âgé de quarante ans à peine. Mais combien d’années as-tu vraiment endurées ? Quel est ton âge véritable ?

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15

Clin d’œil de Poul Anderson aux holmesiens : il s’agit des quatre livres que Sherlock Holmes, déguisé en bibliophile, tente de vendre à Watson dans « La Maison vide ». (N.d.T.)

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