Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Il n’avait pas envie de le lui dire. Pas aujourd’hui. « J’ai consulté ton dossier hier. Tu as accompli un travail formidable. »
Elle redevint sérieuse et le regarda droit dans les yeux. « Et vais-je continuer à l’avenir ?
— Je n’ai pas demandé à avoir cette information, s’empressa-t-il de répondre. Non seulement ç’aurait été contraire à la courtoisie et à l’éthique, mais en outre on ne me l’aurait jamais donnée sans motif valable. Nous ne scrutons pas notre avenir, ni celui de nos amis.
— Et pourtant, cette information existe, murmura-t-elle. Tout ce que toi ou moi ferons jamais – tout ce que je pourrai découvrir sur le passé – tout cela leur est connu, en aval.
— Hé ! je te rappelle que nous parlons en anglais et non en temporel. Les paradoxes…»
Elle hocha sa tête blonde. « Oh ! oui. Il faut que le travail soit fait. Qu’il ait été fait, à un moment donné. Il ne servirait à rien que je le fasse si j’en connaissais déjà le résultat ; et le danger qu’il y a à déclencher un tourbillon de cause et d’effet…
— Sans compter que ni le passé ni l’avenir ne sont gravés dans le marbre. C’est pour cela que la Patrouille a été créée. Bon, tu as fini de réviser tes notions élémentaires ?
— Pardon. J’ai encore de la peine à… à appréhender tout ça. Je dois me repasser mentalement les principes fondamentaux. Mon travail est par nature… eh bien, tout à fait ordinaire. Comme si j’explorais un nouveau continent. Rien à voir avec les problèmes qui constituent ton lot quotidien.
— Oui, je comprends. » Everard tapa sa pipe sur le cendrier avec une certaine brutalité. « Tu continueras à te distinguer, je n’en doute pas une seconde. Tes supérieurs sont plus que satisfaits du travail que tu as accompli jusqu’ici en… en Béringie. Non seulement de tes rapports et de leurs compléments audiovisuels, mais… enfin, ce n’est pas de ma compétence, mais ils affirment que tu étais sur le point de mettre au jour la structure fondamentale de cette histoire naturelle. En d’autres termes, tu lui dégageais un sens, ce qui contribue grandement à notre appréciation d’ensemble. »
Elle se tendit sur son siège. La question jaillit de ses lèvres : « Alors pourquoi m’ont-ils retirée de ce milieu ? »
Il s’activa sur sa pipe un moment avant de la rallumer. « Euh… si j’ai bien compris, tu avais fait tout ce que tu pouvais faire en Béringie. À l’issue de ta permission bien méritée, ils t’ont envoyée dans un autre point du pléistocène.
— J’ai encore du travail à faire. Une centaine d’années-hommes n’y suffiraient pas.
— Je sais, je sais. Mais ce que tu devrais savoir, c’est que nous ne les avons pas, loin de là. Les scientifiques en aval et les Patrouilleurs comme moi, nous devons nous contenter des grandes lignes et laisser tomber les techniques de nidification du chéropus à poil dur. »
Elle piqua un fard. « Ce n’est pas ce que je veux dire et tu l’as parfaitement compris, rétorqua-t-elle. Ce qui me préoccupe, c’est la migration circumpolaire des espèces, la circulation entre les continents asiatique et américain. C’est un phénomène unique, une écologie déterminée par le temps autant que par l’espace. Si je parviens à tout le moins à comprendre pourquoi la population de mammouths diminuait en Béringie alors que l’espèce était toujours florissante en Sibérie comme en Alaska… Mais on a mis un terme à mon projet. Et, en guise d’explication, je n’ai droit qu’à des discours en langue de bois comme le tien. Tu me déçois, permets-moi de le dire. »
Oui, une femme de caractère, songea Everard. Elle hésite à faire les yeux doux au non-attaché, mais pas à l’envoyer sur les roses quand il le mérite. « Je suis désolé, Wanda. Telle n’était pas mon intention. » Après avoir avalé une goulée de fumée : « Le fait est que ces nouveaux venus changent toute la donne. On ne te l’a pas expliqué ?
— Si. Dans un sens. » Elle avait retrouvé son calme. « Mais en quoi mon enquête risque-t-elle de troubler quoi que ce soit ? Une scientifique isolée, qui se balade sur la steppe, dans les collines et les forêts, et aussi sur les plages ? Quand j’ai séjourné chez les Tulat, les aborigènes, personne ne s’en est inquiété. »
Everard plissa le front et fixa le fourneau de sa pipe. « Je ne possède pas le dossier à fond, avoua-t-il. Je n’ai eu que la journée d’hier pour l’étudier et ça ne suffisait pas, loin de là. Cependant, il semble évident que tes Tulat n’ont aucune importance sur le long terme. Ils vont disparaître sans laisser de traces, même pas des bribes comme les colonies de Vinland et de Roanoke. Ce sont les Paléo-Indiens qui sont devenus les premiers Américains. Et comme tu as assisté à ce qui semble être leur toute première apparition, qui saurait dire ce qui pourrait faire basculer les choses, bouleverser le cours de l’avenir ? » Il leva la main. « Oui, oui, je sais. Une telle chose est hautement improbable. Les vaguelettes et les froissements qui se propagent dans le continuum finissent toujours par se lisser, et l’histoire par reprendre son cours. Il en sera ainsi pour tes… Tulat. Quant aux Paléo-Indiens, qui peut garantir à ce stade la stabilité de leur situation ? Par ailleurs, le Bureau de l’Amérique antique tient à ce que leur histoire soit observée sans que leur culture soit contam… en les laissant libres d’évoluer. »
Tamberly serra les poings. « Ralph Corwin va aller vivre chez eux !
— Ouais. N’oublie pas que c’est un pro, un anthropologue qualifié. J’ai également consulté son dossier. Le travail qu’il a accompli avec les générations ultérieures lui confère une expertise unique. Il saura minimiser son influence sur cette tribu tout en se débrouillant pour en apprendre suffisamment et se faire ainsi une bonne idée des événements – comme tu l’as fait dans ton domaine, en étudiant la flore et la faune. »
Everard fit couler la fumée dans son palais avant d’en exhaler un plumet. « Là est le problème, Wanda. Ces nouveaux venus ne pourront faire autrement que d’interagir avec les aborigènes. Interaction lourde ou légère, je ne sais, mais, dans les deux cas, cela complique la situation. Nous ne pouvons tolérer un second anachronisme dans ce milieu. Cela pourrait causer au continuum des dégâts irréparables. D’autant plus que tu n’as pas encore acquis l’habileté de Corwin. Tu comprends ?
» Oui, ton étude écologique est précieuse, mais l’anthropologie devient désormais notre priorité. Il est tout simplement nécessaire de mettre un terme à ton projet, sans que cela préjuge de tes qualités. Tu en trouveras bien vite un autre et tes supérieurs veilleront à ce que tu puisses le mener à sa conclusion.
— Oui, je vois. On m’a déjà expliqué tout cela. » Elle resta un moment sans rien dire. Lorsqu’elle leva de nouveau les yeux vers lui, sa voix était posée.
« Ce n’est pas seulement une question de science, Manse. J’ai peur pour les Nous… pour mes Tulat. Ce sont des gens adorables. Primitifs, parfois infantiles, mais foncièrement bons. Ils m’ont accordé une hospitalité sans limite, non parce que j’étais à leurs yeux un être puissant et magique, mais parce que telle est leur nature. Que vont-ils devenir ? Leur ethnie est tombée dans l’oubli. Comment ça s’est passé ? J’ai peur de connaître la réponse, Manse. »
Il opina. « Corwin a émis un avis confidentiel à l’issue de votre entretien. Il a approuvé l’interruption de ta mission en Béringie car il craignait que tu ne succombes à la tentation de… d’interférer. Ou que tu le fasses à ton insu, étant donné ta jeunesse et ton inexpérience. Ne va pas croire que c’est un salopard. Il connaît son devoir. Il a suggéré à tes supérieurs de te transférer dans une période antérieure. »