Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
Il avait perçu tout cela en suivant sa bienheureuse mère la Dame qui le guidait et sans laquelle il se fût peut-être consumé dans l’intensité de la passion qui émanait du puits de la conscience universelle. Mais elle demeura à ses côtés, le soulevant aisément à travers les passages les plus menaçants et l’entraînant jusqu’au seuil de la compréhension qui se dressa devant lui telle l’immense Porte Dekkeret de Normork, la plus imposante de toutes les portes qui n’est fermée que lorsque le monde est en péril et qui domine et écrase tous ceux qui s’en approchent. Mais quand il atteignit ce seuil, il était seul et il le franchit sans aide.
De l’autre côté, il n’y avait que de la musique, une musique rendue visible, des sonorités ténues et tremblotantes qui s’élançaient au-dessus de l’abîme comme une fragile passerelle. Il s’engagea dessus et vit les nappes sonores éclatantes qui coloraient le flot de substance coulant en contrebas, le jaillissement vif de pulsations cadencées au-dessus de lui et la suite infinie d’arcs chantants rouges, pourpres et verts reculant jusqu’à l’horizon. Puis tout cela céda la place à un son unique et formidable, d’une force insoutenable, un son aveugle et monstrueux qui embrassa toutes les mélodies, se mit à rouler sur l’univers et à l’écraser impitoyablement. Et Valentin comprit.
Il ouvrit les yeux. Sa mère la Dame se tenait immobile près des tanigales en pot et le regardait en souriant comme elle l’avait peut-être fait en se penchant sur lui du temps où il dormait dans son berceau. Elle lui enleva le bandeau du front et le replaça dans l’écrin orné de pierreries.
— Alors tu as vu ? demanda-t-elle.
— C’est bien ce que je pensais depuis longtemps, dit Valentin. Ce qui se passe à Zimroel n’est pas un effet du hasard. Il s’agit bien d’une malédiction qui pèse sur nous tous et cela depuis des milliers d’années. Deliamber, mon sorcier Vroon, m’a dit un jour que nous avons vécu très longtemps sur Majipoor sans payer le moindre tribut pour le péché originel des conquérants. Il a ajouté que les intérêts se sont accumulés. Et maintenant on nous présente la note à régler. C’est le début de notre châtiment, de notre humiliation, le paiement de l’addition.
— C’est bien cela, dit la Dame.
— Est-ce le Divin en personne que nous avons vu tenir fermement le monde dans ses mains et resserrer son étreinte, mère ? Et ce terrible bruit que j’ai entendu venait-il aussi de Lui ?
— Nous avons chacun eu nos propres images, Valentin. Moi j’ai vu d’autres choses. On ne peut réduire le Divin à une image concrète. Mais je pense que tu as perçu l’essence de la question.
— La grâce du Divin nous a été retirée.
— Oui, mais ce n’est pas irrémédiable.
— Es-tu certaine qu’il n’est pas déjà trop tard ?
— J’en suis persuadée, Valentin.
Il garda le silence quelques instants.
— Soit. Je sais ce qu’il convient de faire et je le ferai. Il est bien que je comprenne tout cela aux Sept Murs que lady Thiin fit construire en l’honneur de son fils après qu’il eut écrasé les Métamorphes ! Mère, me feras-tu bâtir un bâtiment comme celui-ci quand j’aurais réussi à détruire l’ouvrage de lord Stiamot ?
10
— Encore une fois, dit Hissune en faisant volte-face devant Alsimir et l’autre chevalier-initié. Les deux en même temps maintenant.
— Tous les deux ? demanda Alsimir.
— Oui. Et si vous me ménagez, je vous garantis que vous serez assignés au balayage des écuries pendant un mois.
— Comment peux-tu te battre contre nous deux, Hissune ?
— Je ne sais pas si je le peux. C’est ce que j’ai besoin de découvrir. Approchez et nous verrons bien.
Il ruisselait de sueur et son cœur battait la chamade, mais son corps était souple et répondait docilement. Il passait au moins une heure par jour dans le gymnase aménagé dans l’aile est du Château, quelle que fût l’urgence de ses responsabilités.
Hissune trouvait essentiel de fortifier et de développer son corps, d’acquérir de l’endurance et d’accroître son agilité déjà considérable. Sinon il semblait évident qu’il serait très désavantagé pour réaliser ses ambitions. Les princes du Mont du Château étaient en général des athlètes et avaient le culte de l’exercice physique, se mettant continuellement à l’épreuve : course de monture, joutes, course à pied, lutte, chasse, toutes ces anciennes et simples distractions auxquelles Hissune n’avait jamais eu l’occasion ni l’envie de s’adonner quand il vivait au Labyrinthe. Maintenant que lord Valentin l’avait introduit parmi ces hommes vigoureux et énergiques, il savait qu’il devait les affronter sur leur propre terrain s’il voulait conquérir durablement une place dans leur société.
Il lui serait bien entendu impossible de transformer sa frêle charpente pour réussir à égaler la solide musculature d’un Stasilaine, d’un Elidath ou d’un Divvis. Ils étaient grands et forts et lui ne le serait jamais. Mais il pourrait se distinguer dans un autre domaine. Par exemple à ce jeu de bâton dont il n’avait pas entendu parler un an auparavant et auquel maintenant, après de nombreuses heures de pratique, il était en passe de devenir un maître. Il faisait appel à la vivacité du regard et des gestes, plutôt qu’à une grande force physique, et par conséquent c’était en quelque sorte une illustration de son approche de la vie.
— Prêt, lança-t-il.
Il était à moitié accroupi, bien en appui sur les deux pieds, attentif et souple, tenant à deux mains, les bras à moitié tendus, son bâton, une branche de nyctaflore, un bois léger, munie à une extrémité d’une poignée en vannerie. Ses yeux allaient d’un adversaire à l’autre. Tous deux étaient plus grands que lui, Alsimir de cinq à six centimètres et son ami Stimion de beaucoup plus. Mais Hissune était plus vif. Aucun d’eux ne l’avait effleuré une seule fois de son bâton de toute la matinée. Mais affronter les deux hommes en même temps, c’était une autre paire de manches.
— Assaut ! cria Alsimir. En garde !
Ils s’approchèrent de lui en levant leur bâton en position d’attaque.
Hissune inspira profondément et se concentra pour construire autour de lui une zone de défense sphérique, infranchissable, impénétrable, un espace blindé. C’était purement imaginaire, mais cela ne faisait rien. Thani, son professeur, lui avait montré qu’en conservant sa zone de défense comme s’il s’agissait d’un mur d’acier, rien ne pourrait l’entamer. Le secret résidait dans l’intensité de la concentration.
Comme Hissune s’y attendait, Alsimir attaqua une fraction de seconde avant Stimion. Le bâton d’Alsimir s’éleva très haut, effleura le quadrant nord-ouest de la défense de Hissune, puis feinta pour toucher plus bas. Comme il s’approchait du périmètre de sa zone de défense, Hissune leva son propre bâton d’un geste vif du poignet et para énergiquement le coup d’Alsimir. Prolongeant son mouvement vers la droite – comme il l’avait déjà calculé sans en être conscient – il affronta l’assaut de Stimion déclenché un soupçon plus tard.
Hissune entendit le crissement des deux morceaux de bois glissant l’un contre l’autre tandis qu’il faisait remonter son bâton jusqu’au milieu de celui de Stimion ; puis il pivota, laissant le jeune homme frapper dans le vide, entraîné par son élan. Tout se passa très vite. Poussant un grognement de surprise, Stimion se retrouva à l’endroit où s’était tenu Hissune qui le frappa légèrement sur le dos et pivota derechef pour faire face à Alsimir. Celui-ci leva son bâton et porta une seconde attaque à l’intérieur. Hissune la contra facilement et répliqua par un coup qu’Alsimir para avec une telle vigueur que les vibrations de l’impact remontèrent jusqu’au coude de Hissune. Mais il se remit très vite, esquiva le coup suivant d’Alsimir et fit un bond de côté pour éviter le bâton de Stimion.