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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Ils étaient maintenant disposés d’une manière différente, Stimion et Alsimir de chaque côté de Hissune et non plus en face de lui. Ils vont sûrement essayer d’attaquer simultanément, songea-t-il. Il ne pouvait pas les laisser faire.

Thani lui avait dit ceci : le temps doit toujours être à ton service, jamais l’inverse. Si tu n’en as pas suffisamment, divise chaque moment en instants plus brefs et tu auras alors assez de temps pour tout faire.

Il avait raison. Hissune savait que rien n’est vraiment simultané.

Comme il s’était entraîné à le faire pendant des mois, il passa au mode de perception fractionnée du temps que Thani lui avait inculqué : divisant chaque seconde en dix dixièmes, il demeura successivement dans chacune de ces fractions de temps de la même manière que l’on peut passer dix nuits successives dans des cavernes différentes pendant la traversée d’un désert. Sa perception s’en trouva profondément modifiée. Il vit Stimion effectuer une suite de mouvements saccadés, se démenant comme une sorte d’automate rudimentaire pour lever son bâton et lui porter un coup. Sans le moindre effort, Hissune se glissa dans l’intervalle entre deux fractions de temps et écarta le bâton de Stimion. Alsimir avait déjà déclenché son attaque, mais Hissune eut amplement le temps de se mettre hors de sa portée et quand le bras d’Alsimir fut en pleine extension, Hissune le frappa légèrement avec sa propre arme, juste au-dessus du coude.

Revenant au mode de perception normale du temps, Hissune se retourna pour faire face à Stimion qui était en train de lancer une nouvelle attaque. Au lieu de s’apprêter à parer le coup, Hissune choisit de s’avancer et il passa sous la garde de Stimion qui ne s’y attendait pas. Dans cette position, il releva son bâton, touchant de nouveau Alsimir, et pivota pour frapper de l’extrémité de son arme Stimion qui tournoyait, désorienté.

— Touche et double touche ! cria Hissune. Match !

— Comment as-tu fait ? demanda Alsimir en lançant son bâton par terre.

Hissune éclata de rire.

— Je n’en ai pas la moindre idée, reconnut-il. Mais je regrette que Thani n’ait pas été là pour le voir !

Il se laissa tomber à genoux et laissa couler la sueur de son front sur les tapis. Il était conscient d’avoir fait une étonnante démonstration d’adresse. Jamais encore il ne s’était battu aussi bien. Était-ce un hasard, un moment de chance ? Ou avait-il vraiment atteint un nouveau degré d’accomplissement ? Il se remémora lord Valentin parlant de la jonglerie à laquelle il avait été amené de façon tout à fait fortuite, simplement pour gagner sa vie, du temps où il menait une existence errante sur Zimroel. Le Coronal avait expliqué que son expérience de jongleur lui avait appris à concentrer ses facultés mentales. Lord Valentin était même allé jusqu’à prétendre qu’il n’aurait peut-être pas été capable de reconquérir son trône sans la discipline de l’esprit que lui avait imposée la maîtrise de cet art. Hissune savait qu’il ne pouvait se lancer dans la jonglerie – cela constituerait une flatterie bien trop flagrante, une imitation trop évidente – mais il commençait à entrevoir la possibilité de parvenir à la même discipline en maniant le bâton. La performance qu’il venait d’accomplir lui avait ouvert d’extraordinaires perspectives dans le domaine de la perception et de l’accomplissement. Il se demanda s’il serait capable de la renouveler. Il releva la tête.

— Voulez-vous faire un autre assaut ? demanda-t-il. À deux contre un.

— Cela ne t’arrive jamais d’être fatigué ? demanda Stimion.

— Si, bien sûr. Mais ce n’est pas une raison pour s’arrêter.

Il se remit en position d’attente. Encore un quart d’heure, se dit-il. Ensuite une baignade, puis j’irai travailler un peu à la Cour Pinitor, et après…

— Alors ? Allez-y !

— Cela n’a pas de sens, dit Alsimir en secouant la tête. Tu deviens trop fort pour nous.

— Allez-y ! répéta Hissune. Prêt !

Alsimir prit à contrecœur sa position et fit signe à Stimion de l’imiter. Mais au moment où les trois hommes étaient prêts, ayant atteint le degré requis d’équilibre du corps et de l’esprit, un gardien du gymnase apparut au balcon situé au-dessus d’eux et appela Hissune.

— Un message du régent Elidath pour le prince, dit-il. Le prince Hissune est prié de se présenter immédiatement au régent dans le bureau du Coronal.

— Une autre fois alors ? dit Hissune à Alsimir et Stimion.

Il s’habilla rapidement et s’engagea dans le dédale inextricable du Château, coupant à travers des cours et des avenues, passant devant le parapet de lord Ossier d’où l’on avait une vue sidérante sur les pentes du Mont du Château et l’Observatoire de Kinniken, traversant le salon de musique de lord Prankipin, la serre de lord Confalume et des dizaines d’autres constructions et dépendances accrochées comme des tentacules au cœur du Château. Il parvint enfin au secteur central où se trouvaient les bureaux du gouvernement. On le fit entrer dans la suite spacieuse où travaillait le Coronal et qu’occupait pour le moment le Haut Conseiller Elidath pendant l’absence prolongée de lord Valentin.

Il trouva le régent en train de faire nerveusement les cent pas devant la carte en relief de la planète en face du bureau de lord Valentin. Il y avait aussi Stasilaine, assis à la table du conseil, il avait une mine sinistre et salua Hissune d’un bref hochement de tête. Elidath lui fit signe de prendre place à côté de lui d’une manière brusque et préoccupée. Divvis arriva quelques instants plus tard, en tenue d’apparat avec bijoux oculaires et masque de plume comme s’il avait été convoqué au moment où il se rendait à quelque cérémonie officielle.

Hissune sentit une vive inquiétude l’envahir. Quelle raison pouvait avoir Elidath de les réunir si soudainement et d’une façon si irrégulière ? Et pourquoi ce comité restreint choisi parmi tous les princes ? Elidath, Stasilaine, Divvis – certainement les trois principaux candidats à la succession de lord Valentin, les plus proches du pouvoir. Il s’est produit un événement capital, songea Hissune. Le vieux Pontife avait peut-être fini par mourir. À moins que le Coronal…

Pourvu que ce soit Tyeveras, pria Hissune. Pourvu que ce soit Tyeveras !

— Très bien, dit Elidath. Tout le monde est là : nous pouvons commencer.

— Que se passe-t-il, Elidath ? demanda Divvis avec un sourire contraint. Quelqu’un a-t-il vu un milufta à deux têtes volant vers le nord ?

— Si tu veux parler de mauvais présages, alors la réponse est oui, dit Elidath d’un air maussade.

— Qu’est-il arrivé ? demanda Stasilaine.

Elidath tapota une pile de documents posés sur le bureau.

— Deux nouveaux faits d’importance, commença-t-il. Tout d’abord, les derniers rapports provenant de l’ouest de Zimroel montrent que la situation est beaucoup plus grave que ce que nous pensions. Toute la région de la vallée de Dulorn est apparemment touchée, des environs de Mazadone jusqu’à un point situé quelque part à l’ouest de Dulorn et le mal se répand. Les cultures continuent à mourir de maladies mystérieuses, il y a une terrible pénurie d’aliments de base et des centaines de milliers de gens, des millions peut-être, ont commencé à se diriger vers la côte. Les fonctionnaires locaux font de leur mieux pour réquisitionner des vivres dans les régions épargnées – il semble n’y avoir encore aucun problème autour de Til-omon et de Narabal ; Ni-moya et Khyntor ne souffrent pas trop de la pénurie des produits de la terre – mais les distances sont tellement grandes et la crise si inattendue que l’on n’a pas fait grand-chose jusqu’à présent. Il y a aussi le problème d’un nouveau culte qui a vu le jour là-bas, une histoire de vénération des dragons de mer…

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