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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Voilà un accueil très différent de celui que j’ai eu lors de ma dernière visite à Piliplok, songea Valentin avec une ironie désabusée. Zalzan Kavol et toute la troupe de jongleurs avaient fait le tour des dragonniers, essayant en vain de louer un bâtiment pour les emmener à l’Ile du Sommeil, et ils avaient fini par payer leur voyage à bord d’un petit dragonnier, un rafiot en piteux état qui attirait le malheur. Mais bien des choses avaient changé depuis.

Le plus gros dragonnier s’approcha du Lady Thiin et mit à la mer un canot transportant une Skandar et deux humains. Quand la chaloupe fut contre le flanc du navire amiral, on fit descendre une nacelle pour faire monter les passagers sur le pont, mais les humains restèrent à leurs avirons, et seule la Skandar monta à bord.

C’était une vieille femme tannée à l’air dur. Il lui manquait deux de ses puissantes incisives et sa fourrure était terne et grisâtre.

— Je m’appelle Guidrag, dit-elle.

Au bout de quelques instants, Valentin se souvint d’elle : c’était le patron de pêche le plus vieux et le plus respecté, un de ceux qui avaient refusé d’accepter les jongleurs comme passagers ; mais elle l’avait fait gentiment et les avait envoyés au capitaine Gorzval, le patron du Brangalyn. Il se demanda si elle se souvenait de lui : très probablement pas. Valentin avait depuis longtemps découvert que celui qui porte la robe de Coronal tend à devenir invisible.

Guidrag prononça un discours de bienvenue simple mais éloquent au nom de tous ses camarades de bord et ses collègues les pêcheurs de dragons, puis elle offrit à Valentin un collier finement ouvragé d’os de dragons de mer imbriqués. Il la remercia pour la grande parade navale et lui demanda pourquoi la flotte de dragonniers restait au port de Piliplok au lieu de gagner la haute mer. Elle répondit que cette année-là, les dragons avaient longé la côte en si grand nombre que les quotas légaux avaient été remplis dès les premières semaines de pêche. La saison s’était achevée presque dès son commencement.

— Ce fut une étrange année, dit Guidrag. Et je crains que l’avenir nous réserve encore des surprises.

Les dragonniers escortèrent la flotte royale jusqu’au port. Le navire amiral accosta la jetée Malibor, au milieu du port, où les attendait un groupe venu les accueillir : le duc de la province accompagné d’une suite nombreuse, le maire de la ville et des fonctionnaires en aussi grand nombre ainsi qu’une délégation de patrons de pêche. Valentin se prêta aux cérémonies et aux rites d’accueil comme quelqu’un rêvant qu’il est éveillé. Il répondit gravement et courtoisement, chaque fois au moment opportun, se conduisit avec assurance et sérénité, mais il avait l’impression d’évoluer au milieu d’une foule de fantômes.

La route qui menait du port à l’hôtel de ville où Valentin devait loger était bordée de grosses cordes rouges destinées à contenir la foule et des gardes étaient postés tout le long du trajet que Valentin fit dans un flotteur découvert, Carabella à ses côtés. Il se dit qu’il n’avait jamais entendu de telles acclamations, un tonnerre d’ovations continuel et incompréhensible dont l’ampleur le distrayait momentanément de ses préoccupations. Mais le répit ne fut que de courte durée, car dès qu’il fut installé dans ses appartements, il demanda qu’on lui apporte les derniers messages et les nouvelles étaient uniformément mauvaises.

Il apprit que le charbon de la lusavande s’était étendu aux provinces jusqu’alors épargnées par la quarantaine. Cette année, la récolte de stajja serait réduite de moitié par rapport à la normale. Un animal nuisible appelé verdefer, que l’on croyait disparu depuis longtemps, avait envahi des régions où l’on cultivait le thuyol, importante plante fourragère, ce qui, à longue échéance, menacerait l’approvisionnement en viande. Un champignon s’attaquant au raisin avait causé de gros dégâts aux fruits verts dans les vignobles de Khyntor et de Ni-moya. Toute l’agriculture de Zimroel était maintenant la proie d’une dévastation, à l’exception du lointain Sud-Ouest tropical, autour de la cité de Narabal.

Valentin avait montré les rapports à Y-Uulisaan.

— On ne peut plus rien faire maintenant, monseigneur, avait dit l’expert d’un ton grave. Ce sont des catastrophes écologiques imbriquées. Le ravitaillement de Zimroel va être totalement coupé.

— Mais il y a huit milliards d’habitants à Zimroel !

— Je sais. Et quand ces maladies atteindront Alhanroel…

— Vous croyez que c’est possible ? demanda Valentin en frissonnant.

— C’est inéluctable, monseigneur ! Combien de bateaux relient les continents chaque semaine ? Combien d’oiseaux et même d’insectes font la traversée ? La Mer Intérieure n’est pas tellement large. L’Ile et les archipels situés au milieu servent d’étape.

— Je vous assure, monseigneur, que l’on ne peut ni résister à ces maux ni les vaincre, ajouta l’expert agricole avec un sourire étrangement serein. Il y aura la famine. Il y aura des maladies. Majipoor sera détruite.

— Non. C’est impossible !

— Si je pouvais vous adresser des paroles réconfortantes, je le ferais. Mais il n’y a aucun espoir.

Le Coronal plongea le regard dans les yeux étranges de Y-Uulisaan.

— Le Divin nous a infligé cette épreuve, dit-il, il nous en délivrera.

— C’est possible. Mais pas avant qu’il y ait eu de grands dommages. Je vous demande la permission de me retirer, monseigneur. Puis-je examiner ces messages pendant quelque temps ?

Après le départ de Y-Uulisaan, Valentin resta un moment assis, réfléchissant une dernière fois à ce qu’il avait l’intention de faire et qui semblait maintenant plus urgent que jamais sur le vu de ces rapports désastreux. Puis il manda Sleet, Tunigorn et Deliamber.

— J’ai décidé de changer l’itinéraire du Périple, annonça-t-il sans préambule.

Ils échangèrent un regard d’appréhension comme s’ils s’attendaient depuis des semaines à une mauvaise surprise de ce genre.

— Nous n’irons pas à Ni-moya cette fois-ci. Annulez toutes les dispositions prises pour Ni-moya et la suite du voyage.

Il s’aperçut qu’ils le regardaient d’un air maussade et tendu et comprit qu’il n’obtiendrait pas leur soutien sans lutte.

— Sur l’Ile du Sommeil, poursuivit Valentin, j’ai compris que les maladies qui se sont abattues sur Zimroel, et qui vont certainement d’ici peu atteindre également Alhanroel, sont la manifestation du mécontentement du Divin. Deliamber, vous avez soulevé la question devant moi il y a longtemps, quand nous étions aux ruines de Velalisier, et vous aviez suggéré que les problèmes surgis dans le royaume quand mon trône avait été usurpé, étaient peut-être un début de châtiment pour l’extermination des Métamorphes. Vous aviez ajouté que nous vivions depuis longtemps sur Majipoor sans payer de tribut pour le péché originel des conquérants et que le chaos s’abattait sur nous parce que le passé commençait enfin à nous envoyer la note avec les intérêts composés.

— Je m’en souviens, monseigneur. Ce sont presque exactement mes paroles.

— Et j’ai dit que je consacrerais mon règne à réparer les injustices que nous avions commises envers les Métamorphes, reprit Valentin. Mais je ne l’ai pas fait. J’ai eu l’esprit occupé par d’autres problèmes et les mesures que j’ai prises pour parvenir à une entente avec les Changeformes n’ont été que très superficielles. Et pendant que je tardais, le châtiment empirait. Maintenant que je suis à Zimroel, j’ai l’intention d’aller immédiatement à Piurifayne…

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