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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Jamais tu n’arriveras à temps, dit Divvis. Il sera à mi-chemin de Ni-moya avant que tu aies traversé la Mer Intérieure.

— Je dois essayer, dit Elidath. Je n’ai pas le choix. Si vous saviez combien Tunigorn est inquiet, comme il craint que Valentin soit sur le point de s’engager dans une voie aussi périlleuse que déraisonnable.

— Et le gouvernement ? demanda Stasilaine d’une voix douce. Y as-tu pensé ? Tu es le régent, Elidath. Nous n’avons pas de Pontife, tu nous apprends que le Coronal est devenu une sorte de fou visionnaire et maintenant tu te proposes de laisser l’État sans chef ?

— Dans le cas où un régent est obligé de s’absenter du Château, dit Elidath, il est en son pouvoir de nommer un conseil de régence pour traiter les affaires qui sont de la compétence du Coronal. C’est ce que j’ai l’intention de faire.

— Et les membres de ce conseil ? demanda Divvis.

— Il y en aura trois. Toi, Divvis. Toi aussi, Stasilaine. Et Hissune.

Abasourdi, Hissune se redressa sur son siège.

— Moi ! s’exclama-t-il.

— J’avoue qu’au début je n’ai pas compris pourquoi lord Valentin avait choisi d’anoblir quelqu’un du Labyrinthe, un homme aussi jeune promu si vite près du pouvoir, dit Elidath en souriant. Mais petit à petit son dessein m’est apparu clairement, tandis que cette crise s’abattait sur nous. Ici, sur le Mont du Château, nous avons perdu le contact avec les réalités de Majipoor. Nous sommes restés sur nos sommets et à notre insu des mystères ont pris naissance autour de nous. Divvis, je t’ai entendu dire que tu croyais tout le monde heureux sur notre planète, à l’exception peut-être des Métamorphes, et je reconnais que c’était aussi mon opinion. Et pourtant il semble qu’une nouvelle religion ait vu le jour parmi les mécontents et que nous l’ignorions. Et maintenant une armée d’affamés marche sur Pidruid pour adorer d’étranges divinités.

Il regarda Hissune.

— Ce sont des choses que vous savez, Hissune, et qu’il nous faut apprendre. Pendant les mois que durera mon absence, vous siégerez auprès de Divvis et de Stasilaine – et je suis sûr que vous serez de bon conseil. Qu’en dis-tu, Stasilaine ?

— Je pense que tu as fait un choix judicieux.

— Et toi, Divvis ?

Le visage de Divvis frémissait sous l’effet d’une rage difficilement contenue.

— Que puis-je dire ? C’est toi qui détiens le pouvoir. Tu as fait ton choix. Je dois m’y soumettre, n’est-ce pas ?

Il se leva avec raideur et tendit la main à Hissune.

— Mes félicitations, prince, dit-il. Vous vous êtes bien débrouillé en très peu de temps.

Hissune affronta posément le regard froid de Divvis.

— Je suis impatient de siéger au conseil en votre compagnie, seigneur Divvis, dit Hissune d’un ton cérémonieux. Votre sagesse sera un exemple pour moi.

Et il prit la main de Divvis.

La réponse que Divvis avait eu l’intention de faire sembla se coincer dans sa gorge. Il dégagea lentement sa main de celle de Hissune, lui lança un regard noir et quitta la pièce d’un pas raide.

11

Le vent venait du sud, il était chaud et fort, le genre de vent que les capitaines de dragonniers appelaient « le Message », parce qu’il soufflait du continent aride de Suvrael où le Roi des Rêves avait sa tanière. C’était un vent qui desséchait l’âme et flétrissait le cœur, mais Valentin n’en avait cure. Il avait l’esprit ailleurs, songeait au travail qui l’attendait et restait des heures d’affilée sur le pont du Lady Thiin, guettant à l’horizon le premier signe de l’approche du continent et ne s’occupant pas des rafales cinglantes et torrides qui sifflaient autour de lui.

La traversée de l’Ile à Zimroel commençait à lui sembler interminable. Asenhart avait allégué une mer trop calme et des vents contraires, la nécessité de prendre une route plus au sud et d’autres problèmes du même genre. N’étant pas marin, Valentin ne pouvait pas discuter ces décisions, mais son impatience grandissait de jour en jour et le continent occidental ne se rapprochait pas. À plusieurs reprises, ils avaient été obligés de changer de cap pour éviter des troupes de dragons de mer, car de ce côté de l’Ile les eaux en regorgeaient. Certains des marins Skandar affirmaient que c’était la plus importante migration depuis cinq mille ans. Que ce fût ou non la vérité, ils étaient assurément nombreux et terrifiants : Valentin n’avait rien vu de tel lors de sa précédente traversée de la Mer Intérieure qui datait de nombreuses années, ce néfaste voyage durant lequel un dragon géant avait enfoncé la coque du Brangalyn du capitaine Gorzval.

Les dragons se déplaçaient généralement par troupes de trente à cinquante individus à plusieurs jours d’intervalle l’une de l’autre. Mais on voyait de temps en temps un énorme dragon solitaire, un vrai roi, nager résolument et avancer sans se presser, comme plongé dans une profonde méditation. Puis au bout d’un certain temps il n’y eut plus de dragons en vue, ni grands ni petits, le vent redoubla de violence et la flotte se hâta vers le port de Piliplok.

Et un beau matin des cris parvinrent du pont supérieur.

— Piliplok ! Piliplok !

L’immense port apparut brusquement, splendide et éblouissant malgré son aspect austère, dominant de son haut promontoire la rive droite du Zimr à son embouchure. À cet endroit où le fleuve était extrêmement large et où le limon qu’il avait charrié depuis le cœur du continent laissait une tache sombre sur des centaines de kilomètres de mer, s’élevait une ville de onze millions d’âmes construite d’après un plan rigoureux où des rues en arc de cercle coupaient les grands axes rayonnant à partir du front de mer. Valentin songea que ce n’était pas une ville facile à aimer malgré toute la beauté de son vaste port. Tandis qu’il le regardait, il s’aperçut que Zalzan Kavol, son compagnon Skandar natif de Piliplok, contemplait sa patrie avec une expression de joie et d’admiration sur son visage dur.

— Les dragonniers arrivent ! cria quelqu’un quand le Lady Thiin s’approcha du rivage. Regardez, la flotte doit être au complet !

— Oh, Valentin, que c’est joli ! dit doucement Carabella qui se tenait près de lui.

C’était joli en effet. Jusqu’à présent, Valentin n’avait jamais trouvé la moindre beauté aux navires à bord desquels les marins de Piliplok partaient pêcher les dragons. C’étaient de sinistres bâtiments à la coque rebondie, grotesquement décorés de figures de proue hideuses, de menaçantes queues hérissées de pointes, de rangées de dents blanches et d’yeux rouge et jaune aux couleurs criardes peintes le long des flancs. Pris un par un, ils étaient seulement barbares et repoussants. Pourtant au milieu d’une flotte de cette taille – il semblait que tous les dragonniers de Piliplok étaient venus accueillir l’arrivée du Coronal – ils n’étaient pas dépourvus d’une certaine beauté. Le long de la ligne d’horizon leurs voiles noires rayées de rouge se gonflaient au vent comme des drapeaux de fête.

En s’approchant, ils se déployèrent autour de la flotte royale, sans doute une formation soigneusement préparée, et hissèrent le grand pavois aux couleurs du Coronal. Des cris rauques s’élevèrent : « Valentin ! Lord Valentin ! Vive lord Valentin ! » Le son des tambours et des trompettes, des sistirons et des galistanes, se propageait sur l’eau et leur parvenait amorti et confus, mais néanmoins joyeux et touchant.

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