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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Ils parlèrent de la famille avant d’aborder les questions essentielles. Valentin lui raconta tout ce qu’il savait de sa sœur Galiara, de son frère Sait de Stee, de Divvis, de Mirigant et des filles de Voriax. Elle lui demanda s’il retournait souvent dans la vieille propriété familiale de Halanx, s’il se plaisait au Château et si Carabella et lui étaient toujours aussi amoureux et proches l’un de l’autre. Valentin commença à se détendre et eut presque l’impression d’être devenu un individu normal, quelque petit seigneur du Mont rendant visite à sa mère qui s’était établie sous d’autres climats mais demeurait avide de nouvelles de sa famille. Mais il leur fut impossible d’échapper bien longtemps aux vérités inhérentes à leur position et quand la conversation commença à manquer de naturel et devint languissante, Valentin changea de ton.

— Tu aurais dû respecter l’usage et attendre que je vienne te voir, mère. La Dame ne doit pas descendre du Temple Intérieur pour se rendre aux Sept Murs, ce n’est pas bien.

— L’heure n’est pas aux formalités. Nous sommes bousculés par les événements : il faut prendre des mesures.

— Tu es donc au courant de ce qui se passe à Zimroel ?

— Bien entendu, répondit-elle en portant la main à son bandeau. Ceci me communique les nouvelles de toute la planète à la vitesse de la pensée. Oh, Valentin, quelles tristes circonstances pour nos retrouvailles ! Je m’étais imaginé que pendant ton Périple tu aurais plaisir à venir ici, mais te voilà et je ne sens chez toi que chagrin, doute et appréhension.

— Que vois-tu, mère ? Que va-t-il arriver ?

— Crois-tu que je puisse connaître l’avenir ?

— Tu vois très clairement le présent. Tu viens de dire que tu es au courant de tout ce qui se passe dans le monde.

— Ce que je vois est sombre et inquiétant. Des événements qui dépassent ma compréhension agitent la planète. L’ordre de la société est une fois encore menacé. Et le Coronal est désespéré. Voilà ce que je vois. Pourquoi désespères-tu, Valentin ? Pourquoi as-tu si peur ? Tu es le fils de Damiandane et le frère de Voriax, deux hommes qui ne se laissaient jamais abattre. J’ignore moi aussi le désespoir et je croyais qu’il en allait de même pour toi.

— Depuis mon arrivée sur l’Ile, j’ai appris que le monde est la proie du malheur et que cela ne cesse d’empirer.

— Est-ce une raison pour se décourager ? Cela devrait au contraire accroître ton désir de redresser la situation, comme tu l’as déjà fait une fois.

— C’est le deuxième désastre qui frappe Majipoor depuis que je suis au Château, dit Valentin. Je constate que mon règne a été malheureux et le sera encore plus si les maladies, la famine et les migrations dues à la panique s’aggravent. Je redoute qu’une malédiction pèse sur moi.

Il vit passer un éclair de colère dans les yeux de sa mère et il se rappela de nouveau l’extraordinaire force d’âme, la rigoureuse discipline et l’inflexible sentiment du devoir qui se cachaient sous son apparence de douceur et de bienveillance. Elle était à sa façon aussi combative que la célèbre lady Thiin qui était autrefois montée sur les barricades pour repousser l’invasion des Métamorphes. Sa mère saurait faire preuve de la même bravoure si le besoin s’en faisait sentir. Valentin savait qu’elle ne tolérait pas la moindre faiblesse chez ses fils, ni qu’ils s’apitoient sur eux-mêmes ni se découragent, car ces réactions lui étaient étrangères. À cette pensée, il sentit sa tristesse se dissiper un peu.

— Tu te rends sans raison responsable de cette situation, dit-elle tendrement à son fils. Si une malédiction accable cette planète, et je pense que c’est le cas, elle ne pèse pas sur le noble et vertueux Coronal, mais sur nous tous. Tu n’as pas lieu de te sentir coupable, toi moins que quiconque, Valentin. Tu n’es pas une victime de la fatalité, mais au contraire celui qui est le plus apte à nous en délivrer. Mais pour cela tu dois agir, et vite.

— Quelle est donc cette malédiction ?

— Tu as un bandeau d’argent identique au mien, dit-elle en portant la main à son front. L’as-tu emporté pour ce voyage ?

— Il ne me quitte jamais.

— Va le chercher.

Valentin quitta la pièce et dit quelques mots à Sleet qui attendait derrière la porte. Peu après arriva un serviteur portant l’écrin orné de pierreries qui contenait le bandeau. La Dame lui en avait fait cadeau lors de son premier pèlerinage sur l’Ile, pendant ses années d’exil. Grâce à lui, il était entré en communication avec l’esprit de sa mère et avait eu la confirmation définitive que l’humble jongleur de Pidruid et lord Valentin de Majipoor ne faisaient qu’une seule et même personne. Avec l’aide du bandeau et de sa mère, les souvenirs lui étaient revenus. La hiérarque Lorivade lui avait ensuite appris comment s’en servir pour entrer en transe et communiquer avec d’autres esprits. Il n’en avait guère fait usage depuis sa restauration, car le bandeau était un attribut de la Dame et non du Coronal, et il ne convenait pas qu’une Puissance de Majipoor empiète sur le domaine d’une autre. Il ceignit son front du mince cercle de métal tandis que la Dame, comme elle l’avait fait autrefois sur cette même Ile, débouchait à son intention un flacon de vin des rêves, le breuvage sombre, à la fois doux et poivré contenant la drogue qui ouvrait les esprits. Valentin en vida le contenu d’un trait et sa mère fit de même avec un autre flacon. Puis ils attendirent quelques instants que le vin des rêves fasse effet. Il se laissa glisser dans l’état de transe qui lui procurait une totale réceptivité. La Dame lui prit les mains et entrecroisa fermement leurs doigts pour que le contact soit complet. L’esprit de Valentin fut assailli d’images et de sensations qui l’étourdirent, bien que le choc ne fût pas nouveau pour lui.

C’était ce que la Dame pratiquait chaque jour depuis de nombreuses années quand ses acolytes et elles projetaient leur esprit à travers la planète à la recherche de ceux qui avaient besoin de leur aide.

Il ne vit aucun esprit individuel : le monde était beaucoup trop vaste et peuplé pour permettre une telle précision sauf au prix d’une concentration très intense. Tandis qu’il flottait comme un souffle chaud, il perçut des sensations éparses : inquiétude, peur, honte, sentiment de culpabilité, une brusque zone de folie, une vaste nappe grise de désespoir. Il se laissa descendre et vit la texture des âmes, crêtes noires parsemées de filaments écarlates, pointes déchiquetées, étendues accidentées de tissu dense. Il reprit de la hauteur et accéda à des royaumes d’où émanaient les pulsations lentes d’une torpeur due à l’isolement ; il tournoya au-dessus de scintillants champs de neige de l’esprit et de prairies dont chaque brin d’herbe brillait d’une insoutenable beauté. Et il vit les lieux des fléaux, les lieux de famine et ceux où le chaos était roi. Il perçut la terreur qui s’élevait comme un vent chaud et sec des grandes cités ; il perçut une force qui vibrait dans les mers avec de graves résonances de tambour ; il perçut avec acuité l’approche d’une menace, d’un désastre imminent. Valentin vit qu’un poids insupportable s’était abattu sur le monde et l’écrasait en augmentant progressivement d’intensité, comme un poing se refermant petit à petit.

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